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samedi, 23 octobre 2010

Jours qui ne sont rien d'autre que des jours

"Journal infime", disait Rose. Chroniques de l'infra-ordinaire.
Le samedi matin, on va au marché. Tous les dix pas on rencontre une connaissance, on salue un voisin, on parle de tout, de rien. Le soleil timide invite à la flânerie. On achète un gaperon, des petits chèvres, des pommes — belchard et rubinettes —, des châtaignes que l'on mangera le soir, grillées, accompagnées d'un verre de vin rouge, comme le recommandait frère Jean.
L'après-midi, les rues du bourg sont désertes. Un chien noir trottine, furtif, du côté de la caserne des pompiers...

dimanche, 10 octobre 2010

Remembrances du vieillard idiot 10

Les "commis" de ferme : le dimanche, ils allaient au bourg à cyclomoteur, à l'heure de l'apéritif. Suprême élégance, ils arboraient, agrafés à la pochette de leur veston, un ou deux crayons à bille, signes extérieurs — croyaient-ils — d'une certaine classe...

samedi, 09 octobre 2010

Amour des listes et orgue 7

Races ovines vues hier au "Sommet de l'Élevage", à Clermont-Ferrand :

Basco-Béarnaise ;
Berrichon du Cher ;
Bizet ;
Blanche du Massif-Central ;
Causse du Lot ;
Charmoise ;
Charollais ;
Corse ;
Grivette ;
Hampshire ;
Île-de-France ;
Lacaune lait ;
Lacaune viande ;
Limousine ;
Manech tête noire ;
Manech tête rousse ;
Noir du Velay ;
Rava ;
Romane ;
Rouge de l'Ouest ;
Suffolk ;
Texel ;
Thônes-et-Marthod ;
Vendéen.

Pour l'orgue — et pour rester dans la note — on pourra écouter Balbastre : "Où s'en vont ces gays bergiers ?"

mardi, 05 octobre 2010

Les bégonias de Nasbinals

Aujourd'hui, brève escapade en Languedoc, le temps de visiter, à Lodève, l'exposition "De Gauguin aux Nabis". La mine renfrognée des cerbères de l'un et l'autre sexe préposés à la surveillance des salles ne parvient pas à gâcher mon plaisir. Beaucoup de Maurice Denis : féminités opulentes et crémeuses ou silhouettes diaphanes, peinture heureuse — et, pour cette raison même, à la limite d'une forme de kitsch auquel le spectateur se laisse prendre avec délices. Sérusier, Vuillard, Vallotton, Bonnard sont là, et d'autres moins connus, plus ou moins oubliés : Ker-Xavier Roussel, Henri-Gabriel Ibels, Louis Anquetin. On s'attarde devant une très belle jeune fille en rose de Maillol, un Christ aux outrages d'Henry de Groux, les fleurs étranges d'Odilon Redon...
Peu après midi, pique-nique au bord du lac du Salagou. Le lieu est, en cette saison, presque solitaire et vaguement sinistre. Des oiseaux criaillent au loin, sur l'eau, ou tourbillonnent au-dessus des mamelons de grès rouge. Le ciel est d'un bleu dur, sans le moindre nuage.
Au retour, un poteau indicateur me rappelle l'aimable et très brautiganienne nouvelle de Pierre Autin-Grenier, "Les bégonias de Nasbinals, Thomas Bernhard et les écureuils" : "Lorsque je m’interroge trop fort sur le sens de l’existence [...] je saute dans l’automobile et fonce comme un fou vers Nasbinals." À Nasbinals, nous dit Autin-Grenier, on peut voir les bégonias de Mme Souchon, qui sont "les plus beaux du monde".
Je ne suis, pour ma part, jamais allé à Nasbinals, dont le nom, en ces contrées farouches, sonne aussi étrangement à mes oreilles que celui — un peu plus au nord — de Taphaleschat, tout plein de rumeurs d'un autre âge...

vendredi, 24 septembre 2010

Nouvellistes glauques

Chris Offutt, Kentucky Straight (Gallimard/Folio, 2002) ; Donald Ray Pollock, Knockemstiff (Buchet-Chastel, 2010) ; J. Eric Miller, Défense des animaux et pornographie (Passage du Nord-Ouest, 2010).
Je ne trouve pas de meilleure épithète pour qualifier ces écrits déprimants, nauséeux — qui exercent pourtant sur le lecteur une fascination morbide, du même type que celle que peuvent inspirer certaines scènes du Délivrance de Boorman. Comment l'adjectif, qui évoque encore chez Proust le vert pruineux des reines-claudes, s'est-il chargé, avec le temps et l'usage, des sèmes péjoratifs que lui attribue désormais le Petit Larousse ? Un esprit malicieux a avancé que la place du mot dans le dictionnaire — entre glaire et glaviot — n'est peut-être pas étrangère à cette dérive...

mardi, 21 septembre 2010

A small, good thing 6

Dans La Montagne de ce dimanche 29 septembre, brève interview de Pascal Quignard, à l'occasion des prochaines "Rencontres de Chaminadour" :
"Que pensez-vous de la place, du rôle de le culture en un temps où l'on parle beaucoup de sport ?
— Je déteste la culture autant que le sport. Tout ce qui sert à rassembler me terrifie."

Moribunda æstas

Le jardin, déjà, prend des couleurs automnales. Les rouges s'assombrissent pour ne point détonner dans la symphonie des mauves, des lie-de-vin, des violets... Fustets, vinaigriers, asters et amarantes se cardinalisent ou s'exténuent en demi-deuils frivoles. Une lépiote blanche exhibe, au milieu du gazon, sa capeline d'élégante 1900 ; un merle piète furtif le long de la haie ; une buse piaule piteusement dans le ciel livide...

mercredi, 15 septembre 2010

Remembrances du vieillard idiot 9

Ils lapaient la soupe brûlante à grand bruit.
Se taillaient de lourdes bribes de pain, ayant, d'un vif coup de poignet, torché la lame de leur couteau sur l'entamure de la miche.
Mangeaient leur dessert de confitures sur le cul de l'assiette retournée.
Les guêpes, sur la toile cirée, buvaient aux flaques de vin violet.

lundi, 13 septembre 2010

Le grand style 18

"Peut-être, quand le monde est idiot, est-il sage de jouer seul dans son coin la comédie du monde, faire tous les rôles et en jouir, danser seul avec les grands morts sur les ruines du monde."

(Pierre Michon, Le roi vient quand il veut, préface — "Le guéridon et le dieu bleu", Le Livre de Poche, 2010)

jeudi, 09 septembre 2010

Rentrée littéraire

De cette avalanche de bouquinaille, que restera-t-il dans une ou deux décennies ? Et, dans le lot, combien de "romans manqués" — l'expression est de Fernand Vandérem — dont on ne parlera pas, qui  eussent peut-être mérité mieux que le dédain et, à courte échéance, le pilon ? Beaucoup moins sans doute que d'éphémères succès qui, tôt ou tard, les rejoindront dans l'oubli.
En quatrième de couverture, justement, de l'un des volumes du Miroir des lettres de Vandérem, déniché à la brocante du coin, une liste des "dernières nouveautés" publiées par la maison Flammarion en 1919. On y relève une demi-douzaine d'auteurs dont le nom nous est encore plus ou moins familier : Barbusse, Farrère, Victor Margueritte... Mais aussi Mathilde Alanic, Waldemar Bonsels, Rose Celli, Ludwig Renn ou Hélia de Ruffi : une liste à la Modiano, "entités minces et floues", auteurs dont le "statut ontologique" improbable se confond, désormais, avec celui de leurs propres personnages...