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jeudi, 21 avril 2011

Petite anthologie portative 65

AVRIL

premier soleil
bourgeons

les hommes sont dans le printemps
d'éclatantes bêtes de joie

les familles piaillent dans le vent
avant la création

(Paul-Marie Lapointe, Voyage et autres poèmes, éditions de l'Hexagone, Montréal, 1974)

lundi, 18 avril 2011

Au jardin

Dans un massif de verdure crue, deux tulipes écarlates saignent... La nature fait du Rimbaud.

mardi, 12 avril 2011

Dernières nouvelles de la littérature 3

Dans les deux précédentes notes du même titre, il était question d'Amélie Nothomb, de Mazarine Pingeot ou de madame Royal. Je n'imaginais pas qu'il fût possible de tomber beaucoup plus bas, mais j'apprends aujourd'hui, grâce à la page culturelle du site de "France-Info" et sous le titre "Patricia Kaas de la chanson à la littérature" (sic), que la trémolante Lorraine "sort une biographie". Et qu'elle sera interviewée par le désopilant Philippe Vandel — parce que, sans doute, elle le vaut bien.
Ledit Vandel, donc, est passé du film de cul à la critique littéraire. Il est photographié dans La Montagne du 8 avril dernier, à l'occasion de la remise du prix Vialatte. Quant à la lauréate du prix en question, Olivia Rosenthal, elle n'est, dans son genre, pas mal non plus : "La littérature, dit-elle, est un outil de pensée très fort, que l'on n'utilise pas suffisamment." Une telle profondeur de vue donne le vertige.

samedi, 02 avril 2011

Hémorroïdes

Bel après-midi ensoleillé. Promenade digestive le long de la rivièrette, qui court à travers des pâtures ou de maigres taillis broussailleux tapissés d'anémones sylvies et de ficaires. Çà et là, un pneu verdi par le temps, un serpent de caoutchouc pendouillant d'une branche morte ou une carcasse de machine à laver agrémente la bucolique.
On apprend dans le Littré que la ficaire est "ainsi dite parce que les racines sont composées de fibres tubéreuses qu'on a comparées à de petites figues ; ce qui explique aussi le nom d'herbe aux hémorroïdes, par la croyance qu'une plante guérissait les parties auxquelles elle ressemblait".
Le médecin angevin Bretonnayau, dans son Esculape, use également d'images fruitières pour évoquer les tumeurs rectales dues à une "abondance  de sang mélancolique" :

Comme l'on voit rougir sur son arbre la meure
Qui sage à faire fleur la dernière demeure :
Comme l'on voit les grains sur la grappe grossir,
Ainsi au fondement voit-on souvent noircir
De gros boutons de sang que la nature humaine
Tasche d'espanouir, deschargeant la grand veine,
Le foye, et mesentere, et la rate, et les reins,
Quand le sang est mauvais ou qu'ils en sont trop pleins,
Par des conduicts expres qui droictement descendent,
Où les gros excremens d'ordinaire se rendent.

La poésie se loge parfois en des lieux inattendus.

("Des hemorrhoides, extraict de l'Esculape de R.B.A.M." in La Generation de l'Homme et le Temple de l'Ame avec autres œuvres poëtiques extraittes de l'Esculape de René Bretonnayau Medecin natif de Vernantes en Anjou, Paris, Abel l'Angelier, 1583)

jeudi, 31 mars 2011

Poissons

Avril.jpg

Je suis né un premier avril, il y a bien trop longtemps...
Dans quelques heures, on m'accrochera une année de plus dans le dos.

"... et on trouve un homme"

Lecture des Carnets de Calaferte, grand liseur lui-même d'écrits intimes, "papiers journaux", épitextes divers. S'y révèle à chaque page un homme sensible, inquiet, à l'intelligence vive, au jugement très sûr. Sans beaucoup d'illusions, déjà, dans les premiers volumes : "Cette humanité m'aura inspiré trois sentiments : le dégoût, le mépris, la pitié." (L'Or et le plomb. Carnets 1968-1973, Denoël, 1982, p. 76) Tout Calaferte se trouve en raccourci dans ce constat de Leopardi : "De nos jours, celui qui connaît le monde et en a fait l'expérience sans être devenu égoïste, s'il a quelque bon sens et quelque esprit, ne peut être que misanthrope." (Zibaldone, 14 octobre 1821)
Et l'expérience du monde, Calaferte l'a faite — qu'on relise Requiem des innocents, C'est la guerre ou Septentrion ! Cela, comme son "bon sens et son esprit", explique sa défiance et son agacement à l'endroit des cuistres de tout poil. "S'il est — écrit-il — une catégorie d'individus entre toutes stupide, vaniteuse, aux idées fausses, friande des moindres honneurs, en marge de la réalité, ne fonctionnant mentalement que sur de l'acquis livresque, c'est celle des professeurs d'université. Petites gens à jamais rabougris par une scolarité prolongée." (Le Chemin de Sion. Carnets 1956-1967, Denoël, 1980, p. 307) Voilà qui est tristement juste.
Calaferte cherchait Dieu, il avait peur de la mort, il aimait ses proches, les chats, les chiens. Il s'émeut que le vent saccage les tulipes. C'est, à travers ses notes au jour le jour, un homme d'un commerce excellent que l'on découvre.

dimanche, 27 mars 2011

Dimanche 2

Changement de temps, changement d'heure... Dimanche de pluie et d'élections.
Pauvre campagne que celle de ces cantonales qui n'intéressent personne. La conseillère sortante se plaint qu'on l'a dénigrée. Piètres jérémiades, au diapason de notre société pleurnicharde où la moindre critique doit être immédiatement ravalée, suivie d'excuses ou de protestations contrites.
Ayant entendu cela, il est salubre de relire les tonitruantes philippiques d'un Daudet, vitupérant "le régime parlementaire républicain" — "affreux magma de police, de finance et de proxénétisme" —, qualifiant tel garde des Sceaux de "pétomane de Tarare", évoquant tel ministre de l'Intérieur "qui avait la gueule plate d'une blatte géante et une âme d'empoisonneur".
Pas très politically correct, le Léon !

jeudi, 24 mars 2011

Bleu

Ciel bêtement bleu depuis trois jours.
Je pense au bleu "presque transparent" des vignettes du tarot Grimaud ; à la couverture hideuse et redondante du Bleu du ciel de Bataille dans l'édition 10-18 ; à une chanson d'Herbert Pagani parlant d'un "ciel couleur blue-jean délavé"...
Qui se souvient d'Herbert Pagani ?

mardi, 22 mars 2011

Petite anthologie portative 64

LA ROSÉE SUR LES FEUILLES D'AIL

L'ail était couvert de rosée,
Qui, vite, au soleil disparut.
La rosée envolée, à l'aube prochaine, redescendra ;
L'homme meurt et s'en va : quand donc reviendra-t-il ?

(T'ien Heng — IIIe s. av. J.-C. — in Anthologie de la poésie chinoise classique, Poésie/Gallimard, 1982)

lundi, 14 mars 2011

Papilio Rhamni

Dans l'air encore vif du matin, le premier papillon de l'année : un citron, au vol caprisant.