Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 13 octobre 2005

Histoires à dormir debout

Sur le caractère factice des "récits de rêves", démythification par l'exemple dans "Des récits de rêves à foison", de R. Queneau (Contes et propos, 1981) : "Naturellement, aucun de ces rêves n'est vrai, non plus qu'inventé. Il s'agit simplement de menus incidents de la vie éveillée. Un minime effort de rhétorique m'a semblé suffire pour leur donner un aspect onirique. C'est tout ce que je voulais dire."

mercredi, 12 octobre 2005

Bucolique

"... la nature est éternellement jeune, belle et généreuse. Elle verse la poésie et la beauté à tous les êtres, à toutes les plantes, qu'on laisse s'y développer à souhait. Elle possède le secret du bonheur, et nul n'a su le lui ravir. Le plus heureux des hommes serait celui qui, possédant la science de son labeur, et travaillant de ses mains, puisant le bien-être et la liberté dans l'exercice de sa force intelligente, aurait le temps de vivre par le cœur et par le cerveau, de comprendre son œuvre et d'aimer celle de Dieu."

(George Sand, La Mare au Diable, 1848)

"... la nature est un sacré bon système. C'est incroyable comme ça fonctionne, comme ça n'arrête pas de se renouveler par la merde. Oui, par la merde. D'abord on cultive la terre pour faire pousser des trucs. Du foin, du blé, de l'avoine, des légumes, du maïs, des betteraves, tout ce dont on a besoin pour nourrir les animaux, les engraisser pour qu'ils soient fin prêts pour l'abattoir et qu'on puisse nous se gaver de leur viande. Mais avant de mourir, ces animaux, ouahou ! qu'est-ce qu'ils peuvent chier ! Bien sûr, nous les humains nous chions aussi après avoir dévoré ces animaux, et éventuellement toute cette merde retourne dans le sol pour l'enrichir, pour que les choses poussent plus vite dans la terre, et qu'elles soient plus nourrissantes et plus riches, et tout ça grâce au fumier. Et ça continue comme ça sans arrêt. Quel beau système que celui de la nature. Ça n'arrête pas de recommencer grâce à la merde."

(Raymond Federman, Retour au fumier, Éditions al dante, 2005)

Heidegger ad usum Delphini

J'apprends par la radio — mais la chose n'est peut-être pas nouvelle — qu'il y aurait maintenant des "ateliers-philo" à l'école maternelle. Cette initiative pédagogique, due vraisemblablement au génie inventif de quelque branquignol genre Meirieu, a de quoi laisser perplexe, quand on sait les résultats que donnent nos méthodes d'apprentissage de la lecture — activité qu'on pourrait juger pourtant moins abstruse que la pratique de la métaphysique...

Cynégétique 7

"La souffrance inutile d'avoir à tuer des oiseaux."
(Mathieu Riboulet, Le Corps des anges, 2005)

mardi, 11 octobre 2005

Consolation pour les usagers du train

"... beaucoup de trains étaient partis et beaucoup d'autres étaient arrivés. Presque tous en retard. D'ailleurs le retard était une sorte de service public. Qu'est-ce qui angoisse le plus l'être humain ? Son impuissance face au temps qui passe. Le temps passait, inexorable, même à la gare centrale. Mais il y avait le RETARD. Et le retard, s'il n'arrête pas le temps, permet néanmoins de prolonger le moment, de prolonger l'attente en soupirant peut-être. Et tous ceux qui soupiraient, qui pestaient avec ingratitude contre les retards, ignoraient à quel point, précisément grâce à ce retard, ce moment de leur vie, l'attente, se prolongeait généreusement par rapport à tout autre moment passé et à venir."
(Andrea G. Pinketts, Le Vice de l'agneau, Rivages/Noir, 2001)
Tirées d'un roman riche en formules aphoristiques, ces variations sur le thème de la fuite du temps devraient mettre un peu de baume au cœur des usagers de la S.N.C.F. ; de tous ceux qui battent chaque jour la semelle sur des quais venteux ; de tous ceux qui poireautent dans le sordide ennui des buffets ; de tous ceux que le hasard d'un "mouvement du personnel" a laissés en rade à Limoges ou à Vierzon un soir de pluie...

L'obscène 4

Il y a quelque chose d'indécent à rapporter ses rêves — Exhibe-t-on un avorton dans un landau ?

L'intérêt des Surréalistes pour la psychanalyse et l'onirocritique a contaminé toute une génération d'écrivains qui nous infligent le récit de leurs aventures somniales. Aussi intéressant qu'un malade fier de montrer à l'infirmière une demi-érection matinale.

Le vin et l'eau

Promenade en Combraille bourbonnaise et dans la Creuse.
Gorges boisées et encaissées du Cher, de la Tardes, de l'Ours...
Le département natal de Tristan l'Hermite et Pierre Michon présente une singularité, que mentionne déjà un almanach de 1795 : "C'est une remarque curieuse, qu'à partir de la ligne de Paris vers le midi, il y ait des vignes dans tous les départements excepté celui de la Creuse, qui est entouré de tous côtés par des vignobles." (Annuaire des cultivateurs du département de la Creuse et des départements circonvoisins, an III de la République)
Petites bourgades thermales engourdies par l'automne. Chaises de fer oubliées sous les marronniers, dans les jardins de l'hôtel... Ici, toutes les villas sont tristes.

lundi, 10 octobre 2005

Ornithéologie

Du baron de Blot, ces considérations versifiées sur l'opération du saint-Esprit :

Qu'une colombe à tire d'aile
Vienne obombrer une pucelle
Ce sont contes berdi, berda,
La source n'en est pas tarie :
Pour moi le cygne de Léda
Vaut bien le pigeon de Marie.

(Cité dans "Blot et les jeunes libertins", d'Émile Roca, La Nouvelle Revue, 15 avril 1909)
Les textes des chansons de Claude de Chouvigny ont été publiés par Frédéric Lachèvre : Le Libertinage au XVIIe siècle, vol. VII : "Les Chansons libertines de Claude de Chouvigny, baron de Blot-l'Église (1605-1655)" (Champion, 1919 et Slatkine Reprints, 1968).

 

dimanche, 09 octobre 2005

Incipit 2

"Faire en français signifie chier."

(Aragon, Traité du style, 1928)

Le métier des autres

Je tombe, un peu par hasard, sur une note du Stalker, que je trouve bien sévère pour Primo Levi : "J'avoue — dit-il — avoir éprouvé beaucoup de peine à trouver, dans le volume intitulé Le Métier des autres [...] la moindre originalité et, encore, la moindre véritable écriture..." C'est certainement vrai, mais il me semble qu'on ne lit pas Levi pour ses qualités littéraires — d'autant que, le lisant la plupart du temps en traduction, il serait hasardeux de juger de celles-ci. Ce qu'on aime, chez lui, dans les petites proses du Métier des autres en particulier, c'est cette simplicité de ton, cette probité intellectuelle, cette mesure et ce naturel qui, à chaque ligne, révèlent l'honnête homme. Ces "notes pour une redéfinition de la culture" sont aussi dépourvues de pose et d'affectation que les propos recueillis dans les Conversations et entretiens. Une certaine désinvolture en constitue la seule élégance, une légèreté qui, selon la formule de Blanchot, n'exclut pas la gravité — ni la pertinence de l'analyse, comme en témoigne ce jugement sur Rabelais : " ... il nous est proche parce que dans ce formidable peintre des joies de la terre, on sent cette conscience permanente, inébranlable, mûrie par de nombreuses expériences, que la vie n'est pas toute ici. On aurait peine à trouver dans son œuvre une seule page mélancolique, et pourtant Rabelais connaît la misère de l'homme; il la tait parce que, médecin avisé lors même qu'il écrit, il ne l'accepte pas, il veut la guérir..." Ce n'est sans doute ni original ni "écrit", mais cela résume une "suffisante lecture", une exégèse expédiente, qui se soucie moins des gloses érudites que des "pierres vives" du texte.