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samedi, 11 février 2006

Pasteurella et H5N1

Le virus de la grippe aviaire, qui vient d'arriver en Italie, suscite aujourd'hui de vives inquiétudes. Il y a une centaine d'années, on chansonnait allégrement le choléra des poules. Heureuse époque!
 
À PROPOS DU CHOLÉRA DES POULES
Lettre de M. J. Prudhomme à son neveu, Interne des hôpitaux.
Air : Le Roi d’ Yvetot.

Qu’apprends-je, mon cher Barnabé,
Par ma feuill’ quotidienne ?
Que l’choléra s’est déclaré
Dans la race poulienne ?
Comment se fait-il qu’un pasteur
D’cett’ découverte ait l’honneur,
L’bonheur ?
L’Académie a r’connu ça :
Les poules ont le choléra,
Oui-da !


Je m’étonn’ que ce grand inventeur,
Vrai jardinier, cultive
Le germe, dégoûtant auteur
Du mal qui nous arrive?
Il nomme ça cultur’ du bouillon !
Fi ! ça doit sentir le graillon,
L’poêlon !
Ma cuisinière frémit déjà ;
Les poules ont le choléra,
Oui-da !


L’om’lett’ jusqu’ici j’ l’adorais
Au lard, aux confitures ;
Je n’veux plus voir ni d’loin ni d’près
Cett’ poule en miniature.
Désormais avec l’œuf brouillé
J’entends qu’il soit de mon foyer
Rayé ;
Sur sa coquille ont lit déjà :
Les poules ont le choléra, ­
Oui-da !


À ta tant’ je donnais le nom
De : Ma poule adorée !
Je répudierai le surnom
Dont j’ l’avais décorée.
Mes jours heureux sont donc passés
Puisque j’ai des gallinacés
Assez.
Mon coq inquiet s’agit’ déjà :
Ses poules ont le choléra,
Oui-da !


Quand, fruit de l’humide saison,
J’avais pris un fort rhume,
Un lait de poule, saine boisson,
M’endormait sur la plume.
Au diable le bouillon d’poulets !
Je lui prohib’ de mon palais
L’accès.
Malheur à qui s’enrhumera !
Les poules ont le choléra,
Oui-da !


Un jour si ce fléau malsain
S’abattait à tir’ d’aile
Sur le bataillon féminin
Que cocott’s on appelle,
Quel bonheur ce s’rait pour les mœurs !
Et dans le mond’ quelles clameurs
En chœur :
Ah ! ah ! ah ! ah ! Savez-vous ça ?
Les cocott’s ont le choléra,
Oui-da !


Mon n’veu, pour terminer c’ propos,
Ton tendre oncle t’embrasse ;
Reste toujours froid et dispos
Comme le just’ d’Horace ;
Contre la poule au bec goulu
Tiens bon, redoutant tant et plus
Sa glu.
Qu’on se le dis’ dans l’Internat :
Les poules ont le choléra,
Oui-da !

(Anthologie hospitalière et latinesque Recueil de chansons de salle de garde anciennes et nouvelles entre-lardées [sic] de chansons du Quartier Latin, fables, sonnets, charades, élucubrations diverses, etc., réunies par Courtepaille, Paris, chez Bichat Porte-à-droite, 1911)

 

vendredi, 10 février 2006

Le grand style 12

C’est le style seul qui confère à un texte polémique le statut d’écrit littéraire, lui assure une possibilité de survivre au contexte, à l'actualité qui l’a suscité. Quelque vingt ans après qu’ils ont été fulminés, on relit avec le même bonheur les articles d’Annie Le Brun, rassemblés dans Vagit-prop, Lâchez tout et autres textes (Ramsay-Pauvert, 1990), que je retrouve sous une pile de livres oubliés. Une fête de l’intelligence, assurément, mais aussi une leçon d’écriture qui renvoie l’adversaire à son incurable indigence: "Je ne suis jamais venue ici. Le temps roule les bijoux que nous nous sommes choisis. Depuis longtemps, les embruns de la solitude ont emporté les volières roses et blanches du jour au fond de l’océan. Il y a des petites filles qui dorment déjà dans des boîtes d’allumettes. Elles partent chaque matin emmitouflées dans la nudité de leur silhouette de flamme." Le grand style, c'est aussi de pouvoir écrire cela sans tomber dans les pièges d'un lyrisme sirupeux — et corollairement niais.

L'incongru

Incongru : inattendu et surprenant, synonyme de déplacé, selon le T.L.F.
Bel exemple, ce subjonctif imparfait des Stances à Sophie :
"Si je m'étais douté que tu fusses une grue,
Je t'aurais fait passer par le trou des goguenots."

mercredi, 08 février 2006

L'obscène 6

En parcourant la Correspondance de Bukowski : "Pour moi, il n’y a rien d’obscène dans le sexe, ni dans les fonctions physiologiques (quoique mis ensemble ça puisse devenir bordélique de temps en temps !), la seule forme d’obscénité c’est d’écrire mal sur un sujet. Le style authentique ou l’art pur ne sont jamais obscènes, quels que soient les sujets abordés, le choix des mots ou la forme employée…" (À Ann Menebroker, octobre 1966)

Même si le rapprochement a de quoi surprendre, on se souviendra que Raymond Poincaré disait à peu près la même chose : "Un livre obscène, c’est tout simplement un livre mal écrit. Le talent n’est jamais obscène." (Procès de La Chanson des gueux de Richepin, cité in Patrick Waldberg, Éros modern’ style, Pauvert, 1964. Repris par Lo Duca, L’Objet, Pauvert, 1966, p. 21, note 4)

dimanche, 05 février 2006

Petite anthologie portative 21

Sur l'album de la Comtesse : "Parce qu'il avait une mère cocue, très dolente, Luther n'a pas calculé en vain."

(Le Canard enchaîné, circa 1970)
 

Diseurs de riens

En parcourant la blogosphère à la billebaude, je m'aperçois que beaucoup de sites plus ou moins nauséabonds attirent les commentaires par dizaines, comme la merde attire les mouches. Chacun y va de son petit bourdonnement... Qu'écrivait Bukowski, à propos des "gens qui [...] poussent des cocoricos pendant des heures" ? "Tous ces merdeux autour de moi sont en train de discuter [...] mais ils ne font que s’enliser dans la théorie, ils glandent, se masturbent le cerveau, ils adorent s’écouter parler. Ils n’ont rien dans le ventre, ce sont des paquets d’ouate, de la ouate de merde surmontée d’une tronche en papier…"

Actualité littéraire

Entendu l’autre jour sur Europe 1 un compte rendu enthousiaste des Miscellanées de Mr Schott, publié aux éditions Allia. Alléché par tant de superlatifs, je me transporte à la FNAC de Lille, où l’ouvrage est présenté en bonne place, en tête de gondole. C’est — j’aurais dû m’en douter — une pure fumisterie : un maigre patchwork qu’on dirait fait de pages arrachées au Quid ou au Livre des listes, des rubriques relevant du Trivial Pursuit. Pas grand-chose de saugrenu, et rien de pataphysique, comme je l’espérais vaguement. mieux vaut relire le Nouveau Bréviaire pour une fin de siècle, de Macha Makeieff (Chêne, 1999) ou l’indispensable Dictionnaire de la bêtise suivi du Livre des bizarres, de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière (Bouquins, 1997).

Au classement des meilleures ventes de livres de la semaine, publié sur le site du Nouvel Observateur, hervé Vilard arrive en sixième position avec son roman autobiographique L’Âme seule. J’aime bien Hervé Vilard. Nous avons été intronisés le même jour dans la confrérie des Chevaliers Gustateurs du Cœur de France, il y a deux ans, lors de la foire aux vins de saint-Amant-Montrond. Je regrette un peu de ne pas lui avoir demandé un autographe. En souvenir de Capri, c’est fini... Tou-doum, tou-doum, tou-doum…

Dyscolisme

Aucune note ces derniers jours. L’actualité et le spectacle du monde m’affligent. Les Sarrasins vitupèrent et vibrionnent, la pimpesouée des Charentes-Poitou nous emmerde royalement, la radio radote. Appels d’auditeurs, bavasseries et borborygmes... Il m’est avis — eût dit Béroalde — que l’on me pisse aux oreilles.
Je poursuis l'écoute de l'intégrale de Mozart en pignochant à travers la correspondance de Debussy...

Serais-je en proie au dyscolisme ?

mardi, 31 janvier 2006

En manière d'excuse...

Je m'absente pour deux ou trois jours...

Merci pour vos commentaires — que je lis toujours avec plaisir. Pardonnez-moi de ne pas y répondre immédiatement : je dois préparer mon léger bagage.
Plus léger que celui de Cendrars :

"Ma malle pèse 57 kilos sans mon galurin gris"

Il est vrai que je vais beaucoup moins loin. À bientôt.

lundi, 30 janvier 2006

Lire aux cabinets

La lecture et la défécation requièrent trop de sérieux pour qu’on puisse prétendre s’y adonner simultanément. On ne saurait trop recommander à ceux qui emportent un livre à la garde-robe de relire — et de préférence en d’autres lieux — le très bref Lire aux cabinets d’Henri Miller (Allia, 2000).

Les quelques dizaines d’ouvrages entassés dans mon buen retiro n’ont échoué là que pour la couleur verte de leur couverture, accordée à celle des murs. Outre un certain nombre de volumes défraîchis de la Bibliothèque verte, on trouve là L’Objet de Lo Duca (Pauvert, 1966), une méthode d’arabe en vingt leçons ou le sartor Resartus (Everyman’s Library, 1967) de Carlyle, que je n’ai jamais lu. Ni aux cabinets ni ailleurs.