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mercredi, 01 juillet 2020

Solderie 8

La solderie est une sorte de conservatoire éphémère du "goût des autres", du rebut et des errements de la marchandise.
"Il y a un peu de tout
le choix est difficile..."
Parmi cent brimborions, gadgets hideux, improbables vistemboirs, nourritures étranges, oripeaux pour carême-prenant, parfois, la bonne surprise. L'autre hier, un carton de bonnezeaux et, à peine défraîchi, Le Mangeur de brumes — l'œuvre de Han-shan poète et vagabond de Patrick Carré (Phébus, 1985).
Le vin liquoreux de Bonnezeaux est, de l'avis d'un connaisseur, "d'une rare élégance. Il est peut-être, au nez, le plus parfumé des vins d'Anjou. C'est l'inimitable vin de dessert" (Dr Paul Maisonneuve, L'Anjou, ses vignes et ses vins, Angers, 1925). On peut, dit-on, le garder plus d'un quart de siècle ; eu égard à mon âge, je ne prendrai toutefois pas le risque de vouloir m'en assurer.
L'ouvrage de Patrick Carré — dont je possède déjà Les Saisons bleues — l'œuvre de Wang Wei poète et peintre (Phébus, 1989) —, apparemment épuisé, ne se trouve qu'en occasion à des prix exorbitants. Il ne m'en aura coûté ici que deux euros et quatre-vingt-dix-neuf centimes. Je pouvais donc, sans trop de remords, m'offrir les six bouteilles de bonnezeaux.

samedi, 27 juin 2020

Descendons encore au jardin...

Chaque année, la nature autour de la maison se fait plus exubérante, plus envahissante la verdure, et notre lassitude plus grande. Le combat est trop inégal. Nous laissons une végétation folle coloniser le minuscule potager qui ne connaît plus la bêche, livré désormais au buissonnement anarchique de la citronnelle, de la sauge bleue, de la sarriette et de l'origan. Quelques fraisiers subsistent au pied des pêchers de vigne, entre ciboulette, aneth et romarin ; à l'ombre d'un prunier épineux et stérile on trouve la menthe, la rhubarbe ou le cerfeuil, une clématite accroche ses vrilles à un piquet vermoulu. Les grands arbres — chêne, frêne, bouleau, sapins —, les tilleuls, le vieux pommier, le noyer, l'arbre à perruques, le jeune saule, les haies hirsutes sont pleins d'oiseaux...
Que deviendra, après nous, "ce jardin que nous aimions", ce modeste éden où l'on aimerait que le temps s'attarde un peu, dans la quiétude des matinées, lorsque une brise tiède apporte des odeurs de lessive fraîche, ou dans la torpeur des après-midi d'été ? Plus que jamais, avec l'âge et son lot de misérables misères, nous prenons toute la mesure de ce bonheur qui nous est donné, au quotidien, ici et maintenant. "Deus nobis haec otia fecit..."

mardi, 02 juin 2020

Petites perambulations hexagonales 8

"Quel admirable lieu ! C'est ici la pente de l'Auvergne. Le pays change, la terre s'élève, forme un vaste seuil en avant des montagnes, et de ce seuil penché la vue découvre Berry et Bourbonnais, une France rurale immense, étale jusqu'à la Loire..." (Daniel Halévy, Visites aux paysans du Centre, IV, 10 : "Les visites de 1934 - Rougeron dans ses vignes", Grasset, 1934)
C'est, au-dessus de Montluçon, la Combraille bourbonnaise, pays de bocage et, naguère, de vignobles modestes dont ne subsistent guère, aujourd'hui que quelques arpents enclavés dans le patchwork des champs et des pâtures. Domérat, village vigneron, n'est plus qu'un gros bourg cerné de lotissements pavillonnaires et de zones d'activités industrielles ou commerciales. Le vin de Courau, ne doit qu'à sa médiocre réputation de n'avoir pas été totalement oublié : on connaît encore, par ici, le dicton local assurant qu'il ne faisait "ni bien ni mau".
C'est du côté d'Huriel et de La Chapelaude qu'il faut aller pour trouver le dernier paysan viticulteur du coin, qui ouvre sa cave au public une fois la semaine — lorsqu'il n'a pas mieux à faire. Bien décidés, l'autre hier, à lui rendre une visite, nous passons une bonne partie de l'après-midi à nous perdre sur les routes étroites du secteur avant d'arriver au domaine, que nous trouvons silencieux et désert. Un vieil épagneul nous accueille, vaguement intrigué par notre intrusion. Nous cognons aux portes, heurtons aux vitres de la cuisine. Personne... Du linge sèche, à peine agité par une brise chaude et paresseuse, qui apporte des odeurs d'herbe fraîchement fauchée et le lointain bourdonnement d'engins agricoles.
Un coup de téléphone me livre la clé du mystère : la cave est exceptionnellement fermée — "On est en plein dans les foins !" Nous aurons donc le plaisir de revenir un peu plus tard, un autre jour, pour savoir enfin si le vin d'Huriel vaut mieux que celui de Courau. Pour ne pas rentrer les mains vides, nous rapportons de notre escapade un fromage de Chambérat — commune toute proche. Acheté tout de même, par précaution, au supermarché du coin, au cas où les fromagers seraient, eux aussi, occupés à retourner du foin en batifolant dans les prairies...

vendredi, 29 mai 2020

La vie des macrobites est plutôt monotone

Maisons de retraite
Remugle d'eau de Cologne
d'urine et de mort

Le cul à la chaise
tous attendent le repas
le lit le trépas

Il règne en ces lieux
chaleur d'étuve et silence
gris de cimetière

jeudi, 21 mai 2020

Papiers journaux, bonshommes Ripolin et continuité des parcs 3

Continuant de copier — comme Bouvard et Pécuchet — ce qu'ont copié les autres — comme Simon Leys :
"Un homme qui s'attache aux harmonies, qui n'associe les étoiles qu'avec les anges, ou les agneaux avec les fleurs printanières, risque d'être bien frivole, car il n'adopte qu'un seul mode à un certain moment ; et puis ce moment une fois passé, il peut oublié le mode en question. Mais un homme qui tâche d'accorder des anges avec des cachalots doit, lui, avoir une vision assez sérieuse de l'univers."
(Simon Leys, L'Ange et le cachalot, Seuil, 1998)
Une vision de l'univers qui n'est pas sans évoquer le "Grand Chosier" d'Alexandre Vialatte, le bric-à-brac baroque du monde comme il va, dont l'almanach Vermot et le catalogue Manufrance, aussi bien que le sommaire de ses innombrables chroniques esquissent de précaires et jubilatoires catalogages.

dimanche, 03 mai 2020

Hétéronymes

Hétéronymes — "Larvatus prodeo."
Agathe, Célestine, Jeanne, Marie, Rose, Constantin, Thomas, Zdzisław...
"Je est un·e autre."
Un·e autre est jeu... Pas toujours.
Fantoches, personnages plats — semblables à ceux qui rôdent dans les corridors ombreux de la maison du joueur de flûte ou tombés d'entre les pages du répertoire de Cerfberr et Christophe.
Certains écrivent, d'autres non. Ou juste dans leur tête, comme l'homme de Patricia Highsmith.

dimanche, 15 mars 2020

Le sens de l'épigraphe 5

"Mon propos est précédé de trois épigraphes. La plupart des causeries, conférences, et communications de circonstance sont vite oubliées. En revanche, toute épigraphe devrait être mémorable. Mes lecteurs pourront naturellement oublier ce que je vais leur raconter ici, mais il me semble qu'ils devraient quand même retenir ces épigraphes."
(Simon Leys, "Des mensonges qui disent la vérité", in Le Bonheur des petits poissons, J.-C. Lattès, 2008)

jeudi, 23 janvier 2020

Le sens de la formule 16

Nancy Huston, parlant de la première de ses trois belles-mères :
"... une personne obèse et bourrue sans métier autre que celui de mère juive."
("Les trois belles-filles" in Nord perdu, Actes Sud, 2019)

samedi, 18 janvier 2020

Papiers journaux, bonshommes Ripolin et continuité des parcs 2

"Citer l'autre"

"On me reproche de trop citer d'auteurs. Mais les citations ne sont pas des paravents derrière lesquels se réfugier. Elles sont la formulation d'une pensée qu'on a caressée un jour et que l'on reconnaît, exprimée avec bonheur, sous la plume d'un autre. Les citations révèlent l'âme de celui qui les brandit. Elles trahissent le regret de ne pas avoir su ou n'avoir pas pu dégainer sa pensée."

(Sylvain Tesson, Géographie de l'instant, Éditions des Équateurs, 2012)

dimanche, 12 janvier 2020

Le sens de l'épigraphe 4

"C'est ainsi qu'un jour, par hasard, nous nous rappelons tant de visages, tant de choses, mais il n'y a plus personne pour se souvenir de nous, et nous sommes encore vivants."
(Angelo Rinaldi — source non précisée : La Dernière Fête de l'Empire in Comedia de Thierry Jonquet, 2005)

Qui se souvient d'Angelo Rinaldi, — encore vivant puisque "immortel", romancier distingué et critique fielleux ?