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dimanche, 11 septembre 2005

Langage cuit

FRIGITTE

Visagré, corsaimabe, bosseins : cé ragrettabe. Zoiz aphone, flor inode, frubel insipe ! Con te papouille, con te cratouille, con te brazouille, con soye grozembite, con soye longambite, con soye durembite : cétidem ! Le bandapharlux superdru calorivergeant, façatoi : se ritracte en accordéhom au catiminissime.

O Sibériane !

Brr !

(André Martel, La Djingine du Théophélès, Cheval d'attaque, 1975)

Le style est l'homme même

Avant Barthes, Buffon et avant Buffon, Pascal :

"Style. Quand on voit le style naturel on est tout étonné et ravi, car on s'attendait de voir un auteur et on trouve un homme. Au lieu que ceux qui ont le goût bon et qui en voyant un livre croient trouver un homme sont tout surpris de trouver un auteur. Plus poetice quam humane locutus es." (Pensées)

Variante : chez les uns, le style trahit le moi social ; chez les autres, il se constitue en métaphore du moi littéraire.
Un écrivain sans style n'a pas plus d'existence que le couteau de Lichtenberg.

Limerick

There was a young lady of Pinner,
Who dreamt that her lover was in her.
This excited her heart,
So she let a great fart,
And shit out her yesterday's dinner.

samedi, 10 septembre 2005

Cynégétique

Pouvoir de la littérature : Mario Rigoni Stern et Jim Harrison finissent par nous persuader de la beauté de la chasse.
"... les forces des adversaires de la chasse semblent augmenter de jour en jour, mais leurs discours sont largement alimentés par la croyance à une éthique unique qui serait valable pour tous les êtres vivants. Quand j'admets volontiers qu'une bonne moitié des chasseurs sont des porcs qui trahissent régulièrement tous les impératifs d'une chasse équitable, je ne fais que constater une norme déplorable du comportement humain."
(Jim Harrison, En marge, 2003)
Tout de même, lorsqu'il parle d'une bonne moitié, il me semble que J.H. est très en dessous de la vérité.
En tout cas pour ce qui concerne les chasseurs de chez nous...

vendredi, 09 septembre 2005

In memoriam

Ici naquit Georges Machin
qui pendant sa vie ne fut rien
et qui continue

(Georges Perros, Une vie ordinaire, 1967)

Le grand style 3

"Plus tard, les mariniers trouvèrent la morte, culbutée à l'envers, en posture de cake-walk. Son sexe émergea le premier boire l'air que respirent les hommes, et au petit bruit de baiser qu'il fit, en crevant la surface, comme un cyprin gobe une miette de gâteau, on vit qu'il leur disait :
— Bonjour."
(Alfred Jarry, La Dragonne, II, 3)

Nains et magots

À l'origine du rayonnement dérisoire de tant de médiocres : la posture et l'imposture.

Barbacoles infatués d'eux-mêmes, carriéristes minuscules, toutous flagorneurs ou roquets clabaudeurs, il n'y a rien de grand chez tous ces petits, accrochés à leur notoriété de chef-lieu de canton...

Le trou noir du néant vous engloutira, et vos hochets ridicules.

jeudi, 08 septembre 2005

Béotisme

Francis Ponge me fait chier.

"L'assiette", ce verbiage minaudier :

"Pour le consacrer ici, gardons-nous de nacrer trop cet objet de tous les jours. Nulle ellipse prosodique, si brillante qu'elle soit, pour assez platement dire l'humble interposition de porcelaine entre l'esprit pur et l'appétit..." Bla, bla, bla, il y en a une page comme cela ! "Tant chiasser et ureniller !"

À cette porcelaine chichiteuse, on peut préférer la grosse vaisselle de Guillevic :

"Assiettes en faïence usée
Dont s'en va le blanc,
Vous êtes venues neuves
Chez nous.

Nous avons beaucoup appris
Pendant ce temps."

("Choses", in Terraqué, 1945)

Un avis autorisé 2

"Tant de bêtise, alliée à une telle absence de talent, décourage presque la protestation" (Jean-Louis Ézine, à propos d'Amélie Nothomb, Le Nouvel Observateur, 1-7 septembre 2005)

mercredi, 07 septembre 2005

Barbarement parlant

Vialatte se scandalisait qu'on pût écrire Natalie avec une H. Il est tout aussi exaspérant de constater que la plupart des gens qui font plus ou moins métier d'écrire s'obstinent à traiter l'initiale du mot hiatus comme une "aspirée". Ce que, paradoxalement peut-être, elle n'est pas.

Deux exemples, que je relève le même jour :

"Dieu seul, à en croire les théologiens, ne connaît point de hiatus entre pensée et conséquence." (George Steiner, Dix raisons (possibles) à la tristesse de pensée, traduction de Pierre-Emmanuel Dauzat, Albin Michel/Idées, 2005, p. 101)

"... un clavecin assure le continuo pendant les tutti, sans grand profit musical, et avec un risque de hiatus dérangeant." (Jean-Luc Macia, Diapason, n° 528, septembre 2005, p. 92)

Dérangeant, c'est le mot.


Nous parlerons un autre jour des délicatesses de langage des traducteurs. Voir par exemple les cacographies qu'on relève dans la traduction du remarquable Ghostwritten, de David Mitchell, ouvrage traduit avec le concours du Centre National du Livre (sic) sous le titre, déjà discutable, d'Écrits fantômes (la version allemande s'intitule plus judicieusement Chaos)...