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dimanche, 30 octobre 2005

Trépassés

Week-end placé sous le signe du chrysanthème, "la marguerite des morts", dont l'odeur âcre a des relents de caveau humide et d'éternité. Abandonnons pour quelques jours le haïku au profit de l'épitaphe mélancolique.

"... Or sont morts
Tous ches corps
Qui porissent
Vers norissent
Et attendent
Quilz reprendent
Soubz ches lames
Corps et ames..."

 

("Épitaphe antique en langage picard", in Geofroy Tory, Champfleury, 1529)

La vaisselle des poètes

"L'écuelle rouge aussi
Où l'eau sale s'oublie
Et qui pourrirait,

Elle sera lavée."

(Guillevic, "Choses", in Terraqué, 1945)

"Regarde celui qui s'en vient des ronciers du silence
Accueille-le dans ta maison
Aux draps humides et aux tasses de grès

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Je ne donne que l'amitié dans le bol cassé de la tête"

(Jacques Bertin, "Impossible parler" (1975) in Plain-chant Pleine page, Arléa/Velen, 1992)

"L'âme devant le monde :
Le chat devant la soucoupe de lait..."

(Maurice Chappaz, Tendres campagnes, 1966)

"Attablée devant mon i-book blanc
je trempe mes seins dans l’assiette de lait
des mots"

(A. R. sur "À mains nues", 30/10/2005)

samedi, 29 octobre 2005

Politique 3

"Un type innocent ne peut faire de politique, car il ne peut pas être un salaud. Un homme politique naîf est une catastrophe pour son pays. Les hommes politiques médiocres sont des naifs qui se font des illusions et cela a des conséquences fâcheuses. Si l'homme politique est naïf, il est dangereux. Ce sont des choses apparemment simples, mais au fond très importantes. Ce qui est curieux, c'est que l'expérience de la vie montre combien se trompent les gens qui se croient très intelligents. Les vrais hommes politiques sont ceux qui ne se font pas d'illusions. Autrement, ils nuisent, ils sont dangereux pour leur pays. C'est pourquoi un homme politique propre est quelque chose de tellement rare."
(E. M. Cioran, "Glossaire", in Œuvres, Quarto/Gallimard, 1995)
Propos tenus en 1992 — Cioran songeait-il à quelqu'un en particulier ou croyait-il énoncer là des vérités d'ordre général ? Il semble qu'il conviendrait de nuancer de telles assertions : les cyniques, les roués et les brutes sont dangereux aussi, et peut-être plus que les "naïfs" ou les idéalistes, catégories dont les chances de survie sont assez minces dans les grenouillères où barbotent les élus.

Rrose Sélamort

Les beaux corps sont voués aux corbeaux.
(La proximité de la fête des Trépassés prédispose aux joyeusetés)

Les belles images

Se défier des images : attitude iconoclaste.
"Iconoclastes : hérétiques du huitième siècle qui s'élevèrent contre les images du Sauveur du monde, de la Vierge et de tous les Saints, dont l'erreur eut pour auteurs un Juif et un Sarrasin. Ce dernier persuada à l'empereur Léon Isaurique de faire abattre toutes les images des églises et Constantin Copronyme, son fils et son successeur, se porta à das cruautés inouïes contre tous ceux qui les révéraient..."

(Thomas Corneille, Dictionnaire des arts et des sciences, 1694)

L'obscène 5

Exposer en spectacle des photos de soi sur son blog relève de la complaisance ou de l’exhibitionnisme. Livrer à des regards étrangers celles de ses propres enfants, c’est du maquereautage inconscient.

vendredi, 28 octobre 2005

Vocabulaire 3

Sur les mots pompier, pompiérisme, hypothèse étymologique cocasse de Théodore de Banville, qu'on trouve exposée dans les mêmes termes dans le T.L.F. et dans le Robert — Dictionnaire historique de la langue française : "D'après Banville lui-même, les casques portés par les personnages de l'Antiquité sur les tableaux de David et de ses épigones auraient suggéré aux contemporains l'image du "pompier qui se déshabille" ; cet auteur rappelle le vaudeville de F. A. Duvert, La Sœur de Jocrisse (1877) où Jocrisse, regardant une gravure du Passage des Thermopyles, s'écrie : "... ils se battent tout nus ! [...] Ah ! non, non, ils ont des casques... C'est peut-être des pompiers qui se couchent." le mot se serait ensuite appliqué à des tableaux ridiculement emphatiques."

Vocabulaire 2

À propos du verbe énerver — dont le sens actuel constitue encore pour Littré un emploi abusif —, cette remarque dans le Dictionnaire critique de l'abbé Féraud (1787) : "Ce mot est beau au figuré." Suit une série d'exemples, dont le dernier ("La vertu dédaigne un vain faste, qui ne pourrait que l'affaiblir en l'énervant") est commenté en ces termes : "Il semble que dans cette dernière phrase on pourrait trouver du pléonasme, car affaiblir et énerver ont tant de rapport que c'est presque la même chose."

La bonne peinture 2

Le Nouveau Petit Larousse illustré, édition de 1936, propose, insérées dans la partie "Histoire et géographie", "16 Planches hors-texte en similigravure, donnant 83 reproductions des tableaux les plus célèbres et constituant ainsi — nous dit-on dans la préface — un précieux répertoire d'art". La peinture d'histoire, l'allégorie académique et, d'une manière générale, le pompiérisme dix-neuvième alimentent pour l'essentiel cette collection de vignettes, dont le noir et blanc souligne le pathos, exagère le côté lugubre ou inquiétant. Le Martyre de saint Denis, de Bonnat, La Justice et la Vengeance divine poursuivant le crime, de Prud'hon, sont tout simplement cauchemardesques... Je suis un peu déçu de ne pas retrouver ici, comme je m'y attendais, Les Énervés de Jumièges, superbe exemple de kitsch historique, que son étrangeté préserve miraculeusement du ridicule.

Les mots pour le dire

"Ne peux-tu essayer de faire voir les choses sans passer par la culture ?"

(Peter Handke, Essai sur la fatigue, Folio, 1996)

Un langage strictement univoque, purement dénotatif : rêve de logicien — ou de poète. C'est une erreur commune ou une conception vulgaire que de fonder la poésie sur la métaphore, l'allusion, le jeu complexe des références et des allusions, qui rendent toujours plus insaisissable le signifié gisant en-deçà de toute parole.