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mardi, 22 novembre 2005

Choronymie macabre

Chaque fois que j'emprunte l'autoroute A 31, je suis frappé, à proximité de Dijon, par ce panneau indiquant que l'on franchit "La Femme sans tête". À moins que l'hydronyme n'ait qu'une valeur aimablement métaphorique (rivière musant à travers champs, telle la laitière écervelée), on peut imaginer qu'il trouve son origine dans quelque fait-divers sordide et mystérieux, qui lui confère une dimension poétique assez louche.
"Femme sans tête", "Femme morte", "Femme tuée", "Femme enfouite", "Femme enterrée", "Femme noyée"... Ces choronymes macabres, attestés un peu partout en France, perpétuent ainsi, obscurément, d'antiques violences dont on ne saura jamais rien...

lundi, 21 novembre 2005

Smoking / No smoking 5

Cigarettes d'antan :

Parisiennes, dites "P4"
Gauloises jaunes, "goût Maryland"
Boyards maïs et Celtiques "gros module"
Marigny
Rallye, en paquet de dix
Week-end à bout de liège
Palette, couleurs pastel et bout doré
Yaset, aplaties en cylindroïde. Tabac turc parfumé, parti comme les autres : en fumée...


jeudi, 17 novembre 2005

Je m'en vais ou je m'en vas...

Je vous abandonne pour quelques jours : une visite à rendre en Lorraine. Je profiterai de l'occasion pour faire provision de vins de Moselle — pinots et auxerrois de Contz-les-Bains — ou de gris de Toul. À bientôt ! N'abusez pas du beaujolais nouveau.

Petite anthologie portative 13

À WANG LU

Li Bai, dans son bateau, sur le point de partir,
Soudain, entend sur la rive, scandé du pied, un chant.
L'eau de l'étang aux Fleurs de pêcher est profonde de mille pieds,
Mais moins que l'amitié de Wang Lun pour moi.

(Li Bai, Sur notre terre exilé, trad. Dominique Hoizey, Orphée/La Différence, 1990)

mardi, 15 novembre 2005

Les lunettes des princes 3

"Quand on prend lunettes adieu fillettes, i. qu'un homme qui se sert de lunettes n'a plus gueres de vigueur."
"Il a chaussé ses lunettes de travers, i. il a mal regardé ou consideré."

(Oudin, Curiositez françoises, 1649)

Tout cela n'est guère rassurant !

Les lunettes des princes 2

 

"Mr du Cange croyoit que les lunettes étoient un peu plus anciennes, et qu'elles étoient en usage dès l'an 1150. Ce qu'il prétandoit prouver par ces vers de Ptochoprodromus, dans son poëme écrit en vers politiques contre Alegumenus, qui est un manuscrit de la bibliothèque du Roy :

Erkhontai, blepousin euthus, kratousi ton sphugmon tou :
Thôrousi kai ta skubala meta tou hueliou.

Ptochoprodromus parle en cet endroit des médecins de l'empereur Comnène, dont il se raille. Ils viennent, dit-il, et aussitost ils regardent les choses. Ils touchent le pouls, et avec un verre, ils considèrent les excremens."

(Dictionnaire de Ménage)

Est-il bien nécessaire de se pourvoir de besicles pour constater que c'est... la merde !?

Les lunettes des princes

Notre président aurait-il chaussé les lunettes conçues par dame Raison à l'usage de ceux qui nous gouvernent, "tant nouvellement et si doulcement composées que toutesfois que bon luy sembloit elle les mettoit et divisoit en quatre parties, dont le nom d'une des verrines estoit Prudence, escript en lettres d'or et l'autre nommée Justice en escripture vermeille ; l'os ou yvière, en quoy elles estoyent enchassées, se nommoit Force, et le clou qui les entretenoient et joingnoit ensemble Tempérance" ?
(Jean Meschinot, Les Lunettes des Princes, 1460-1464)
 
Nous voilà sur la voie de la bonne gouvernance platonicienne !

lundi, 14 novembre 2005

Étranges lucarnes et paroles de folliculaires

Ayant eu l'imprudence d'accorder quelque crédit aux commentaires enthousiastes de certains folliculaires complaisants, incultes ou attardés mentaux, j'ai été assez stupide, la semaine passée, pour m'installer devant les "étranges lucarnes" afin de ne pas manquer le premier épisode des "Rois Maudits". J'ai réussi à résister pendant près d'un quart d'heure à cette dégoulinade prétentieuse et grotesque, dans laquelle le ridicule semble à chaque plan le disputer au mauvais goût... Sans doute n'ai-je aucun sens de l'esthétique télévisuelle; peut-être souffré-je d'une incurable inaptitude à évaluer l'originalité de cette audacieuse relecture des druonnades qui ravirent le public dans les années 70...
L'excellente chronique de François Reynaert, publiée cette semaine dans Le Nouvel Observateur, me console. Je ne suis visiblement pas le seul à trouver le chef-d'œuvre de Josée Dayan aussi consternant que les mœurs de la classe politique actuelle. Politique ou télévision, les choses ne s'améliorent pas avec le temps !
Il paraît que parler d'étranges lucarnes est aujourd'hui du dernier ringard. Je suppose qu'il est également ringard de déplorer la médiocrité générale des temps, propice au consensus bêlant, au matraquage et au décervelage systématiquement opérés par les media bénéficiant de la plus large audience...

Jacques a dit...

"Je veux dire aux enfants des quartiers difficiles, quelles que soient leurs origines, qu'ils sont tous les filles et les fils de la République." (Propos de J. Chirac, extrait de l'allocution radio-télévisée de ce lundi 14 novembre, d'après Le Figaro)

"Voilà des réflexions bien belles, dit Francinet. Ce livre explique si bien les choses que je ne me trouverai plus humilié désormais lorsque quelqu'un, à cause de ma pauvreté, me traitera avec mépris. Je serai consolé tout de suite, car je me dirai : cet orgueilleux ne fait de tort qu'à lui, et le seul qui ait sujet d'être honteux, c'est lui, puisqu'il est injuste et que je ne le suis pas." (Francinet. Livre de lecture courante, chap. CVI, "La vraie égalité", Belin, 1889)

La cognizione del dolore 5

Aujourd'hui, clinique.

Attentes interminables. Bavarderies oiseuses des "assis". Faire semblant de lire, de somnoler, de crainte d'être pris pour confident de répugnantes misères...
Ceronetti n'est peut-être pas la lecture qui convient le mieux pour ces moments où l'on éprouve jusqu'à la nausée la faiblesse de la chair. Je parcours néanmoins Le Silence du corps avec une sorte de jubilation morbide, fasciné par ce pessimisme cynique, cet humour désabusé, douloureux, qui alimente parfois la verve cinglante du moraliste :
"Un long mégot écrasé dans un lavabo de toilette est comme le film du portrait moral d’un homme. Le voici : vulgaire, impérieux, stupide, sans générosité, parfaite­ment égoïste dans le coït, plein d’argent escroqué ou raflé, indifférent aux malheurs des autres, destructeur d’animaux et de plantes, chasseur, lecteur de journaux sportifs, avide, lourd en toute chose, bruyant, vociférant, ignoblement pratique, mangeur de viandes rouges, grand saleur, buveur de café, habillé de vêtements coûteux, parfumé, respectueux de la puissance, adora­teur des voitures. Entré ici pour pisser, il a laissé sa photographie : le nom n’a pas d’importance."