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samedi, 19 février 2011

Une assiette de sucre

Fargue : Haute solitude. Prose poétique, pâtissière, écœurante et tarabiscotée. Trop c'est trop. "Le sucre — dit Gombrowicz — est délicieux lorsqu'on le prend dans du café, mais personne ne mangerait une assiette de sucre : ce serait trop. Et en poésie, l'excès fatigue : excès de poésie, excès de mots poétiques, excès de métaphores..." (Contre les poètes, Éditions Complexe, 1988)

Fargue, Ponge... On admire le travail, comme on admire les statues de saindoux aux vitrines de Noël ou les cathédrales en allumettes. Je bois mon café sans sucre. J'aime Guillevic. Les élégances parcimonieuses, les japonismes pauvres de Frénaud :

"Habilités au cyprès, les corbeaux y vont, y viennent."

lundi, 14 février 2011

Mentes tuorum visita

Après-midi à Vichy. Promenade, malgré le temps froid et pluvieux, dans les ruelles étroites, raides et sinueuses du vieux quartier des Célestins. Pensions de famille, maisons de retraite. Au "Fréjus", on propose, en lettres d'or sur fond noir, "confort" et "régimes". L'église Notre-Dame-des-Malades, dont l'esthétique participe de la meringue hypertrophiée et de la cuve en béton, érige au-dessus des toits son clocher phalloïde et crucifère. Maison natale d'Albert Londres, dégradée, bizarrement peinturlurée, petites boutiques désuètes... On pense à la sévérité de certains jugements de Larbaud sur la ville : "Vichy [...] horrible, bruyant, froid et gluant. Enfin, l'égout, comme toujours." (Lettre à Marcel Ray, septembre 1922)
Au retour, j'écoute vaguement Radio Classique. Entretien assez consternant avec Denis Tillinac, qui parle de son Dictionnaire amoureux du catholicisme. Voix et propos vulgaires. Le présentateur définit le Veni Creator comme "l'un des hymnes les plus célèbres" de l'antiphonaire : sans doute considère-t-il, en bonne logique et eu égard au féminin du titre, La Marseillaise comme une hymne (ledit présentateur, décidément très en forme, rappellera un peu plus tard que Kreutzer "était français" : "c'était même [sic] un  descendant de Purcell") ! Quant à Tillinac, il n'hésite pas à attribuer la paternité du Veni Creator à un moine "d'origine orientale". Il ne serait peut-être pas inutile, quand on prétend traiter du latin mystique, de relire Rémy de Gourmont. Cela éviterait de proférer d'aussi monumentales âneries.

lundi, 07 février 2011

Cornettes et sonneries 7

Je ne peux lire le nom de Denis Foulechat, très estimable traducteur du Policraticus de Jean de Salisbury, sans penser à la chanson des Trois orfèvres.

dimanche, 06 février 2011

Dimanche à la campagne 2

Panneaux.jpgPetites routes du Bourbonnais par un beau dimanche froid. Poésie des toponymes. Hyds, dont l'S finale est comme l'appendice frétillant du monstre écaudé. Louroux-de-Beaune, où la signalétique routière bégaie curieusement. Saint-Bonnet-de-Four, avec son clocher vrillé dont la flèche tirebouchonne au-dessus des tombes...
Après la diplopie, la métamorphopsie. Le réel dépasse l'hallucination. Les bourgs sont déserts et silencieux, la campagne paisible. On voit dans les prés "vaches et veaulx petitz, en leurs parcz clos serrez".

samedi, 05 février 2011

Visites aux paysans du Centre

Lorsque nous pénétrons dans la cour, nous sommes accueillis par un concert de jappements hystériques,  le clabaudage dément d'un houraillis en transes. Toute une chiennaille bondit au bout de chaînes, grouille dans des cages de fer, des niches, des enclos grillagés, montre sa tête aux carreaux de la cuisine... Indifférente au pandémonium que notre arrivée a déclenché, la maîtresse des lieux surgit de derrière la grange, gnomide rabougrie, l'œil glacial dans une face terreuse. Elle parle peu, en phrases sèches, du mauvais temps, des mauvaises gens, qui se plaignent des aboiements de sa meute et lui vendent, pour ses chèvres, du foin pourri. Elle va déménager, repartir vers le sud — vers quels mirages ? Elle a l'air d'une très vieille petite fille, amère et bancroche...
On lui demande combien elle a de chiens.
— Dix-neuf, dit-elle.
On aurait juré, au bruit, qu'il y en avait cinq ou dix fois plus.

mardi, 01 février 2011

Des camionnettes, des livres et des chiens

Comme, jadis, la camionnette jaune de l'épicier, je guette à présent la fourgonnette de la poste, qui me livre à domicile mes commandes de lecture pour la quinzaine ou le mois.
Cette semaine : le volumineux Chaminadour de Jouhandeau dans la collection "Quarto", Haute solitude, de Léon-Paul Fargue, Le Chemin de Sion — premier volume des carnets de Calaferte — et un polar d'un auteur inconnu, dans le goût d'Harrison ou Crumley. Je lirai donc tout cela, parallèlement, à la billebaude parfois, parfois à sauts et à gambades.
À la première page des "papiers journaux" de Calaferte, cette citation de Léautaud, parlant des chiens : "Ils ont le genre de médiocrité voulue pour ramasser un succès en littérature [...] La médiocrité en littérature est toujours récompensée."
Comme aussi, presque toujours, dans beaucoup d'autres domaines...

"Savourez du moka l'aromatique essence"

Dans un magazine, publicité pour une "convention obsèques" qui propose, entre autres commodités, "une carte personnelle grâce à laquelle vos proches sauront rapidement à qui s'adresser, où trouver tel papier important et, surtout, comment obtenir le capital assuré". En dépit du cynisme de ce surtout, on se laisserait volontiers tenter. Pour les "deux magnifiques tasses à café" offertes "en cadeau" aux souscripteurs.

vendredi, 28 janvier 2011

Dernières nouvelles de la culture

Christophe Maé, le meilleur vendeur de disques français, a été fait chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres par M. Frédéric Mitterrand.
Mignon, mignon, le succès de René La Taupe, est classé au troisième rang des ventes de singles en 2010.
Guillaume Musso et Marc Lévy figurent dans les premières places du "top 100" des meilleures ventes de romans...

M. Frédéric Mitterrand retire Céline du calendrier des célébrations nationales.

mercredi, 26 janvier 2011

L'arrière-pays

Mardi — retour de Vichy au crépuscule. Au couchant, nulle "confiture de crimes", mais un barbouillis de nuages dans un ciel d'hiver couleur de souris morte et de saumon froid. Juste au-dessus de la ligne d'horizon tracée  à l'encre bleu de nuit d'une plume qui bavoche, une très faible aura suggère l'existence improbable de cet arrière-pays qu'évoque Bonnefoy : "... si l'arrière-pays m'est resté inaccessible — et même, je le sais bien, je l'ai toujours su, n'existe pas — il n'est pas pour autant entièrement insituable, pour peu que je renonce aux lois de continuité de la géographie ordinaire..."

jeudi, 20 janvier 2011

Petite anthologie portative 63

ÉPITAPHOS
CORONNOPUS

Gorgomar avait mâchoiré les petipesçons :
Les petipesçons l'ont mâchoiré.

(André Martel, Gorgomar, Cheval d'Attaque, 1974)