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lundi, 21 novembre 2011

Perché leggere i classici 5

Feuilleter les petits essais littéraires de José Cabanis est un plaisir de choix : finesse de l'analyse, élégance d'une langue toute classique, voilà un "suffisant lecteur" qui nous persuade, en quelques paragraphes prestement troussés, que l'on aurait tort de bouder les valeurs sûres du Lagarde et Michard. Auteur pour happy few, Cabanis ignore superbement le goût du jour et le prêt à penser ; ses exercices d'admiration sont d'un dilettante qui, sachant que "pour parler de ce qu'on aime passionnément, on risque toujours de prendre un ton trop haut", ne répugne pas à l'anecdote, au "style naturel" de la causerie familière. Les deux minces volumes de Plaisir et lectures (Gallimard, 1964 et 1968) offrent à chaque page de ces "bonheurs d'écriture" qui sont, dit-il, avec la manière, la marque de l'écrivain véritable. Et il y a parfois, aussi, une vigueur d'expression qui ne laisse pas d'être réjouissante : "Toute foi mise à part, on mesure [...] combien il est dommage, pour la plupart des auteurs d'aujourd'hui, qu'à leurs yeux Dieu n'existe pas, et de quel beau thème littéraire ils se sont privés. Je sais bien qu'ils ont remplacé Dieu par le cul. Mais j'ai le sentiment qu'auprès de Dieu, le cul ne fait pas le poids." ("Maturin", Plaisir et lectures, vol. 2, p. 88)

mardi, 15 novembre 2011

Le sens de la formule 10

"Le rapport sexuel n'est qu'un plus ou moins violent hypallage des attributs génitaux." (Richard Millet, L'Amour mendiant, La Table Ronde, "La Petite Vermillon", 2007)
Est-ce une hypallage que de faire le mot masculin ?

samedi, 12 novembre 2011

Gratte-culs

"Elle avait les cheveux attachés aujourd'hui. Elle portait un T-shirt blanc tout simple, un jean bleu délavé, des chaussures de sport. Il vit des gratte-cul [sic] coincés dans ses lacets [...] Elle tripota son lacet. Il la vit grimacer, coller son index dans sa bouche. Un gratte-cul." (Sean Doolittle, Rain dogs — trad. Sophie Aslanides, Rivages/Noir, 2011, p. 88 et 91)

Ces gratte-culs m'ont intrigué : à supposer même que la jeune femme dont il est question ici ait eu l'idée saugrenue de s'aventurer dans un buisson d'églantiers, on voit mal comment des cynorrhodons, à la peau parfaitement lisse, auraient pu se prendre aux lacets de ses pataugas ou la blesser au doigt. Le texte original nous éclaire : "He could see sand burrs caught in the laces of the hiking shoes." Il ne s'agit pas de gratte-culs, mais des graines hérissées de crochets ou de piquants d'une plante du type cenchrus echinatus, inconnue, semble-t-il, en Europe. Difficile, dès lors, de concilier l'exactitude botanique, la fidélité de la traduction et l'élégance du style !

mercredi, 09 novembre 2011

Papiers journaux, bonshommes Ripolin et continuité des parcs

Je termine la lecture du septième volume des Carnets de Calaferte — année 1983. Beaucoup de notes à caractère intime, de considérations d'ordre religieux, mystique, voire ésotérique, de ressassements ou de généralités qui peuvent devenir, à la longue, un peu lassants. On a plaisir à retrouver au détour d'une page l'imprécateur vitupérant l'époque et s'asseyant sur les bien-pensances littéraires :

"De quelque bord qu'elle se pratique, la politique est un dépotoir."
"Rimbaud est le poète du calcul, pour ne pas dire l'antipoète ; ce qui explique la faveur actuelle dont bénéficie son œuvre en une époque où l'essence de la poésie est bannie..."

Propension des auteurs d'écrits diurnaux à s'entregloser, à citer les citateurs, conduisant le lecteur à s'égarer dans des quêtes-gigognes : André Blanchard cite Calaferte, Cabanis ou Renard ; Calaferte cite Gide, Green, Tolstoï ou Cabanis ; Cabanis cite Léautaud, Green ou Viel-Castel... On croise inévitablement, chez les uns ou les autres, Stendhal, les Goncourt et Jouhandeau. Littérature égotiste, reflet répercuté à l'infini de notre propre solitude, qu'avec le temps et l'âge on en vient à préférer à la verbeuse futilité du roman...

mardi, 01 novembre 2011

Le grand style 19

Sur une invitation à un vernissage, reçue cette semaine :

"Nous vous convions pour le week-end [...] à venir voir L'Aventure de l'Art qui se poursuit, pictural ou sculptural, par perpétuation, approfondissement ou bouleversement. La capacité à différer de l'imitation par une intériorité personnelle c'est : la "Nature" dans ce qu'elle a de continuité dans la diversification perfectionnante et exemplaire."

"— Seigneur, sans doubte ce gallant veult contrefaire la langue des Parisians..."

dimanche, 30 octobre 2011

Choses vues 6

Au petit "Casino" : sur la banque réfrigérée où sont les chevretons, le gaperon et la tomme de montagne, trônent sucettes "Chupa Chups", briquets "Bic" et préservatifs en boîtes de cinq. Lubrifiés.

mercredi, 12 octobre 2011

Petite anthologie portative 68

Choses qui ne font que passer

Un bateau dont la voile est hissée.
L'âge des gens.
Le printemps, l'été, l'automne et l'hiver.

(Sei Shônagon, Notes de chevet, trad. A. Beaujard, Gallimard/Unesco, 1966)

lundi, 26 septembre 2011

Haut-Allier

Ce week-end, escapade touristique et gourmande dans le Haut-Allier. Villages accrochés à leurs pitons rocheux, ou blottis, en contrebas, dans un méandre de la rivière. Sapins noirs. Horizons bleus.
À Saint-Ilpize, sur une vieille plaque émaillée, marquée de dartres rubigineuses, se devine encore une inscription comminatoire : "La mendicité est interdite dans le département de la Haute-Loire". À Lavoûte-Chilhac, une pancarte pâlie par le temps rappelle qu'il est défendu "de faire ou de déposer des ordures" dans le passage conduisant à l'église où l'on vénère Notre-Dame Trouvée.
Déjeuner dans un hameau proche de Langeac. Cuisine roborative et généreuse. La première assiette — "pounti" accompagné de salade et de jambon cru — suffirait à calmer les appétits les plus féroces, mais il serait malséant de ne pas faire honneur ensuite à la truite, au "patia" de pommes de terre à la crème et à l'ail, au civet de lapin, à la tomme de montagne encroûtée d'artisons, à la glace arrosée de verveine verte... Tout cela servi en quantités pléthoriques. L'addition est dérisoire. Quel citadin chagrin oserait s'étonner qu'on ignore ici l'usage de la carte de crédit ?

dimanche, 25 septembre 2011

Remembrances du vieillard idiot 11

Je ne sais plus en quelle année elle fut, au lycée de M., mon professeur d'anglais (sa féminité débordante la dispensait de revendiquer l'étiquette de professeure — qui eût d'ailleurs paru quelque peu barbare à l'époque). Il me reste d'elle le souvenir d'une jeune femme blonde, pulpeuse et cambrée au-delà de la décence, et une dédicace à l'encre verte, sur la page de garde d'un volume de Poe qu'elle m'avait offert — parce que j'étais un cancre brillant — à la fin de l'année de troisième :
"May you read it in english."
Je ne sais plus si c'est elle — je n'ai jamais su son prénom — qui nous avait donné à lire un merveilleux poème dont, pendant des années, j'ai recherché l'auteur sans que jamais le texte cessât de me hanter :

"... Tell the drummer
the rebels have crossed the river and no one is here
but John with the broken drumstick and half-wit Peg
who shot spitballs at the moon from the belvedere.
Tell the feverish drummer no man is here."

Qu'est-il advenu d'elle ?
Je ne l'ai jamais oubliée...

lundi, 05 septembre 2011

Le sens de la formule 9

"Quand on se sent vraiment seul, il vaut mieux être seul tout seul que seul en groupe."

(Jacques A. Bertrand, J'aime pas les autres, Julliard, 2007)