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mercredi, 18 avril 2012

Géographie de la France

Dans ses Visites aux paysans du Centre, Daniel Halévy déplore le dédain des Français pour les provinces de l'intérieur : "Le Français va vers ses côtes, vers la romantique Alsace, vers les hautes montagnes, ses frontières. Il ne connaît en Morvan que Châtel-Guyon, en Auvergne que La Bourboule." ("Les visites de 1934" in Visites aux paysans du Centre, Le Livre de Poche, 1978, p. 225) Confusion entre Châtel-Guyon et Saint-Honoré-les-Bains ? Une telle bourde étonne de la part d'un aussi suffisant voyageur, trop attentif, peut-être, au territoire pour se soucier de la carte...

Les angoisses du voyageur

"Voire mais (dist il), où chioys tu ?" (Pantagruel, chap. XXII)

mercredi, 11 avril 2012

Notes de lecture 2

Mian Mian, Panda sex (trad. Sylvie Gentil, Au diable vauvert, 2009). Que reste-t-il quand — pour autant qu'on en puisse juger par la traduction — l'écriture est minée par la vacuité intellectuelle et le désœuvrement qu'elle s'emploie à saisir ? On pense à Moins que zéro, aux dialogues de Godard — du moins dans le souvenir ténu que j'en ai gardé. Roman "moderne" et désabusement "vieux comme l'hiver" : "Les cons, si on n'a pas peur qu'ils ne sachent pas, il faut craindre qu'ils ne comprennent pas."

Poèmes de Sylvia Plath (Arbres d'hiver précédé de La Traversée. Présentation de Sylvie Doizelet, trad. de Françoise Morvan et Valérie Rouzeau, Poésie/Gallimard, 2003). L'une des traductrices note que "la poésie de Sylvia Plath ne se transpose pas facilement en français". On veut bien le croire, mais certaines libertés prises (sans nécessité, semble-t-il) avec le sens littéral étonnent. Ainsi :

Your clear eye is the one absolutely beautiful thing.
I want to fill it with color and ducks,
The zoo of the new [...]

est-il rendu par :

Ton œil clair seul est d'absolue beauté.
Je veux y couler des coqs, des couleurs,
Toute une jonglerie clinquante [...]

M'étonne également cette glose rien moins qu'éclairante : "Purdah" offre le meilleur exemple de travail sur le "I", anagrammatisé, le son i, camouflé sous le a dès le titre. Comprenne qui pourra... Je suis probablement obtus, mais je ne vois pas trop comment on peut "anagrammatiser" un mot d'une seule lettre ou "camoufler" un phonème sous un autre.

Journal de Julien Green (Les Années faciles. Journal 1926-1934, Le Livre de Poche, 1973). Politesse des rois — à la date du 25 novembre 1932, ceci : "Il me semble que le plus bel exemple de politesse française nous a été donné par Louis XV lorsque Damiens lui porta un coup de canif. Le roi, qui montait dans son carrosse se retourna pour désigner son agresseur et dit : C'est ce monsieur qui m'a frappé !" On pense aussi, bien sûr à Marie-Antoinette sur l'échafaud : Pardon, Monsieur, je ne l'ai pas fait exprès. On a un peu oublié, aujourd'hui, ces bonnes manières...

dimanche, 08 avril 2012

Remembrances du vieillard idiot 12

Le petit Marcel, culot d'une fratrie nombreuse et farouche, ne sut jamais compter que jusqu'à deux. Lorsque notre instituteur s'impatientait : " Mais enfin, ton père a bien un char à foin : il a combien de roues ?" — le petit Marcel s'obstinait, imperturbable : "Deux derrière et deux devant." Lorsqu'il se maria, des années plus tard, sa femme le quitta le deuxième jour...

samedi, 31 mars 2012

A small, good thing 7

De Barry Gifford, Les Carnets intimes de Francis Reeves.
Le titre original — Landscape with traveller — fait référence à ces "paysages japonais et chinois, tels ceux reproduits dans La Peinture zen, d'Awakawa — surtout ceux où de minuscules voyageurs solitaires, à peine discernables, gravissent un sentier de montagne ou traversent une fragile passerelle". Le narrateur, homosexuel vieillissant, est l'un de ces "voyageurs solitaires" qui porte sur le monde un regard tour à tour curieux et désabusé, passant tout naturellement de l'anecdote scabreuse (scène d'amour vache associant bestialité et scatologie) aux considérations mélancoliques. "En règle générale, je m'intéresse fort peu à ce qui se passe dans le monde, et je n'intéresse certainement que très peu de gens, en dehors de moi-même [...] J'ai peine à croire que quelqu'un m'aime, ou simplement dise qu'il m'aime [...] Non que je me considère vraiment comme indigne d'être aimé, mais à notre époque, il est difficile de croire que quiconque se donne la peine de s'arrêter afin de considérer une autre personne assez longtemps pour l'aimer."
Il y a de ces livres, qu'on aimerait avoir écrits...

Le grand style 20

"Le O, le simple O placarde de la pensée, l'éponge de tendons de muscles en position d'état d'esprit dans son seau, les déplacements des positions sensitives impressionnantes, la pensée est sentie par la sensibilité d'un muscle sensible au mouvement, elle a dû faire bouger un organe parce qu'il l'a ressenti. Je ramène les muscles en direction du continent par le bateau."

(Christophe Tarkos, "Oui" in Écrits poétiques, P.O.L., 2008)

jeudi, 22 mars 2012

Incipit 8

"Je ne sache pas qu'il y ait un sens à la vie. Le mieux qu'on puisse faire, c'est de passer avec nos semblables le temps qui nous est départi parmi les choses qu'on a touchées, les bonnes, de préférence." (Pierre Bergounioux, La Casse, Fata Morgana, 1994)

jeudi, 15 mars 2012

Pâté aux pommes de terre

Je reprends, avec le huitième volume — "Trajectoires" —, la lecture des Carnets de Calaferte. À côté des notes consacrées à son travail d'écriture, à ses pannes d'inspiration qui suscitent marinades "angoissielles" (terme qu'il semble affectionner particulièrement) et ruminations moroses, beaucoup de mysticisme, d'onirocritie, de considérations horoscopiques... On est content, tout de même, de retrouver, au détour d'une page, le Calaferte qu'on aime, poète façon Ferré, attentif aux fleurs et au regard des chiens, prompt aussi à cracher son indignation devant la sottise ou la cruauté ordinaire, à dégonfler les baudruches, à vitupérer Hugo ou Claudel.
À l'occasion d'un passage à Vichy, éloge mitigé — et inattendu — du pâté aux pommes de terre bourbonnais, "spécialité locale [...] touchante par sa simplicité", qu'il définit comme "une tourte contenant une espèce de gratin dauphinois qui [...] manque de saveur et, surtout, de légèreté". Certes, le pâté aux pommes de terre (qu'on connaît aussi dans la Creuse et le Berry), généreusement enrichi de crème fraîche, n'est pas particulièrement conseillé aux appétits d'oiseaux ou aux estomacs fragiles, mais, sous sa croûte dorée à point, relevé de ciboulette ou de cerfeuil, ce régal de pauvre peut être savoureux.

vendredi, 09 mars 2012

Bibi

Beau matin froid. Le soleil s'évertue de bonne heure sur les prés poudrés de gelée blanche. La passante matineuse porte aujourd'hui un élégant trois-quarts tête de nègre et un coquet bibi purpurin. Pour l'allitération.

mercredi, 29 février 2012

"Quel diable de langaige est cecy ?" 3

Les puristes vétilleux, les amateurs de subtilités grammaticales sont une engeance particulièrement insupportable — et, de surcroît, la plupart du temps ridicule : qu'on se rappelle l'anecdote du "professeur à l'école d'agriculture de Corbigny" se targuant d'avoir épinglé "une faute de français dans la préface du livre de Ponge". Tout de même, quoique aimant user de temps à autre, cum grano salis et surtout pour emmerder le monde, de vocables venant "d'estranges contrées", je dois avouer, au risque de rejoindre les rangs des "repreneurs fâcheux", que je suis exaspéré par la prolifération, sur les ondes et dans les journaux, d'anglicismes imbéciles, de néologismes onomatopéiques dont je ne saisis pas l'intérêt, ni d'ailleurs, parfois, la signification. "Pitch", "buzz", "hip top", "it girl"... Nous voici en plein comic strip ; bientôt, nous nous retrouverons à barboter dans la mare aux grenouilles de Brisset.