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lundi, 07 novembre 2005

Considérations inactuelles 2

"À l'opposé de ce monde probe et laborieux, grouille une population très dispersée, particulièrement dangereuse, et que les agents de la sûreté désignent sous le nom générique de la gouappe ; elle se compose de vagabonds, de voleurs, de repris de justice, de surveillés en rupture de ban, de souteneurs de filles de bas étage [...] Nulle idée politique, nulle recherche d'amélioration ne les guide ; ils sont au mal et à la violence. La plupart sont des malades, il faut le reconnaître : intelligence embryonnaire, ignorance inqualifiable, corps ravagé, prédominance des instincts brutaux, paresse invincible, indifférence morbide ; ils représentent assez bien une sorte de choléra social qui éclate parfois sous l'empire de certaines occurrences exceptionnelles, mais qui fermente toujours à l'état latent."

Considérations inactuelles

"La foule est [...] un monstre hurlant et irrésistible auquel il s'agit de jeter de fausses nourritures, afin qu'elle ne mange point les classes possédantes. L'homme de génie est un monsieur qui détient un garde-manger de ces fausses nourritures. De temps en temps, quand la foule devient méchante et que l'occasion de lui infliger une bonne leçon est propice, on peut faire appel à la force vraie [...] Attirer les gens par des concessions calculées, des reculades successives, puis tirer dessus et taper dans le tas, cela est de la grande politique et le fin du fin de la démocratie !"

dimanche, 06 novembre 2005

Contrepetis de court

Si l'on en croit le Dictionnaire étymologique de Ménage, le contrepetis de court est la même chose que l'antistrophe, l'équivoque ou la contrepèterie, telles que les définit Tabourot des Accords.

Exemple "pour les enfants et pour les raffinés" :

Le dimanche
On s'emmerde
Le dimerde
On s'emmanche.

Le gouverneur de Kerguelen 3

À ajouter aux très sérieux usuels déjà rangés dans la malle :

André Blavier, Les Fous littéraires, Henri Veyrier, 1982 (où l'on relève, page 72, ce mot admirable d'un "malade de Borel" : "S'il n'y avait personne, tout le monde serait heureux.").
Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière, Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, Robert Laffont, 1965 (à la rubrique "islam", ce constat particulièrement lucide de T. Ruyneau de Saint-George, en 1851 : "Il est visible que le mahométisme s'écroule de toutes parts.").
Amy Wallace, David Wallechinsky et Irving Wallace, Le Livre des listes, adapt. française de Valérie Champetier et François Margolin, Édition n° 1, 1992 (exemples de rubriques : "Les 17 pays où l'on écrase le plus de piétons", "Les 10 pays le moins souvent visités par la Vierge Marie", "8 personnes connues qui dormaient avec leur chien"...).

Et, naturellement, l'Almanach Vermot, millésime 1907 (dans lequel on trouve une série de photographies du fameux "supplice des cent morceaux"), ainsi que le catalogue Manufrance 1938, avec, page 71, ce bel éloge du tir, "incontestablement le premier de tous les sports [...] le seul qui puisse être pratiqué par tous. Hommes, femmes, enfants, vieillards peuvent s'y adonner sans crainte et en goûter toutes les joies".
Pan ! pan !

Humour

À propos des violences urbaines :

"L'Iran demande à la France de respecter les droits de l'homme." 

Trous et portes

Denis Proteor, Parts pour l'âme chaudron, Marval, diff. Vilo, 2000.
Après avoir refermé cet énorme recueil de photographies littéralement inqualifiables — obscènes, morbides, maléfiques... on éprouve un malaise physique, le besoin irrépressible d'aller se laver les mains, de feuilleter un magazine plein de publicités imbéciles sur papier glacé pour oublier ce que l'on a cru voir. Les images de Proteor sont, pour l'adulte, aussi effrayantes que, pour l'enfant seul dans la bibliothèque, les hideuses gravures des grands livres de distributions de prix du XIXe siècle.
Proteor est une sorte de visionnaire malade, un poète tragique et maudit, hanté par la souillure et la chute, la fatalité du corps et de l'organique : "Rien ne me rebute... cadavres, égouts, déchets, vide, décomposition, morceaux, lieux solitaires, batailles... [...] je ne dépareille jamais l'enchantement de l'épouvante [...] mon voyage vertigineux me donne plus de fleurs et d'ossements que de visages humains, plus d'yeux de buffles, d'oiseaux, de poissons que de maisons avec entrée et sortie, plus de parties charnues avec promesse de vive participation que de jolis standards, plus de trous [...] que de portes."
Livre à brûler, qu'au grand jamais je n'emporterais sur l'île !

samedi, 05 novembre 2005

Le gouverneur de Kerguelen 2

Dans un récent numéro du Nouvel Observateur (27 octobre-2 novembre 2005), Günter Grass déclarait qu'il emporterait volontiers sur une île déserte "un ouvrage avec l'œuvre graphique de Dürer. Un autre comportant celle de Goya, dont le cycle Désastres de la guerre. Puis la Bible dans la magnifique traduction de Martin Luther..." Et d'ajouter, pour expliquer ce dernier choix : "... un grand livre de contes dont je ne me lasse pas." Il n'était sans doute pas nécessaire de proférer ce genre de trivialité, passablement démagogique. Tout autre banalité à propos des références-bibliques-qui-imprègnent-notre fonds-culturel, etc. eût été préférable à cette espèce d'excuse maladroite.
Cela me rappelle mon instituteur, assez honnête homme mais anticlérical primaire, qui nous lisait quelques passages de la Bible en ricanant ostensiblement de ce qu'il tenait à l'évidence pour des sornettes.
Personnellement, j'emporterais dans mon île l'édition de Louis-Claude Fillion : La Sainte Bible (texte latin et traduction française), commentée d'après la Vulgate et les textes originaux, à l'usage des séminaires et des membres du clergé, Paris, Letouzey et Ané, 1888-1904, 8 volumes. À condition qu'on mette à ma disposition une malle assez grande pour accueillir également les sept volumes du Littré (édition réalisée par J.-J. Pauvert, Gallimard-Hachette, 1961) et les trente-sept tomes de l'Histoire Naturelle de Pline (Les Belles Lettres, 1950-1972)... Resterait-il un peu de place pour les livres "simplement plaisans" ?

Le gouverneur de Kerguelen

Relu rapidement ce matin le bref article de Larbaud (Pléiade, p. 1053-1061), dans lequel (la légèreté n'excluant pas la gravité, dixit Blanchot) il s'interroge avec quelque malice sur l'intérêt des enquêtes visant à établir une sorte de "bibliothèque idéale" — projet vain, pour ne pas dire inepte. À ce jeu nous sommes pipés — partagés entre notre goût, voire notre fantaisie, notre sens des valeurs ou des hiérarchies strictement littéraires —, en même temps que placés devant une gageure : comment ne retenir que trois, dix ou même vingt livres. "Car enfin si Virgile est un livre essentiel, Lucrèce l'est aussi, et comment peut-on renoncer pour toujours à Catulle, à Ovide, à Horace, à Properce, à Juvénal, à Lucain, à Prudence ?" Difficile de se résoudre à écarter les chefs-d'œuvre de la littérature universelle, tout autant que de renoncer aux "livres qui nous apprennent à danser"... Sachant que le choix sera forcément arbitraire, le meilleur parti serait peut être d'établir une liste de "livres pairs" dans le style de celle du docteur Faustroll (livre I, chap. IV, "Des livres pairs du docteur"), constituée à partir de critères hautement variables et subjectifs, et surtout de références ponctuelles.

Commentaires et conversations

À la radio :

Sur France-Culture, rediffusion d'Affinités électives : entretien de Francesca Isidori avec l'écrivain argentin Cesar Aira. Bonheur trop rare d'une conversation brillante, "sans rien qui pèse ou qui pose", nourrie d'une culture sans préventions, diverse, rien moins qu'ostentatoire... Aira ironise sur ses traductions, la spécialité qu'il s'est faite de la "mauvaise littérature", démythifie le rôle de l'écrivain — que la littérature n'a d'autre fonction que de mettre en scène. Il cite Robbe-Grillet, disant, à propos de Raymond Roussel, que "l'écrivain est l'homme qui n'a rien à dire et ne sait pas comment le dire"... Coïncidence : voilà qui rejoint les commentaires échangés ici il y a peu, suite à la consécration de Weyergans ! Intéressante aussi l'illustration musicale choisie par l'invité. Après Scarlatti, Cure — "Boys don't cry" ; à son interlocutrice qui lui demande, vaguement méprisante, "ce que ça vient faire là" (sic), Aira répond en invoquant sans s'émouvoir "la récupération de la jeunesse" et la thématique de l'écrivain argentin (re-sic)... Gombrovicz ! La classe...

Louons maintenant les grands hommes 2

Dans les journaux :

— Le tribunal chargé de préparer la béatification de Jean-Paul II a entamé ses travaux ce vendredi à Cracovie ;

— Le même jour, l'école maternelle de Beuvry-la-Forêt (Nord), qui s'appellera désormais l'école "Jack-Lang", a été inaugurée par l'ancien ministre. Une institutrice avoue : "On aurait plutôt pensé à un nom de chanteur..."