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jeudi, 01 décembre 2005

La profondeur lyophilisée d'A.S. Pinketts

"Le véritable antiracisme consiste à ne considérer ni la pigmentation ni la culture, ni les ancêtres ni les cousins de campagne. Quand on rencontre quelqu'un, le véritable antiracisme consiste à le traiter comme il le mérite. Dans la plupart des cas, à coups de pieds au cul."

(La Madone assassine, p. 158)

Faut-il ajouter un commentaire à l'intention des culs-bénis de la bien-pensance ?

mercredi, 30 novembre 2005

Mammon

Maurice Girodias rapporte que le papier à lettres d'Henry Miller s'ornait de ce proverbe portugais :

"Quando merda tiver valor, pobre nasce sem cú — Si la merde valait de l'argent, les pauvres naîtraient sans cul."
(L'Affaire Kissinger, La Différence, 1990)

Papistes et huguenots

Dans La Croix du 30 novembre :

"Par un décret publié mardi 29 novembre, Benoît XVI a concédé l'indulgence plénière pour le quarantième anniversaire de la clôture du concile Vatican II, le 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception."
Commentaire de Jean-Arnold de Clermont, président de la Fédération protestante de France :
" L’Église catholique continue de traîner des boulets théologiques du Moyen Âge."
Il serait assez croquignolet que de tels propos rallumassent la guerre entre papistes et huguenots. Fût-ce une guerre des boutons, comme en 1567 — si l'on en croit Béroalde de Verville:
"Je me souviens qu’aux seconds troubles nous étions en garnison à La Charité. Étant en garde, s’il passait un homme avec une braguette, nous l’appelions papiste, et la lui coupions : c'était mal fait, d’autant que, sous tel signe, y a de grands mystères quelquefois cachés, vu que papiste peut signifier père de la foi ou suivant la foi paternelle. Je m’en repentis et m’en allai à Cosne, où nous nous fîmes soldats derechef, et nous mîmes ès bandes catholiques. Il nous advint une autre cause de remords de conscience : c’est que, voyant ces ébraguettés, les disions huguenots . Notre bon ami Budé m’avisa de ce péché, m’instruisant que ce mot était grec, signifiant heureusement connaissant." (Le Moyen de parvenir, chap. 15, "Dessein")

Ta mère t'a donné comme prénom...

Sur un site consacré au "traumatisme du prénom" :
"Lorsque des parents sont à la recherche d'un prénom et qu'un dictionnaire de la mythologie leur tombe entre les mains, ils iront bien souvent à la rencontre d'un héros peu connu, dont l'histoire révèle un fantasme inconscient caché, une régression vers l'enfance."
Le dictionnaire de Trévoux peut aussi leur donner des idées :
"Caca : s.f. et nom propre de femme. Caca. C'est la sœur de Cacus, dont parle Virgile au VIIIe liv. de l'Énéide. Elle fut honorée à Rome comme une déesse. Voyez Lactance liv. I, ch. 20 ; Servius sur l'endroit de Virgile cité v. 190. Elle avoit un temple dans lequel on lui entretenoit comme à Vesta un feu perpétuel."

mardi, 29 novembre 2005

Books think for me

"— Vous avez raison, il faut être une œuvre d'art ou porter une œuvre d'art.
— Oscar Wilde ?
— Non, éditions Oscar Mondadori. Le Livre des citations."

Pinketts a le sens de la démythification ironique : la plupart du temps, la pratique de la citation relève moins de l'érudition que de la fumisterie. Il arrive pourtant qu'elle révèle une connivence, esquisse une complicité intellectuelle ou témoigne d'une simple révérence, à partir de quoi s'élabore tout un jeu de clins d'œil intertextuels.

Ainsi chez Simon Leys, qui publie chez Plon Les Idées des autres. Glosant brièvement une formule de Vialatte — "La gravité est le plaisir des sots" — Leys nous livre une confidence malicieuse, qui nous ramène à Montaigne et à la gravité de l'âne ("Est il rien certain, resolu, dedeigneux, contemplatif, serieux, grave, comme l'asne ?"), par le biais d'une autre comparaison animalière : "Ayant passé une grande partie de ma vie dans des universités, j'ai été amené à fréquenter un nombre considérable de personnages graves et d'esprits sérieux. On ne trouve d'équivalent à cette gravité-là que chez les grands mammifères du zoo (vous aurez déjà remarqué d'ailleurs que votre chat et votre chien ne sourient jamais)."

Sur ce dernier point, je ne serai pas aussi affirmatif, mais c'est là une autre question.

Le sens de l'épigraphe

Dans le Nouvel Observateur du 17 au 23 novembre 2005, compte rendu du livre d'Alexandro Jodorowski, Mu, le maître et les magiciennes :
"Et Mu ? En chinois, ça signifie "meuh". En exergue beuglent deux citations, un poème de Wumen Huikai (1183-1260), "Mu, mu, mu, mu, mu..." (répétez vingt fois), et un proverbe espagnol : "Le bœuf a parlé et il a dit meuh." Dont acte..."
Vachement prometteur.

Je ne me rappelle pas avoir lu quoi que ce soit de Jodorowski, et je n'ai qu'un très vague souvenir de son film, La Montagne sacrée: un arbre couvert de poulets vivants, que l'un des personnages taille en pièces à coups de sabre, un homme nu déféquant dans un pot de chambre en verre...

lundi, 28 novembre 2005

Polars 3

Loin de n'être qu'un sous-produit littéraire, fruste, plus ou moins racoleur et mal écrit, le polar est un roman à part entière, c'est-à-dire, selon la définition de Kundera, un genre "consubstantiellement ironique".
Et, en outre, fort instructif : j'apprends ainsi, en poursuivant à petites étapes la lecture de Pinketts, que "La Vierge est parfois routinière [...] Au 140 de la rue du Bac, là où elle était apparue à Catherine Labouré, elle se présenta à Justine Bisqueyburu, le 28 juin 1840." (La Madone assassine, p. 107) Cette apparition est à l'origine de la dévotion au "scapulaire vert du cœur immaculé de Marie", dont Pie IX encouragea la diffusion. Si c'est pas de la culture, ça ! ...

dimanche, 27 novembre 2005

Dr Finkiel and Mr Kraut

"A.F. : ... Je répète que je n'ai aucun rapport avec le personnage que dessine ce puzzle. Ce personnage, je le déteste comme tout le monde…
J.-P. E. : Ce personnage qui ? [...] Finkielkraut ?
A. F. : Pas Finkielkraut ! Ce personnage textuel dans lequel [...] je suis obligé d'habiter."

(Entretien Jean-Pierre Elkabach/Alain Finkielkraut
sur "Europe 1" le 25 novembre 2005)

Ce "corps textuel" qui jouerait de si pendables tours à notre philosophe, ne serait-il pas une sorte d'ectoplasme ? — "Ce mot par lequel les métapsychistes désignent le pouvoir qu'auraient certains médiums d'émettre, par la bouche, une matière blanche ou grise, légèrement lumineuse et comme un double d'eux-mêmes..." (Paul Bourget, in Nos actes nous suivent, cité dans le T.L.F.) On notera avec intérêt que les ectoplasmes ont été également définis comme "des expansions sarcodiques sortant du corps humain, absolument comme l'expansion pseudopodique sort de la cellule amibienne" (Ch. Richet, Traité de métapsychique, ibid.).

Vous avez dit sarcodiques ?

Météo 9

La bonne neige le ciel noir
Les branches mortes la détresse
De la forêt pleine de pièges
Honte à la bête pourchassée
La fuite en flèche dans le cœur

Les traces d'une proie atroce
Hardi au loup et c'est toujours
Le plus beau loup et c'est toujours
Le dernier vivant que menace
La masse absolue de la mort

(Paul Éluard — mus. Francis Poulenc)

samedi, 26 novembre 2005

Oliver Finkielkraut

Les journaux : Finkielkraut présente des excuses.

Je pense à cette inénarrable séquence d'un vieux Laurel et Hardy, dans lequel ce dernier, avec l'aide de son comparse, réduit un piano en miettes en pleine rue. S'apercevant un peu tard qu'un policeman l'observe, l'irascible bibendum récupère dans le caniveau deux touches orphelines et s'efforce, avec un sourire contraint, de reconstituer le clavier qu'il vient de saccager avec une rage jubilatoire...