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dimanche, 23 septembre 2018

Papiers journaux 3

Exception faite des "polars" — oubliés, pour la plupart, sitôt que refermés —, je ne lis plus guère de romans — et surtout pas les nouveautés de la "rentrée littéraire". En revanche, j'ai de plus en plus de plaisir à parcourir journaux, mémoires, réflexions et fragments — tous textes relevant de "l'écriture de soi", où l'on retrouve avec bonheur ce "style naturel" qui confère à notre lecture l'agrément d'un entretien familier, instaure une connivence avec l'auteur. Ses inadvertances, ses ridicules, ses bévues nous le rendent plus proche.
Dans L'Art presque perdu de ne rien faire de Dany Laferrière, lu il y a quelques mois ; dans le Journal extime de Michel Tournier, relu hier d'une traite ; dans Le Coq d'Esculape de Jean-Bernard Liger-Belair, que je lis en ce moment, il y a des bourdes qui nous agacent autant qu'elles nous rassurent. Ce sont celles que nous-mêmes commettons si souvent, par négligence, paresse ou étourderie : citations erronées, cacographies bénignes qui sont la rançon de l'écriture sans artifice. Le lapsus calami, d'ailleurs, est parfois si chargé de sens — levain d'exégèses fécondes — qu'on ne regrette pas qu'il ait échappé à la vigilance de l'auteur. Ainsi, chez Tournier : "Mon Daniel Defoe se récrit [sic] en prenant connaissance des 'robinsonnades' issues de son roman Robinson Crusoe (1719), à commencer par mon Vendredi. 'Non, non, je n'ai pas voulu cela !'"

jeudi, 19 avril 2018

The stuff that dreams are made of

J'ai déjà dit, ici — et à plusieurs reprises, je crois —, le peu de goût que j'avais pour les récits de rêves, qu'il s'agisse de ceux des autres ou des miens propres. Ceux-là ne m'intéressent pas, ceux-ci ressortissent à l'intime et — dans un cas comme dans l'autre — leur dévoilement a quelque chose d'obscène, de trouble et de troublant dans sa dimension chimérique, cet assemblage irrationnel d'images familières, de réminiscences floues, d'obsessions tapies aux limites de la conscience, de vieilles hantises jamais confessées.
Je ne comprends pas que le mot rêve se soit, dans l'usage commun, chargé à ce point de sèmes euphoriques — "voyage de rêve", "séjour de rêve" — et de connotations l'associant à l'inaccessible, à un idéal médiocre marqué au coin du kitsch, à une certaine idée du bonheur, frivole et passablement stupide.
Tous mes rêves — j'entends : nocturnes —, que j'ai du mal à me remémorer tant ils se dissipent vite au réveil, me laissent, faute d'images précises, une impression de malaise, quelque chose qui échappe aux mots, à l'exorcisme du langage ; quelque chose de poisseux, d'obscur ; quelque chose qui tient du remords et de l'effroi. Mes rêves sont pleins, comme les songeries éveillées de Du Perron, de "morts qui nagent et qui volent", grouillent de fantômes hostiles ; rêves sans couleurs et sans joie, où l'on erre, jusqu'au réveil salvateur, au long d'interminables couloirs pénombreux, dans des pièces glaciales et des cours boueuses, à la recherche d'on ne sait quoi, d'on ne sait quelle clef à jamais perdue, prémonition d'une terrifiante éternité...

mercredi, 11 avril 2018

Salamis de Milan, bégonias de Nasbinals, solderies bourbonnaises

Le regretté Pierre Autin-Grenier, lorsqu'il "s'interrogeait trop fort sur le sens de l’existence" et "n'avait nul salami de Milan à se mettre sous la dent", sautait dans son automobile et "fonçait comme un fou vers Nasbinals", où la vue des bégonias de madame Souchon lui redonnait le goût de vivre.
Pour ce qui me concerne, je ne trouve rien de particulièrement rassérénant à trancher du salami en "minuscules rondelles" tout un après-midi ; Nasbinals est au bout du monde — plus loin encore que Taphaleschas —, les bégonias ne sont pas encore en fleurs et madame Souchon, la charcutière, est morte, probablement, comme le pauvre Autin-Grenier.
Alors, lorsque le temps est maussade, cafardeux, mon remède à la mélancolie, c'est la visite des solderies, ces hangars bordéleux où l'on trouve mille objets de première inutilité, genre vistemboirs ou brimborions, pacotille, "articles de décoration" d'une hideur compliquée, produits d'hygiène, denrées alimentaires plus ou moins exotiques, vêtements pour nains ou géants — mais aussi, au hasard des arrivages, livres ou disques à prix dérisoires, bières ou vins méconnus qui réservent souvent d'agréables surprises.
Je reviens aujourd'hui avec un bel ouvrage consacré à Vallotton, un CD de Didier Squiban et quelques bouteilles de bières scandinaves — porter ("le porter, cette bière noire qui sent le jus de réglisse dépouillé de sucre") et pale-ale — tout à fait remarquables.
Arrivé à la maison, il se confirme que, comme je le pressentais, j'avais déjà le Vallotton...

jeudi, 08 mars 2018

Petite anthologie portative 85

Les vers de sable avancent-ils ?
On peut penser que le sable goulu
Les aspire, ou que le sable les traverse,
Quoique la volonté du ver semble être de traverser le sable.
Le ver des bords de la mer ne laisse derrière lui
Qu'une spirale de sable.
Être excrément, voilà qui tente...

Roland Dubillard ("Traîtrises — n°3" in La Boîte à outils, 1985)

samedi, 03 mars 2018

Encore des chats 5

P.Z. cite, sur sa page Facebook, un passage de Polochon — œuvrette oubliée de Gaston de Pawlowski — dans lequel il est question de chats qui "suivent attentivement du regard des choses inexistantes qui passent en l'air au-dessus de leurs têtes".
Ces choses, que nous disons inexistantes parce que, simplement nous ne les voyons pas — ou préférons ne pas les voir —, ces choses "qui passent en l'air" et font parfois sursauter les chats tirés de leur somnolence sont, j'en suis de plus en plus persuadé, les fantômes de ceux qui nous ont précédés dans nos vieilles demeures. Un bruit, le craquement léger d'une lame de parquet, un frôlement dans la pénombre d'un couloir, l'écho étouffé d'autres voix dans d'autres pièces signale leur présence discrète. Ce sont nos ombres errantes, les spectres familiers qui habitent nos rêves, les "âmes qui — disait Héraclite — flairent dans l'Hadès"...
Les chats sentent ces choses-là et ne s'en effraient point.

mercredi, 22 novembre 2017

"Non bibam amodo de hoc genimine vitis..."

Rouge ou blanc ? Question liturgique...

"On demande lequel des deux vins, du blanc ou du rouge, est matière du Sacrifice. Il est certain que l'Église a toujours préféré le vin rouge au blanc pour deux raisons. La première, c'est que le vin rouge représente mieux, par sa couleur, le mystère de sa transsubstantiation au sang de Jésus-Christ ; la seconde, parce qu'on risque moins de se tromper en confondant l'eau avec le vin. En effet, il y a des vins blancs, tellement limpides, qu'il est assez difficile de les distinguer de l'eau. C'est principalement pour cette raison que plusieurs Conciles ont défendu d'en user à la messe. Ces prohibitions sont tombées depuis longtemps en désuétude, et il est permis d'user indifféremment de l'un ou de l'autre ; mais l'usage du vin blanc n'est que la tolérance, tandis que celui du rouge est la règle [...]
Le quatrième Concile de Milan, sous saint Charles, veut qu'on se serve de vin blanc, quand on le peut. Cela ne prouve rien contre ce qui a été dit. Cette prescription est purement locale à cause de la qualité des vins rouges du Milanais qui sont fortement colorés et épais, tandis que le vin blanc y est très délicat, et d'ailleurs d'une couleur jaune assez foncée pour qu'on ne le confonde pas aisément avec l'eau."
(Origines et raisons de la liturgie catholique en forme de dictionnaire — Encyclopédie théologique publiée par l'abbé Migne, tome huitième, Petit-Montrouge, 1844. Article "Vin", p. 1255-1256)

Aujourd'hui, l'usage du vin blanc est de règle, afin de ne point souiller les nappes d'autel ou les linges liturgiques, et les maisons spécialisées dans les articles religieux, la plupart du temps, n'en proposent pas d'autre. Ainsi trouve-t-on sur Internet du "vin de messe blanc liquoreux 15°5" à 5,90 euros la bouteille (Maison Saint-Christophe) ou encore du "vin blanc sec — muscat des Pyrénées-Orientales 12°5" et du "côtes de provence blanc 13°5" — respectivement 5 et 8 euros la bouteille, ainsi qu'un "agréable vin de messe doux — muscat 15°" à 36 euros le cubi de 5 litres (Paroisse.com). Il faut aller sur la page d'Holyart — site d'une maison italienne, pour trouver enfin, outre du blanc doux ou sec, deux qualités de marsala liquoreux rouge titrant 16°... Breuvage certainement plus agréable que le vinaigre de vin agréé par Durand de Mende, mais rigoureusement proscrit par le concile d'Exeter.

mercredi, 12 juillet 2017

Remembrances du vieillard idiot 19

Lorsque nous étions bien enfants, les grands-parents — de crainte que nous n'allassions rôder autour des puits ou des mares — nous mettaient en garde contre la "mère-en-gueule", embusquée au fond de l'eau.

vendredi, 19 mai 2017

Lost in translation 3

Dans une conversation du "vice-préfet" Rocco Schiavone avec ses fantômes familiers, cette citation — guillemetée dans le texte — en forme d'énigme ou de clin d’œil :
"Et peut-être que les arbres qui attirent les tempêtes sont ceux que le vent penche sur les naufrages, perdus, perdus, sans arbres, sans arbres, ni îles fertiles. Mais, mon cœur, écoute le chant des marins !
[...] C'est beau. C'est de qui ?
— C'est un vieux livre à toi. Tu devrais le savoir."

(Antonio Manzini, Froid comme la mortLa Costola di Adamo, trad. Anaïs Bouteille-Bokobza, Folio policier, 2017)

Était-il bien heureux de retraduire erronément, à partir d'une translation italienne ambiguë, les derniers vers de "Brise marine" ? Cela autorise, certes, une surinterprétation : citation approximative, réminiscence d'un texte oublié — comme le nom de son auteur —, mais cette lecture ne procède évidemment pas de l'intentio auctoris. On pouvait, après tout, s'en tenir à l'original :
"Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !"

(Mallarmé, Poésies, Bruxelles, Edmond Deman, 1899)

vendredi, 12 mai 2017

Comme des lépismes entre les pages, les fantômes...

"Long before memory, in a past without form they began to appear in the darkness of the night. Then as memory began to screen them out, they slipped into language hiding between letters and jumping out between words."
"Bien avant la mémoire, dans un passé sans forme, ils se mirent à apparaître dans les ténèbres de la nuit.
Puis, quand la mémoire commença à les oblitérer, ils s'insinuèrent dans la langue, se cachant entre les lettres et surgissant d'entre les mots."
(Ken McMullen, Ghost Dance, 1983)

lundi, 17 avril 2017

Amour des listes et orgue 13

Usuels — table de travail.

Le Petit Robert 1972
Le Petit Robert 2013
Le Petit Larousse illustré 2004
Dictionnaire du français, Hachette, 1987
A. Bailly, Abrégé du dictionnaire grec-français, Hachette, s.d.
P. Poupart (dir.), Dictionnaire des religions, P.U.F., "Quadrige", 2007 (2 vol.)
J. Chevalier - A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, "Bouquins", 1982
Ph. Carles - A. Clergeat - J.-L. Comolli, Dictionnaire du jazz, Robert Laffont, "Bouquins", 1994
Larousse du XXe siècle, 1928
R. Grandsaignes d'Hauterive, Dictionnaire des racines des langues indo-européennes, Larousse, 1948
H. Bénac, Dictionnaire des synonymes, Hachette, 1956
F. Dübner, Lexique français-grec, Hachette, 1893
M. Grevisse, Le Bon Usage, Duculot/Hatier, 1964
Le Robert & Collins italien 2008
M. Arrivé - F. Gadet - M. Galmiche, La Grammaire d'aujourd'hui, Flammarion, 1986
The Concise Oxford Dictionary 1976
Le Dictionnaire des noms de famille, Garnier, "Le Littré", 2008
Aux origines du français, id.
Le Vocabulaire de la francophonie, id.
Le Dictionnaire du français oublié, id.
Le Dictionnaire du français des provinces, id.
A. Bailly, Dictionnaire grec-français, Hachette, 1950
S. Gumpper - F. Rausky (dir.), Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions, Bayard, 2013
J.-P. Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, Gründ, 2001
D. Compère, Dictionnaire du roman populaire francophone, Nouveau Monde éd., 2007
L. Gervereau, Dictionnaire mondial des images, id., 2010
... et bien sûr :
B. Dupriez, Gradus, 10/18,1980.

Pour l'orgue : English organ music, vol. 2 (Elgar, Parry, Howells, Whitlock, Vaughan Williams, Sumsion) — Donald Hunt, Naxos, 1993.