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vendredi, 17 février 2006

Dans une cabine téléphonique, après la fin du monde...

Je termine La Possibilité d’une île. il me semble toujours préférable d’attendre, pour lire les romans à succès — surtout lorsque ce succès est de scandale — que le tumulte qu’a suscité leur parution soit un peu retombé. Les articles que j’avais parcourus au moment de la sortie du livre me paraissent, avec le recul, parfaitement creux et bavards, leurs auteurs s’étant le plus souvent contentés de relever quelques "petites phrases" provocatrices ou vachardes, sans jamais s’interroger sur la valeur littéraire du texte.

Ce qui me frappe aujourd’hui, ce sont les côtés — ou les à-côtés — balzaciens de Houellebecq — son regard sur la compétition sociale, son pseudo-scientisme assaisonné d’illuminisme, ses maladresses emphatiques, ses fautes : "Ce n’est que bien plus tard, à l’issue de plusieurs conversations avec lui, après que je lui eusse longtemps expliqué l’apaisement réel mais faible, la sensation de lucidité partielle que m’apportait cette narration, qu’il eut l’idée de demander à tous les aspirants à l’immortalité de se livrer à l’exercice du récit de vie, et de le faire de manière aussi exhaustive que possible ; mon propre projet, par contrecoup, en subit l’empreinte, et en devint nettement plus autobiographique." (p. 347-348)

jeudi, 16 février 2006

Météo 12

Temps incertain, venteux ; brèves giboulées de nielle — "petite pluie froide qui tombe en menus grêlons", selon le dictionnaire de Trévoux.
"C’est par l’effet d’une ancienne appartenance animale que les gens ont tant de conversations au sujet de la météorologie et du climat, par l’effet d’un souvenir primitif, inscrit dans les organes des sens, et relié aux conditions de survie à l’époque préhistorique. Ces dialogues balisés, convenus, sont cependant toujours le signe d’un enjeu réel : alors même que nous vivons en appartement, dans des conditions de stabilité thermique garanties par une technologie fiable et bien rodée, il nous reste impossible de nous défaire de cet atavisme animal."
(Michel Houellebecq, La Possibilité d'une île)

mercredi, 15 février 2006

Pour les nuls

Interviewé ce matin sur Europe 1, un monsieur Julaud, auteur de La Littérature pour les nuls, nous apprend que Voiture était "un poète du XVIIIe siècle". On veut bien croire que le parachronisme n'est imputable qu'à un lapsus malencontreux, toutefois la suite de l'entretien laisse craindre le pire : le chapitre dans lequel il est question de "maître Vincent" est fort spirituellement intitulé "L"amour en Voiture" ! Il est peu vraisemblable, pourtant, que M. Julaud — qui n'a retenu de Balzac que la robe de chambre et le café — ait lu le marquis de Bièvre ou Commerson, qui auraient pu lui fournir d'aussi consternantes astuces

lundi, 13 février 2006

Excuses

À propos de l'affaire des caricatures : en tapant le mot clef excuses sur la page de Google News France, on obtient quelque 1790 réponses.

Par on ne sait quelle association d'idées saugrenue, je ne peux m'empêcher de penser à Marie-Antoinette marchant sur le pied du bourreau : "Pardon, monsieur, je ne l'ai pas fait exprès." 

dimanche, 12 février 2006

Griche-dents

Sur le site de Libération, sous le titre "Les politiques font discrètement appel à la chirurgie esthétique", on nous apprend, entre autres révélations palpitantes, que "l'été dernier, Ségolène Royal a fait modifier sa dentition en l'espace de quelques semaines". On suppose que le folliculaire a voulu parler de la denture de la dame. Littré nous le rappelle : "C'est une faute de dire une belle dentition pour une belle denture". Quoi qu'il en soit, on peut s'interroger sur le succès de l'opération : l'intéressée a toujours les dents bien longues et il paraît qu'on l'aurait vue dernièrement rire jaune. À Arras.

samedi, 11 février 2006

Obtusion

Je termine la lecture des Hommes jaunes, d'Urs Widmer (10/18, 2006) et je reste perplexe : soit je n'ai rien compris (ce qui, après tout, est fort possible), soit le rédacteur de la quatrième de couverture n'a pas lu le livre (ce qui n'est pas impossible non plus). À quoi comparer cela ? On peut évoquer Bruno Schulz, Gombrowicz ou même Paul Auster... On n'en est guère plus avancé.

Catalogue d'oiseaux

Dans le jardin, sur le balcon, les oiseaux, toujours nombreux. En bandes ou par couples — moineaux domestiques (passer domesticus), merles (turdus merula), chardonnerets (carduelis carduelis), tarins des aulnes (carduelis spinus), mésanges charbonnières (parus major), mésanges bleues (parus cæruleus), mésanges noires (parus ater), mésanges nonnettes (parus palustris), sittelles torchepot (sitta europæa), bouvreuils (pyrrhula pyrrhula) —, plus rarement solitaires : aujourd'hui, un habitué — le rouge-gorge (erithacus rubecula), un pic épeiche (dendrocopos major) et un grimpereau (certhia brachydactyla).

Pasteurella et H5N1

Le virus de la grippe aviaire, qui vient d'arriver en Italie, suscite aujourd'hui de vives inquiétudes. Il y a une centaine d'années, on chansonnait allégrement le choléra des poules. Heureuse époque!
 
À PROPOS DU CHOLÉRA DES POULES
Lettre de M. J. Prudhomme à son neveu, Interne des hôpitaux.
Air : Le Roi d’ Yvetot.

Qu’apprends-je, mon cher Barnabé,
Par ma feuill’ quotidienne ?
Que l’choléra s’est déclaré
Dans la race poulienne ?
Comment se fait-il qu’un pasteur
D’cett’ découverte ait l’honneur,
L’bonheur ?
L’Académie a r’connu ça :
Les poules ont le choléra,
Oui-da !


Je m’étonn’ que ce grand inventeur,
Vrai jardinier, cultive
Le germe, dégoûtant auteur
Du mal qui nous arrive?
Il nomme ça cultur’ du bouillon !
Fi ! ça doit sentir le graillon,
L’poêlon !
Ma cuisinière frémit déjà ;
Les poules ont le choléra,
Oui-da !


L’om’lett’ jusqu’ici j’ l’adorais
Au lard, aux confitures ;
Je n’veux plus voir ni d’loin ni d’près
Cett’ poule en miniature.
Désormais avec l’œuf brouillé
J’entends qu’il soit de mon foyer
Rayé ;
Sur sa coquille ont lit déjà :
Les poules ont le choléra, ­
Oui-da !


À ta tant’ je donnais le nom
De : Ma poule adorée !
Je répudierai le surnom
Dont j’ l’avais décorée.
Mes jours heureux sont donc passés
Puisque j’ai des gallinacés
Assez.
Mon coq inquiet s’agit’ déjà :
Ses poules ont le choléra,
Oui-da !


Quand, fruit de l’humide saison,
J’avais pris un fort rhume,
Un lait de poule, saine boisson,
M’endormait sur la plume.
Au diable le bouillon d’poulets !
Je lui prohib’ de mon palais
L’accès.
Malheur à qui s’enrhumera !
Les poules ont le choléra,
Oui-da !


Un jour si ce fléau malsain
S’abattait à tir’ d’aile
Sur le bataillon féminin
Que cocott’s on appelle,
Quel bonheur ce s’rait pour les mœurs !
Et dans le mond’ quelles clameurs
En chœur :
Ah ! ah ! ah ! ah ! Savez-vous ça ?
Les cocott’s ont le choléra,
Oui-da !


Mon n’veu, pour terminer c’ propos,
Ton tendre oncle t’embrasse ;
Reste toujours froid et dispos
Comme le just’ d’Horace ;
Contre la poule au bec goulu
Tiens bon, redoutant tant et plus
Sa glu.
Qu’on se le dis’ dans l’Internat :
Les poules ont le choléra,
Oui-da !

(Anthologie hospitalière et latinesque Recueil de chansons de salle de garde anciennes et nouvelles entre-lardées [sic] de chansons du Quartier Latin, fables, sonnets, charades, élucubrations diverses, etc., réunies par Courtepaille, Paris, chez Bichat Porte-à-droite, 1911)

 

vendredi, 10 février 2006

Le grand style 12

C’est le style seul qui confère à un texte polémique le statut d’écrit littéraire, lui assure une possibilité de survivre au contexte, à l'actualité qui l’a suscité. Quelque vingt ans après qu’ils ont été fulminés, on relit avec le même bonheur les articles d’Annie Le Brun, rassemblés dans Vagit-prop, Lâchez tout et autres textes (Ramsay-Pauvert, 1990), que je retrouve sous une pile de livres oubliés. Une fête de l’intelligence, assurément, mais aussi une leçon d’écriture qui renvoie l’adversaire à son incurable indigence: "Je ne suis jamais venue ici. Le temps roule les bijoux que nous nous sommes choisis. Depuis longtemps, les embruns de la solitude ont emporté les volières roses et blanches du jour au fond de l’océan. Il y a des petites filles qui dorment déjà dans des boîtes d’allumettes. Elles partent chaque matin emmitouflées dans la nudité de leur silhouette de flamme." Le grand style, c'est aussi de pouvoir écrire cela sans tomber dans les pièges d'un lyrisme sirupeux — et corollairement niais.

L'incongru

Incongru : inattendu et surprenant, synonyme de déplacé, selon le T.L.F.
Bel exemple, ce subjonctif imparfait des Stances à Sophie :
"Si je m'étais douté que tu fusses une grue,
Je t'aurais fait passer par le trou des goguenots."