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mardi, 11 octobre 2005

Consolation pour les usagers du train

"... beaucoup de trains étaient partis et beaucoup d'autres étaient arrivés. Presque tous en retard. D'ailleurs le retard était une sorte de service public. Qu'est-ce qui angoisse le plus l'être humain ? Son impuissance face au temps qui passe. Le temps passait, inexorable, même à la gare centrale. Mais il y avait le RETARD. Et le retard, s'il n'arrête pas le temps, permet néanmoins de prolonger le moment, de prolonger l'attente en soupirant peut-être. Et tous ceux qui soupiraient, qui pestaient avec ingratitude contre les retards, ignoraient à quel point, précisément grâce à ce retard, ce moment de leur vie, l'attente, se prolongeait généreusement par rapport à tout autre moment passé et à venir."
(Andrea G. Pinketts, Le Vice de l'agneau, Rivages/Noir, 2001)
Tirées d'un roman riche en formules aphoristiques, ces variations sur le thème de la fuite du temps devraient mettre un peu de baume au cœur des usagers de la S.N.C.F. ; de tous ceux qui battent chaque jour la semelle sur des quais venteux ; de tous ceux qui poireautent dans le sordide ennui des buffets ; de tous ceux que le hasard d'un "mouvement du personnel" a laissés en rade à Limoges ou à Vierzon un soir de pluie...

L'obscène 4

Il y a quelque chose d'indécent à rapporter ses rêves — Exhibe-t-on un avorton dans un landau ?

L'intérêt des Surréalistes pour la psychanalyse et l'onirocritique a contaminé toute une génération d'écrivains qui nous infligent le récit de leurs aventures somniales. Aussi intéressant qu'un malade fier de montrer à l'infirmière une demi-érection matinale.

Le vin et l'eau

Promenade en Combraille bourbonnaise et dans la Creuse.
Gorges boisées et encaissées du Cher, de la Tardes, de l'Ours...
Le département natal de Tristan l'Hermite et Pierre Michon présente une singularité, que mentionne déjà un almanach de 1795 : "C'est une remarque curieuse, qu'à partir de la ligne de Paris vers le midi, il y ait des vignes dans tous les départements excepté celui de la Creuse, qui est entouré de tous côtés par des vignobles." (Annuaire des cultivateurs du département de la Creuse et des départements circonvoisins, an III de la République)
Petites bourgades thermales engourdies par l'automne. Chaises de fer oubliées sous les marronniers, dans les jardins de l'hôtel... Ici, toutes les villas sont tristes.

lundi, 10 octobre 2005

Ornithéologie

Du baron de Blot, ces considérations versifiées sur l'opération du saint-Esprit :

Qu'une colombe à tire d'aile
Vienne obombrer une pucelle
Ce sont contes berdi, berda,
La source n'en est pas tarie :
Pour moi le cygne de Léda
Vaut bien le pigeon de Marie.

(Cité dans "Blot et les jeunes libertins", d'Émile Roca, La Nouvelle Revue, 15 avril 1909)
Les textes des chansons de Claude de Chouvigny ont été publiés par Frédéric Lachèvre : Le Libertinage au XVIIe siècle, vol. VII : "Les Chansons libertines de Claude de Chouvigny, baron de Blot-l'Église (1605-1655)" (Champion, 1919 et Slatkine Reprints, 1968).

 

dimanche, 09 octobre 2005

Incipit 2

"Faire en français signifie chier."

(Aragon, Traité du style, 1928)

Le métier des autres

Je tombe, un peu par hasard, sur une note du Stalker, que je trouve bien sévère pour Primo Levi : "J'avoue — dit-il — avoir éprouvé beaucoup de peine à trouver, dans le volume intitulé Le Métier des autres [...] la moindre originalité et, encore, la moindre véritable écriture..." C'est certainement vrai, mais il me semble qu'on ne lit pas Levi pour ses qualités littéraires — d'autant que, le lisant la plupart du temps en traduction, il serait hasardeux de juger de celles-ci. Ce qu'on aime, chez lui, dans les petites proses du Métier des autres en particulier, c'est cette simplicité de ton, cette probité intellectuelle, cette mesure et ce naturel qui, à chaque ligne, révèlent l'honnête homme. Ces "notes pour une redéfinition de la culture" sont aussi dépourvues de pose et d'affectation que les propos recueillis dans les Conversations et entretiens. Une certaine désinvolture en constitue la seule élégance, une légèreté qui, selon la formule de Blanchot, n'exclut pas la gravité — ni la pertinence de l'analyse, comme en témoigne ce jugement sur Rabelais : " ... il nous est proche parce que dans ce formidable peintre des joies de la terre, on sent cette conscience permanente, inébranlable, mûrie par de nombreuses expériences, que la vie n'est pas toute ici. On aurait peine à trouver dans son œuvre une seule page mélancolique, et pourtant Rabelais connaît la misère de l'homme; il la tait parce que, médecin avisé lors même qu'il écrit, il ne l'accepte pas, il veut la guérir..." Ce n'est sans doute ni original ni "écrit", mais cela résume une "suffisante lecture", une exégèse expédiente, qui se soucie moins des gloses érudites que des "pierres vives" du texte.

Politique

Dans son dernier livre — grâce auquel il ne manquera pas de se faire de nouveaux amis ! —, Michel Rocard rapporte l'avertissement que lui aurait donné Jacques Chirac en 1988 : "Méfie-toi de Mitterrand, c'est quand il te sourit qu'il a le poignard le plus près de ton dos."
On rapprochera ce mot de l'anecdote rapportée par J.-C. Brisville: "Aperçu la première fois chez Lipp, en 1956. Je déjeunais avec Camus. Assis à une table en face, quelqu'un se lève et vient vers nous. Noir de poil, court sur pattes et œil de velours froid. L'air d'un danseur mondain qui a repéré la cliente. Il demande quelque chose à Camus, touchant, si je me souviens bien, à la guerre d'Algérie. Dès qu'il nous a tourné le dos, Camus, à mi-voix : 'Mitterrand. Je me méfie de cet oiseau.'"

Cynégétique 6

Le 9 octobre 1903, Jules Renard note dans son Journal :
"Le mystère du monde nous effare. Mais quel effarement pour la grive qui, sur sa branche, reçoit tout à coup du plomb dans la poitrine !" 

samedi, 08 octobre 2005

Les livres qui nous apprennent à danser 3

"La plupart des chefs-d'œuvre répertoriés par les doctes ne méritent que le respect. On les salue, et l'on passe sans s'attarder. Certains livres, au contraire, ignorés du public et des professeurs, et qu'on a lus par pure chance, saisissent et retiennent. On ne sait pas très bien pourquoi, mais ils semblent écrits pour nous, pour nous seuls."
On trouve ce constat si juste dans De mémoire, de Jean-Claude Brisville (Stock, 1998) — un livre lu, justement, "par pure chance", acheté dans une solderie, en même temps qu'une cravate hideuse et un carton de vin madérisé, et devenu depuis l'un de mes titres préférés. Notre bibliothèque idéale doit beaucoup au hasard, qui, au bout du compte, ne nous déçoit pas plus souvent que les critiques autorisées.

L'obscène 3

J'apprends par Le Figaro que la future ex-madame Houellebecq a accordé, la semaine dernière, une interview au magazine Elle. "Elle se souvient de son premier dîner avec lui : il avait bu trop de whisky, était malade. Elle se rappelle aussi, drôles de prémices amoureuses, qu'il lui avait téléphoné le lendemain pour lui proposer d'aller acheter des vêtements chez Marks & Spencer..."
Certes, cela ne nous intéresse nullement, mais on n'en est pas moins perplexe devant ce genre de "confessions impudiques". La conclusion de l'entretien semble pourtant indiquer que Marie-Pierre est une sentimentale : "On va divorcer. Même si j'ai peur de perdre notre chien Clément. J'espère bien le voir souvent."