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mardi, 29 novembre 2005

Books think for me

"— Vous avez raison, il faut être une œuvre d'art ou porter une œuvre d'art.
— Oscar Wilde ?
— Non, éditions Oscar Mondadori. Le Livre des citations."

Pinketts a le sens de la démythification ironique : la plupart du temps, la pratique de la citation relève moins de l'érudition que de la fumisterie. Il arrive pourtant qu'elle révèle une connivence, esquisse une complicité intellectuelle ou témoigne d'une simple révérence, à partir de quoi s'élabore tout un jeu de clins d'œil intertextuels.

Ainsi chez Simon Leys, qui publie chez Plon Les Idées des autres. Glosant brièvement une formule de Vialatte — "La gravité est le plaisir des sots" — Leys nous livre une confidence malicieuse, qui nous ramène à Montaigne et à la gravité de l'âne ("Est il rien certain, resolu, dedeigneux, contemplatif, serieux, grave, comme l'asne ?"), par le biais d'une autre comparaison animalière : "Ayant passé une grande partie de ma vie dans des universités, j'ai été amené à fréquenter un nombre considérable de personnages graves et d'esprits sérieux. On ne trouve d'équivalent à cette gravité-là que chez les grands mammifères du zoo (vous aurez déjà remarqué d'ailleurs que votre chat et votre chien ne sourient jamais)."

Sur ce dernier point, je ne serai pas aussi affirmatif, mais c'est là une autre question.

Le sens de l'épigraphe

Dans le Nouvel Observateur du 17 au 23 novembre 2005, compte rendu du livre d'Alexandro Jodorowski, Mu, le maître et les magiciennes :
"Et Mu ? En chinois, ça signifie "meuh". En exergue beuglent deux citations, un poème de Wumen Huikai (1183-1260), "Mu, mu, mu, mu, mu..." (répétez vingt fois), et un proverbe espagnol : "Le bœuf a parlé et il a dit meuh." Dont acte..."
Vachement prometteur.

Je ne me rappelle pas avoir lu quoi que ce soit de Jodorowski, et je n'ai qu'un très vague souvenir de son film, La Montagne sacrée: un arbre couvert de poulets vivants, que l'un des personnages taille en pièces à coups de sabre, un homme nu déféquant dans un pot de chambre en verre...

lundi, 28 novembre 2005

Polars 3

Loin de n'être qu'un sous-produit littéraire, fruste, plus ou moins racoleur et mal écrit, le polar est un roman à part entière, c'est-à-dire, selon la définition de Kundera, un genre "consubstantiellement ironique".
Et, en outre, fort instructif : j'apprends ainsi, en poursuivant à petites étapes la lecture de Pinketts, que "La Vierge est parfois routinière [...] Au 140 de la rue du Bac, là où elle était apparue à Catherine Labouré, elle se présenta à Justine Bisqueyburu, le 28 juin 1840." (La Madone assassine, p. 107) Cette apparition est à l'origine de la dévotion au "scapulaire vert du cœur immaculé de Marie", dont Pie IX encouragea la diffusion. Si c'est pas de la culture, ça ! ...

dimanche, 27 novembre 2005

Dr Finkiel and Mr Kraut

"A.F. : ... Je répète que je n'ai aucun rapport avec le personnage que dessine ce puzzle. Ce personnage, je le déteste comme tout le monde…
J.-P. E. : Ce personnage qui ? [...] Finkielkraut ?
A. F. : Pas Finkielkraut ! Ce personnage textuel dans lequel [...] je suis obligé d'habiter."

(Entretien Jean-Pierre Elkabach/Alain Finkielkraut
sur "Europe 1" le 25 novembre 2005)

Ce "corps textuel" qui jouerait de si pendables tours à notre philosophe, ne serait-il pas une sorte d'ectoplasme ? — "Ce mot par lequel les métapsychistes désignent le pouvoir qu'auraient certains médiums d'émettre, par la bouche, une matière blanche ou grise, légèrement lumineuse et comme un double d'eux-mêmes..." (Paul Bourget, in Nos actes nous suivent, cité dans le T.L.F.) On notera avec intérêt que les ectoplasmes ont été également définis comme "des expansions sarcodiques sortant du corps humain, absolument comme l'expansion pseudopodique sort de la cellule amibienne" (Ch. Richet, Traité de métapsychique, ibid.).

Vous avez dit sarcodiques ?

Météo 9

La bonne neige le ciel noir
Les branches mortes la détresse
De la forêt pleine de pièges
Honte à la bête pourchassée
La fuite en flèche dans le cœur

Les traces d'une proie atroce
Hardi au loup et c'est toujours
Le plus beau loup et c'est toujours
Le dernier vivant que menace
La masse absolue de la mort

(Paul Éluard — mus. Francis Poulenc)

samedi, 26 novembre 2005

Oliver Finkielkraut

Les journaux : Finkielkraut présente des excuses.

Je pense à cette inénarrable séquence d'un vieux Laurel et Hardy, dans lequel ce dernier, avec l'aide de son comparse, réduit un piano en miettes en pleine rue. S'apercevant un peu tard qu'un policeman l'observe, l'irascible bibendum récupère dans le caniveau deux touches orphelines et s'efforce, avec un sourire contraint, de reconstituer le clavier qu'il vient de saccager avec une rage jubilatoire...

Verbigération

Chronique de Sébastien Lapaque, datée du 24 novembre, sur la page du Figaro littéraire : il est question de Charles Dantzig, de Simon Leys, de la pointe et du mot d'esprit... L'alerte folliculaire, après avoir, on ne sait trop pourquoi, cité Eugenio d'Ors — "Le style est comme les ongles : plus facilement brillant que net" —, conclut son filandreux pensum par cette péroraison:
"... dans la famille des mots d'esprit, il ne faut pas négliger les genres plus grossiers, dont l'art s'est transmis de façon anonyme et collective. Les livres de Rabelais, les comédies de Molière et les romans de Balzac en ont fixé la fleur et le fruit. En exhumant des calembours du marquis de Bièvre dans son film Ridicule, où se mêlent l'élégant et le trivial, le grave et le leste, le noble et le commun, Patrice Leconte a réussi à minéraliser ce génie français du bon mot qu'on ne comprend qu'en tenant fermement les deux bouts de la chaîne, même lorsqu'on ne voit pas où l'enchaînement se continue."
Ironique démonstration par l'exemple de l'inanité de l'aphorisme rapporté plus haut : il est bien difficile, en effet, de faire preuve d'élégance et de brio si l'on est incapable de s'exprimer avec un minimum de clarté. Que veut dire ce galimatias ? Il est toujours navrant de constater qu'on laisse écrire sous eux, avec une coupable indulgence, des écrivassiers mercenaires et probablement gâteux, qui n'ont strictement rien à dire.

vendredi, 25 novembre 2005

Hasard objectif ?

Cet après-midi : je lis La Madone assassine, d'Andrea G. Pinketts (Rivages/Noir 564, 2005). Pages 77-80, longue digression, minutieusement documentée, sur l'apparition de la Vierge à Catherine Labouré, dans la nuit du 17 au 18 juillet 1830 (en réalité, dans la nuit du 18 au 19, jour de la fête de saint Vincent de Paul)

Ce soir : sur le site de La Croix, je tombe sur un article qui, sous le titre "Les pèlerins de la Médaille miraculeuse", rappelle aux pieux lecteurs du quotidien catholique qu'il y a 175 ans, la Vierge Marie apparaissait à Catherine Labouré, rue du Bac, dans la chapelle de la maison des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul.


jeudi, 24 novembre 2005

Villa triste

Je suis enfin arrivé à la dernière page de Villa Vortex :
Voyage au bout de l'ennui.

So The Wind Won't Blow It All Away

La semaine passée, ayant quitté ma thébaïde auvergnate pour profiter quelques jours de l'hospitalité de mon fils — Lorrain par inadvertance, eût dit Vialatte —, je me retrouve plus ou moins en panne de lecture. Voyons ce qu'il y a dans la bibliothèque : Jim Grimsley, Colum Mac Cann, Larry Watson... Brautigan. Pourquoi ne pas relire "Mémoires sauvés du vent" ? Peut-être l'un de ses plus beaux textes, l'un des plus poignants, infiniment triste sous cette désinvolture qui relève de la politesse du désespoir...

J'oublie dès les premières lignes le brouillard et le givre au dehors, la musique en sourdine d'Eberhard Weber ; je suis au bord d'un étang glauque, dans le bruissement des roseaux et le chant des merles, "semblable à des points d'exclamation mélancoliques tapés à la machine une soirée d'été, l'un de ces soirs qui transpirent l'ennui et l'épuisement parce qu'un vent chaud souffle du sud" ; je suis ce gosse au tennis mouillées... l'enfant qui regarde les enterrements de la fenêtre de sa chambre, en pyjama. Il y a aussi la fillette du croque-mort, avec ses mains glacées, le camarade de jeux, qui mourra parce que le fatum vous a conduit à acheter une boîte de balles de 22 plutôt qu'un hamburger... Ce court roman est d'autant plus tragique que le tragique, ici, s'inscrit dans la trivialité d'un quotidien dérisoire, hanté de fantoches... Et, comme dans toute tragédie, marquée par l'effroi et la pitié, la fin, inéluctablement désespérée, trace une croix sanglante sur les illusions perdues. "Si seulement j'avais eu envie d'un hamburger ce jour-là, tout aurait été complètement différent..."