Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 02 octobre 2005

Les livres qui nous apprennent à danser 2

"J'ai conservé, sans le vouloir, cette naïveté : quand j'ouvre un livre, j'aime que ce soit un livre. Je m'attends à de la littérature. La vie, c'est-à-dire les autres et moi, la vie me suffit pour le reste. Mais lire, si c'est pour s'y retrouver, autant vaut téléphoner à son voisin et passer une soirée baliverneuse."
(Georges Perros, Papiers collés, 1960)

Dimanche

Le dimanche : "Clou de girofle d'éternité dans le rôti de chien de la semaine." (J. Audiberti, Dimanche m'attend, 1965)

samedi, 01 octobre 2005

Requiem

Requiem de Fauré. In paradisum :
"In paradisum deducant te angeli..."
Des anges bleu et rose dragée, sur des nuages de coton. Nous irons tous au paradis, sur un air de chevaux de bois : la, ré, fa dièse, fa dièse, ré, la, la, ré, fa dièse...

Photographies 2

Trois photographies fascinantes.

Deux d'entre elles, trouvées l'une entre les pages d'un livre ancien, l'autre dans le tiroir de quelque meuble déniché chez un brocanteur, ont été depuis égarées — ou trop soigneusement rangées.
Sur la plus ancienne, un très petit cliché dont la sépia a tourné au vineux ou au roussi, deux fillettes, dont la longue chevelure bouclée cascade sous de grandes capelines. Juchées sur des échasses-jouets, elles rient à l'objectif. C'est peut-être un dimanche d'été. On aperçoit, à l'arrière-plan, la façade claire d'une demeure bourgeoise, que les gens du village doivent appeler "le château"... Image du bonheur, de l'enfance, simple et factice comme sur les vignettes pastel du tarot Grimaud.
La seconde photo perdue, format carte-postale, porte au verso le cachet d'un photographe d'une bourgade du Puy-de-Dôme. On y voit trois femmes le crâne tondu, les yeux baissés, un écriteau infâmant accroché au cou. Autour d'elles, un groupe rigolard de badauds ou de bourreaux amateurs, dont la mine satisfaite donne la nausée. Il y aura, plus tard, un film dont le titre contiendra tout cela en raccourci : Le Chagrin et la Pitié.
La troisième photographie, antérieure de quelques années à la précédente, est un souvenir que mon père a autrefois rapporté de ses "grandes vacances" en Poméranie. Elle serait indéchiffrable à qui ne posséderait aucune clé. La scène, qui se déroule apparemment dans un cimetière de campagne, montre, entre deux enfants de chœur, un curé bénissant un cercueil couvert de gerbes et de bouquets. En face de lui, un acolyte tient inclinée une grande croix de procession. Un peu en retrait, des hommes, jeunes pour la plupart, dont les vêtements militaires dépourvus d'insignes et de marques distinctives contrastent avec les uniformes des soldats allemands qu'on aperçoit sur la gauche, casqués, figés dans une pause rigide.
Au dos de la photo, une inscription manuscrite — une série de chiffres — et un tampon à l'encre violette en partie effacé : Stalag III C Nr 43...
Du prisonnier qu'on enterrait ce jour-là, du côté d'Alt-Drewitz, il ne reste qu'un nom, banal, légendant un autre cliché désormais dépourvu de signification.

Bukowski

Dans le Figaro Littéraire, recension par Jean-Pierre Dufreigne des Œuvres romanesques et de la Correspondance de Bukowski, à paraître la semaine prochaine chez Grasset. Inévitablement, Dufreigne évoque "l'éternelle anecdote", la fameuse émission d'Apostrophes, en septembre 1978, et le scandale qui s'ensuivit : "Qui ne se souvient de Bukowski, ses bouteilles de vin blanc, ses caresses aux cuisses de Béatrice [sic] Beck ?"
Que vient faire Béatrix Beck dans cette galère ? J.-P. Dufreigne, outre qu'il ne s'acquitte pas très sérieusement de sa tâche de folliculaire, n'est guère charitable de priver Catherine Paysan de la seule occasion qui lui ait été donnée de passer à la postérité !

Météo 4

"... les fossés étaient pleins d'eau, la campagne s'étalait par grandes surfaces d'un vert monotone et froid, des nuages couraient dans le ciel, de temps à autre la pluie tombait."

(G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet)

vendredi, 30 septembre 2005

Concordance des temps

"Dieu vous entende ! s'exclama la jeune religieuse. Je ne puis vous dire quelle serait ma joie. J'aimerais tellement que nous ne fussions pas dans ce pays de merde."
(Pascal Quignard, Terrasse à Rome, Folio, 2004)

Graffiti

Sur un mur souillé d'inscriptions diversement calamiteuses, cette assertion :

LE PEN IS
A SEX MANIAC.

Si l'on a un peu de temps à perdre, on peut s'interroger sur la signification d'une telle formule, d'un faible rendement politique, puérilement jubilatoire, probablement simple exutoire des propres fantasmes du scripteur.
En fait, il semble bien que le graffiti initial se réduisait à la mention ellipique du seul nom propre :

LE PEN.

La brièveté, dénotant ici tout à la fois l'urgence, l'évidence et l'absence de toute autre solution, érige le pseudonyme en signe de ralliement politique.
Intervient alors un second scripteur, qui, par dérision, transforme l'inscription partisane en priapée lapidaire ou en proclamation phallique, donnant ainsi raison à Michaux ("le phallus devient doctrinaire") :

LE PENIS

Et l'interpolateur signe au-dessous :

A SEX MANIAC.

Voilà ce qui s'est passé. Ce n'est que le passant pressé qui voit dans la terminaison et la signature surajoutées l'expression d'un prédicat. La première lecture annexe et annihile les deux signes sous-jacents. En l'absence d'intervalles réguliers entre les lettres, d'accents et de ponctuation, le lecteur construit une signification qui lui agrée, au mépris de l'intentio auctoris. Quand à ce qui vient d'être dit, c'est encore une construction de l'esprit... que le texte autorise.

jeudi, 29 septembre 2005

Petite anthologie portative 7

TRANQUILLITÉ D'UNE VOYELLE

a

(Aïgui, Le Cahier de Véronique, Le Nouveau Commerce, 1984)

mercredi, 28 septembre 2005

Pêches de vigne

"Si ce n'est pas le cas, ne dites jamais que vous avez lu un livre dont on vous assure qu'il faut absolument l'avoir lu. Vous éviterez ainsi de l'embarras.
Pendant que votre interlocuteur lisait, vous avez peut-être dégusté une pêche de vigne dont il ne connaîtra jamais la saveur. S'il est de bonne foi, vous avez d'ailleurs toutes les raisons de vous réjouir : il vous reste au moins un livre indispensable à lire."

(Jacques A. Bertrand, Le sage a dit, Julliard, 1997)