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mardi, 15 novembre 2005

Les lunettes des princes 2

 

"Mr du Cange croyoit que les lunettes étoient un peu plus anciennes, et qu'elles étoient en usage dès l'an 1150. Ce qu'il prétandoit prouver par ces vers de Ptochoprodromus, dans son poëme écrit en vers politiques contre Alegumenus, qui est un manuscrit de la bibliothèque du Roy :

Erkhontai, blepousin euthus, kratousi ton sphugmon tou :
Thôrousi kai ta skubala meta tou hueliou.

Ptochoprodromus parle en cet endroit des médecins de l'empereur Comnène, dont il se raille. Ils viennent, dit-il, et aussitost ils regardent les choses. Ils touchent le pouls, et avec un verre, ils considèrent les excremens."

(Dictionnaire de Ménage)

Est-il bien nécessaire de se pourvoir de besicles pour constater que c'est... la merde !?

Les lunettes des princes

Notre président aurait-il chaussé les lunettes conçues par dame Raison à l'usage de ceux qui nous gouvernent, "tant nouvellement et si doulcement composées que toutesfois que bon luy sembloit elle les mettoit et divisoit en quatre parties, dont le nom d'une des verrines estoit Prudence, escript en lettres d'or et l'autre nommée Justice en escripture vermeille ; l'os ou yvière, en quoy elles estoyent enchassées, se nommoit Force, et le clou qui les entretenoient et joingnoit ensemble Tempérance" ?
(Jean Meschinot, Les Lunettes des Princes, 1460-1464)
 
Nous voilà sur la voie de la bonne gouvernance platonicienne !

lundi, 14 novembre 2005

Étranges lucarnes et paroles de folliculaires

Ayant eu l'imprudence d'accorder quelque crédit aux commentaires enthousiastes de certains folliculaires complaisants, incultes ou attardés mentaux, j'ai été assez stupide, la semaine passée, pour m'installer devant les "étranges lucarnes" afin de ne pas manquer le premier épisode des "Rois Maudits". J'ai réussi à résister pendant près d'un quart d'heure à cette dégoulinade prétentieuse et grotesque, dans laquelle le ridicule semble à chaque plan le disputer au mauvais goût... Sans doute n'ai-je aucun sens de l'esthétique télévisuelle; peut-être souffré-je d'une incurable inaptitude à évaluer l'originalité de cette audacieuse relecture des druonnades qui ravirent le public dans les années 70...
L'excellente chronique de François Reynaert, publiée cette semaine dans Le Nouvel Observateur, me console. Je ne suis visiblement pas le seul à trouver le chef-d'œuvre de Josée Dayan aussi consternant que les mœurs de la classe politique actuelle. Politique ou télévision, les choses ne s'améliorent pas avec le temps !
Il paraît que parler d'étranges lucarnes est aujourd'hui du dernier ringard. Je suppose qu'il est également ringard de déplorer la médiocrité générale des temps, propice au consensus bêlant, au matraquage et au décervelage systématiquement opérés par les media bénéficiant de la plus large audience...

Jacques a dit...

"Je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, quelles que soient leurs origines, qu'ils sont tous les filles et les fils de la République." (Propos de J. Chirac, extrait de l'allocution radio-télévisée de ce lundi 14 novembre, d'après Le Figaro)

"Voilà des réflexions bien belles, dit Francinet. Ce livre explique si bien les choses que je ne me trouverai plus humilié désormais lorsque quelqu'un, à cause de ma pauvreté, me traitera avec mépris. Je serai consolé tout de suite, car je me dirai : cet orgueilleux ne fait de tort qu'à lui, et le seul qui ait sujet d'être honteux, c'est lui, puisqu'il est injuste et que je ne le suis pas." (Francinet. Livre de lecture courante, chap. CVI, "La vraie égalité", Belin, 1889)

La cognizione del dolore 5

Aujourd'hui, clinique.

Attentes interminables. Bavarderies oiseuses des "assis". Faire semblant de lire, de somnoler, de crainte d'être pris pour confident de répugnantes misères...
Ceronetti n'est peut-être pas la lecture qui convient le mieux pour ces moments où l'on éprouve jusqu'à la nausée la faiblesse de la chair. Je parcours néanmoins Le Silence du corps avec une sorte de jubilation morbide, fasciné par ce pessimisme cynique, cet humour désabusé, douloureux, qui alimente parfois la verve cinglante du moraliste :
"Un long mégot écrasé dans un lavabo de toilette est comme le film du portrait moral d’un homme. Le voici : vulgaire, impérieux, stupide, sans générosité, parfaite­ment égoïste dans le coït, plein d’argent escroqué ou raflé, indifférent aux malheurs des autres, destructeur d’animaux et de plantes, chasseur, lecteur de journaux sportifs, avide, lourd en toute chose, bruyant, vociférant, ignoblement pratique, mangeur de viandes rouges, grand saleur, buveur de café, habillé de vêtements coûteux, parfumé, respectueux de la puissance, adora­teur des voitures. Entré ici pour pisser, il a laissé sa photographie : le nom n’a pas d’importance."

dimanche, 13 novembre 2005

La Vierge au raisin

Excursion dominicale en Beaujolais. Avant le déjeuner (saucisson vigneron et fromages affinés au marc de raisin), notre hôte nous propose une promenade apéritive qui nous conduit au sommet de la Montagne de Brouilly. Vue magnifique sur les côtes roussies par l'automne, la vallée de la Saône et, très loin à l'horizon, le Mont-Blanc, que l'on devine dans la brume légère.
La chapelle de Brouilly, édifiée dans la seconde moitié du XIXe siècle, est dédiée à la Vierge au raisin, qui préserve les vignes de l'oïdium, en détourne "la gelée, la grêle et les fléaux de toutes sortes". On lit sur le linteau de l'entrée : "À Marie, protectrice du Beaujolais".
Les prières des vignerons ont été entendues : le beaujolais blanc et le côte de Brouilly qui accompagnent le repas sont fort honnêtes et ne manquent pas de caractère. Le beaujolais nouveau, qui coulera à flots la semaine prochaine, peut, en revanche, susciter quelques réticences de la part de "ceux qui ont le goût difficile"...

samedi, 12 novembre 2005

Civilisation essoufflée

La jeunesse des banlieues est énervée, au sens courant, familier du terme ; la classe politique, au sens classique — dépourvue de nerf, de force physique et morale.

"Malheur à toi, pays dont le roi est un enfant, et dont les princes mangent dès le matin."
Les enfants rois guenilleux sont dans la rue, les princes changés en bouffons séniles rotent dans leurs mangeoires, radotent dans leurs prétoires.

Paroles prémonitoires de Cioran :
"Tout n'est pas perdu : restent les barbares. D'où émergeront-ils? Il n'importe. Pour le moment, sachons que leur démarrage ne tardera pas, que, tout en se préparant à fêter notre ruine, ils méditent sur les moyens de nous redresser, de mettre un terme à nos ratiocinations et à nos phrases. À nous humilier, à nous piétiner, ils nous prêteront assez d'énergie pour nous aider à mourir ou à renaître." ("Sur une civilisation essoufflée", in La Tentation d'exister, 1956)

Charme des solderies

Ce matin, trois heures à tuer au chef-lieu : allons farfouiller à la solderie !
J'en repars avec quelques bouteilles — cahors, premières côtes de Blaye, pacherenc du Vic-Bilh — et deux ou trois livres, dont le second tome des Mécanismes dans la technique moderne, d'I. Artobolevski, deuxième partie : "Mécanismes à leviers — À l'usage des ingénieurs, constructeurs et inventeurs" (Moscou, Éditions Mir, 1976). Comment ai-je pu ignorer jusqu'à ce jour ces merveilles de la technique que sont le "mécanisme à leviers et engrenage de l'ellipsographe de Guerchgorine" ou le "mécanisme de Hain à leviers articulés et satellite avec chenille oscillante" ? "J'enrage que mon père et ma mère ne m'aient pas fait bien étudier dans toutes les sciences, quand j'étais jeune."
Pour quelques euros de plus, j'ajoute à mes emplettes un numéro désormais introuvable de la revue Labyrinthe et deux douzaines de crayons — "Best quality pencils"...
 
Je viens de goûter le côtes de Blaye : il devrait faire un excellent vinaigre.

Météo 8

Regenwetter ziehen trübe,
Und der Himmel scheint mir grau.
Ach ! der Sommer ist entschwunden,
Und der Winter naht sich rauh.

[...]

Alles trübe, alles traurig,
Wie dies Herz in meiner Brust.
Ach ! den Spätherbst meines Lebens
Fühl' ich, ohne Frühlingslust...

(Otto von Briesen, "Letzter Seufzer") 

 

vendredi, 11 novembre 2005

11 novembre

À la fin du XIXe siècle, Alphonse Allais notait avec morosité que ceux qui avaient connu Napoléon se faisaient de moins en moins nombreux. Ainsi de nos poilus, plus que centenaires, intransportables et, de surcroît, déjà tous décorés. Donc, sans grand intérêt. Fort peu de chose dans nos journaux sur les cérémonies commémoratives de l'armistice. À la radio, une journaliste, qui a dû lire les ouvrages de la professeure Marina Yaguello, fait le mot féminin. Mais peut-être est-ce par coquetterie archaïsante : armistice est également féminin, pour le dictionnaire de l'Académie, jusqu'en 1798.

On relève pourtant dans Le Figaro un intéressant article sur les fusillés pour l'exemple.

La Croix nous rappelle que c'est aujourd'hui la Saint-Martin. Autrefois, dans nos campagnes, l'expression "faire la Saint-Martin" signifiait déménager. C'était en effet la date à laquelle prenaient effet les baux ruraux.
"... je serai peut-être là-bas pour la St Martin..." écrivait, à la fin de la guerre, mon grand-père, gazé, en convalescence au Tréport. La carte montre la "vue sur le Musoir et la falaise". Au verso, le texte au crayon est à présent presque effacé...
Sicut nubes, quasi naves, velut umbræ...