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dimanche, 02 janvier 2011

Acedia

Faire la fête : manger sans faim, boire sans soif, danser sans joie...
Et c'est comme ça chaque année. Pourvu que ça dure !

samedi, 01 janvier 2011

Clown triste 2

"Ah ! Ah ! Mon dernier rire de l'année.
Minuit : mon premier rire de l'année."

(Giani Esposito, "Paris le désert")

"On rit aussi pour ne pas parler. Rire sans dire pourquoi on rit, c'est revendiquer le droit au for intérieur ; c'est aussi, et alors même que l'on vit en son sein, s'éclipser de la société, plaider silencieusement pour sa liberté." (Daniel Ménager, La Renaissance et le rire, Paris, PUF, 1995)
Plaidons silencieusement...

vendredi, 31 décembre 2010

Hypercorrection

À propos de la notion d'hypercorrection, Bernard Dupriez observe que c'est "à force de vouloir parler mieux que les autres [qu']on tombe dans l'incorrection". On trouve une bonne illustration de ce travers chez nos journalistes, qui — ayant trop lu peut-être les fulminations de Vialatte sur ce sujet — se croient désormais tenus d'employer l'indicatif dans les subordonnées introduites par après que. L'intention serait louable si ces gens-là maîtrisaient les règles de la concordance des temps et avaient quelques lumières sur la valeur des formes surcomposées. Ce qui n'est, hélas ! pas le cas. D'où bon nombre de cacographies ridicules que le recours au subjonctif pourrait leur éviter sans que personne n'y trouve à redire. Un exemple, hier encore, dans un article de Libération consacrée à l'orchidée victime du tabagisme de Keith Richards...

mercredi, 29 décembre 2010

Incipit 6

"Je me nomme Clair Harondel (Représentant de Commerce en fantaisies joyeuses et funèbres)."
Google, vite !

"Les jolis airs anciens..."

Sur France Musique, à l'heure de ma gymnastique matinale, une "Sicilienne" de Bach à l'accordéon. Bientôt, peut-être, nous proposera-t-on "Bruyères corréziennes" aux grandes orgues ?

lundi, 20 décembre 2010

Neige 4

La "bonne neige" a disparu en l'espace d'une nuit. Un sale petit temps humide, rhumatique et propice aux catarrhes s'est installé. Le matin, il pleuvine tristement. Le passage du facteur, la visite d'un ami à l'heure de l'apéritif, un ou deux coups de fil importuns font figure d'événements dans toute cette grisaille poisseuse et froide...
Que faire en mon gîte ? Je feuillette à la billebaude Martin en sa gloire : un livre d'ânes (Garnier, 2010), impressionnante somme asinine — non moins érudite que jubilatoire — compilée par Michel Bideaux avec la verve et l'humour qui siéent aux "maistres du mestier". Belle leçon de "gai savoir", dont nombre de cuistres et bas-bleus pontifiants, "serieux comme l'asne", justement, feraient bien de s'inspirer. J'écoute d'une oreille irrévérencieusement distraite les belles sonates de Haydn interprétées avec une parfaite élégance par Alain Planès.
L'hiver peut bien écraser son museau enchifrené contre la vitre. Je lui montre le dos, tournant les pages au rythme désinvolte d'un presto ma non troppo.

jeudi, 16 décembre 2010

Petite anthologie portative 62

Hear
where her snow-grave is
the You
           ah you
of mourning doves

(Lorine Niedecker, Collected Works,
Berkeley, University of California Press, 2002)

mercredi, 15 décembre 2010

Madame la Misère 2

Comme chaque année à pareille époque, la charité fait rage. Relisons Darien :
"Le crime le plus horrible des riches envers les pauvres est de s'être arrogé le droit de leur distribuer la justice et l'assistance, de leur faire la charité. Ce sont les misérables qui paient eux-mêmes, avec des intérêts usuraires, les frais de la justice dérisoire, de l'assistance immonde et de la charité dégradante qu'ils sont assez vils pour quémander et recevoir. Voilà le comble de la lâcheté, de la dérision et de l'hypocrisie.
Il y a longtemps que Lazare n'est plus à la porte du Riche ; il est à la porte du Pauvre. Quant aux chiens qui lèchent les ulcères de Lazare, ce n'est pas parce qu'ils aiment Lazare. C'est parce qu'ils aiment les ulcères." (Georges Darien, La Belle France, Paris, P.-V. Stock, 1901, p. 88-89)

lundi, 13 décembre 2010

Fanfreluches et brodure de merde

"La femme — ironisait Vialatte dans une chronique vieille d'un demi-siècle — emploie sa liberté à choisir de dormir avec un baby-doll, c'est-à-dire une nuisette complétée d'un bloomer. Ils se font de nuance parme, eau-vive ou matin blond." Nihil sub sole... Ainsi peut-on lire sur le site du Figaro Madame : "Après deux saisons aux notes assez girly, la lingerie met le cap sur les dessous d'esprit new burlesque." Sans italiques, bien sûr. Mais, après tout,  on peut préférer ces niaiseries à la vertigineuse imbécillité des commentaires que d'anonymes aliborons se croient tenus d'ajouter aux faits-divers sordides dont ils font leur lecture ordinaire.

mercredi, 08 décembre 2010

Wie schön sind Äpfel und Birnen und dann scoubidoubidou-a !

Sans doute l'idée qu'il y aurait des objets "poétiques" et d'autres qui ne le seraient pas relève-t-elle d'une conception naïve ou bovaryste de la poésie. J'avoue pourtant avoir un peu de mal — est-ce à cause du mot ou de la chose ? — avec certains comestibles. Si la pomme de terre de Ponge ne me dérange pas  trop, ni le saucisson de Raoul Ponchon ou le fromage de Saint-Amant, la banane de Rilke sonne cocassement à mes oreilles et me paraît puérilement obscène dans un contexte appelant une lecture "à plus haut sens".

Voller Apfel, Birne und Banane,
Stachelbeere... Alles dieses spricht
Tod und Leben in der Mund...

Les chansons idiotes de Ray Ventura ou de Lyne Clevers, les rengaines de Bourvil ou de Sacha Distel, toutes ces niaiseries pomologiques qui ont durablement entaché de ridicule la rhétorique poético-fruitière ne sont probablement pas étrangères à cette réaction peu avouable.