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mercredi, 08 décembre 2010

Wie schön sind Äpfel und Birnen und dann scoubidoubidou-a !

Sans doute l'idée qu'il y aurait des objets "poétiques" et d'autres qui ne le seraient pas relève-t-elle d'une conception naïve ou bovaryste de la poésie. J'avoue pourtant avoir un peu de mal — est-ce à cause du mot ou de la chose ? — avec certains comestibles. Si la pomme de terre de Ponge ne me dérange pas  trop, ni le saucisson de Raoul Ponchon ou le fromage de Saint-Amant, la banane de Rilke sonne cocassement à mes oreilles et me paraît puérilement obscène dans un contexte appelant une lecture "à plus haut sens".

Voller Apfel, Birne und Banane,
Stachelbeere... Alles dieses spricht
Tod und Leben in der Mund...

Les chansons idiotes de Ray Ventura ou de Lyne Clevers, les rengaines de Bourvil ou de Sacha Distel, toutes ces niaiseries pomologiques qui ont durablement entaché de ridicule la rhétorique poético-fruitière ne sont probablement pas étrangères à cette réaction peu avouable.

lundi, 06 décembre 2010

Le sens de la formule 6

Calaferte : "Je ne suis pas vraiment pessimiste... Je suis mortimiste, c'est autre chose."

samedi, 27 novembre 2010

Neige 3

Petites journées de neige et de froid.
Les voisins meurent.
Le rouge-gorge familier ne quitte guère le balcon où il picote frileusement son goûter de miettes.
On écoute, dans la paix des après-midi, les poèmes de Whitman, mis en musique par Fred Hersch, chantés par Kate McGarry et Kurt Elling.

"After the dazzle of day is done,
Only the dark, dark night shows to my eyes the stars ;
After the clangor of organ majestic, or chorus, or perfect band,
Silent, athwart my soul, moves the symphony true."

lundi, 22 novembre 2010

Solderie 6

Alors que les derniers prix littéraires s'empilent "en tête de gondole" dans les "espaces culturels" des centres commerciaux, les œuvres de Segalen, d'Eugène Fromentin ou de Joseph Delteil finissent dans les bacs des solderies, entre les cartons de vins madérisés, les cravates hideuses et les chaussures dépareillées. Le sauvetage de quelques volumes non encore dépenaillés par le tripotage des farfouilleurs nous coûtera peu et nous réservera d'heureuses surprises — plaisirs de style, minuscules parfois —, comme, au hasard d'une page du Fils du Ciel, ces "heures pacifiques des clepsydres pleureuses du temps"...

dimanche, 21 novembre 2010

Les chameaux s'ennuient le dimanche

On démonte le chapiteau du cirque. Deux chameaux, non loin de là, pacagent moroses une herbe pauvre. Une petite famille emmitouflée les contemple, immobile sous le ciel sans couleur. Mélancolie...

samedi, 13 novembre 2010

Comment parler des livres que l'on n'a pas lus ?

On apprend, dans l'article de l'Encyclopædia Universalis consacré à Ramón Pérez de Ayala, que celui-ci est l'auteur d'une nouvelle intitulée La Chute des citrons. Bévue particulièrement cocasse quand on sait que les Limones du titre espagnol sont les derniers rejetons d'une famille patricienne tombée en quenouille. Même si le titre de la traduction française — La Chute de la Maison Limón — ne rend pas compte d'un possible jeu de mots (on pense aux Enfants du Limon de Queneau), il a du moins le mérite de renvoyer à la thématique même du texte et de compenser la supposée caducité des agrumes par un clin d'œil littéraire fort judicieux.

jeudi, 11 novembre 2010

Armistice

Le matin, un maigre rassemblement frissonne devant le monument aux morts. Le vent glacial éparpille les bribes d'une Marseillaise enrouée.
L'après-midi on feuillette Delteil, qui parle de "cortèges pleins de pieds et de drapeaux". Le dernier chapitre des Poilus — "La Paix" — tient en un mot : "Hélas !"
Ah ! Dieu que la guerre est jolie...

vendredi, 05 novembre 2010

"Quel diable de langaige est cecy ?" 2

À la radio, à propos de la couleur de je ne sais quel joujou pour fillettes, un quelconque "commercial" parle d'un rose "pétant, glamour, tendance et girly". On aimerait fort qu'un tel baragouinage exposât ce prétentieux cornichon à une mésaventure semblable à celle de "l'escholier lymosin"...

dimanche, 31 octobre 2010

Quand octobre prend sa fin, la Toussaint est le matin

J'irai demain porter un chrysanthème jaune sur la tombe de mes parents.

samedi, 30 octobre 2010

Annonce de saison

Dans un hebdomadaire du Puy-de-Dôme :

"Cimetière de P.
À VENDRE
état neuf, au tiers de sa valeur
TOMBEAU GRANIT
avec caveau 4 places.
Concession à perpétuité.
Photo et prix sur demande."