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samedi, 24 septembre 2005

Ail de basse cuisine

Dans ce pays où l'on mange de plus en plus mal, où personne ne semble plus savoir cuisiner, le discours des chroniqueurs gastronomiques se fait de plus en plus indigeste. Tel s'ébaubit sottement devant l'infra-ordinaire, retrouve le goût "authentique" du rutabaga ou du topinambour — cette horreur carminative dont on régalait naguère les cochons ; tel autre se pâme en évoquant d'incomestibles kitscheries relevant de la "cuisine ornementale". Ah ! cette "chantilly pistache-roquette Izarra structurée par une pomme verte râpée" ! Et cette insupportable rhétorique, ce crétinisme snobinard, cette verbigération satisfaite et imbécile : "... un plat extrêmement dégagé, d'une totale lisibilité". Qu'est-ce que ça veut dire ? De qui se moque-t-on ? À "la cuisine du revêtement et de l'alibi" (Barthes, Mythologies) a succédé la cuisine du logogriphe et du radotage.
Relisons plutôt les truculences délirantes d'Alexandre Dumas, ou l'éloge du mouton par Delteil : "Cet opulent, ce baroque, ce mérovingien, qui pue hautement le benjoin, l'azote en chaleur et le pissat mâle, qui vous suffoque le nez et vous affole le fondement." (La Cuisine paléolithique, Robert Morel, 1972)

vendredi, 23 septembre 2005

Petite anthologie portative 6

EPITAFIO

Nacque ;
Fu sempre solo
Tra tanta gente ;
In molte parole
Tacque ;
Indi mori, s'accomiatò dal Sole.

Tommaso Landolfi (Il tradimento, 1975)

ÉPITAPHE

Il naquit ;
Il fut toujours seul
Parmi tant de monde ;
Avec tant de mots
Il se tut ;
Puis il mourut, il prit congé du soleil.

(trad. Monique Baccelli)

jeudi, 22 septembre 2005

La cognizione del dolore

La souffrance, la maladie, la déchéance physique nous infantilisent, nous livrent nus à la condescendance de la pitié d'autrui, nous abandonnent à nos propres apitoiements. L'expérience de la douleur révèle, à travers notre incapacité à assumer notre condition de mortels, notre consubstantielle immaturité. Devant la mort, nous sommes "cousus d'enfant" (Gombrovicz) : "Like a frightened child whistling, shouting in the dark, we labour to avoid the black hole of nothingness." (G. Steiner, Ten (Possible) Reasons for the Sadness of Thought, 2005)
La plupart des tentatives d'exorcisme par l'écriture sont dérisoires; touchantes parfois, souvent obscènes.
Qui n'éprouverait un sentiment de honte ou de malaise à la lecture de certaines pages du Journal secret de Léo Malet ?
"Affreux cafard, dès le réveil. Je me lève à 4 heures et demie.
Dans l'après-midi, en prenant un bain, je me branle, quoique mon sexe ne soit pas en érection. Impression pénible. Vraiment... Ne pourrais-je plus jamais ?..." (J.S., mardi 28 février 1984, Fleuve Noir, 1977)
Fallait-il vraiment publier cela ?

mercredi, 21 septembre 2005

Sic transit 2

Qui se souvient de Minou Drouet ?
Qui se souvient du prix Goncourt 1912 ?

Qui se souviendra de nous ? Un beau titre, désenchanté et prémonitoire : le livre voisinait avec d'autres invendus dans les bacs d'un soldeur. Je ne l'ai pas acheté. Le soldeur a fermé boutique il y a deux ans...

mardi, 20 septembre 2005

20 septembre 1902

Jules Renard note dans son journal :

"La lune sans sexe."

"Un cheval éclate de rire dans la nuit." 

Cynégétique 3

"La carnassière, le chasseur le sait, a deux séparations, l'une en cuir, l'autre en filet, celle en cuir est destinée à mettre dans les petites poches qui y sont pratiquées le port d'arme, la permission de chasse, les capsules et les lièvres, mais les lièvres seulement, pas d'autre gibier.
Si la carnassière du chasseur déborde, qu'il attache tout le menu gibier, cailles, cailleteaux, perdreaux, faisandeaux à l'extérieur avec des ficelles passées dans les mailles ; qu'il réserve le filet pour les perdrix, les faisans et les gros oiseaux qui ne craignent pas d'être froissés les uns par les autres ; s'il fait très chaud, qu'il ne mette jamais le lièvre dans le compartiment de cuir sans l'avoir fait pisser."

(Alexandre Dumas, Mon dictionnaire de cuisine, 1872)

Cynégétique 2

Le saviez-vous ? "Quand le lièvre est pris par les chiens il fait entendre un cri assez fort, semblable à la voix chevrotante d'un homme qui crierait : Coinc ! coinc !
Quand les chiens ont trouvé la voie il faut les laisser rapprocher, en criant : Bellement là ! bellement ! Et quand les voies bien mêlées et l'ardeur plus vive des chiens font connaître que le gîte n'est pas loin, il faut assurer les chiens, les rassembler, les appeler par leur nom, et dès que le lièvre est lancé, animer les chiens en criant : Coulez les petits ! coule, coule, coule ! Le lièvre craint plus les chiens que les chasseurs, et déboule de plus loin devant eux. Quand on le tire au déboulé, il faut le laisser un peu filer et le viser sur la nuque entre les oreilles ; si on le tire en cul, il est rare de le peloter au premier coup."
(Almanach-manuel du Journal des villes et des campagnes ou Annuaire encyclopédique religieux, agricole, commercial, industriel, anecdotique, prophétique, littéraire, etc., etc. pour l'an de grâce 1842)

"... dans le temps retrouvé, terme et seuil sont une même chose."

Jacques Lacarrière nous a quittés, samedi dernier, à petit bruit.

Nous aimions l'écrivain, nous aurions aimé connaître l'homme, l'érudit chaleureux et modeste, attentif aux êtres et aux choses, truculent et malicieux, spectateur indulgent et ironique de nos modernités futiles.
C'est toujours un bonheur de relire Chemin faisant. Au hasard :
"... tandis que je descends à travers le village d'Alise-Sainte-Reine, par ce matin maussade et que je bavarde avec deux ouvriers occupés à réparer une conduite d'eau, le présent se charge vite de m'arracher aux envoûtements du passé. Juste en face, sur le mur, j'avise deux affiches collées côte à côte par le hasard poète. Je lis sur l'une : ALISE-SAINTE-REINE. Dimanche 5 septembre. Messe solennelle, pèlerinage et représentation de la Passion de Sainte-Reine, martyre d'Alésia au Théâtre des Roches. Et sur l'autre : SEMUR-EN-AUXOIS. Dimanche 29 août. Sexy-boom avec élection de miss Mini-short.
La France n'est pas toujours le pays des coteaux ni des contrastes modérés. Réflexion faite, dimanche, j'irai à Semur-en-Auxois."
Il faudrait tout citer : ces pages sur le village de Sacy et le souvenir de Rétif, le Chablis ou les majorettes, la vivante diversité d'une France qu'on ne disait pas encore "d'en bas"...

dimanche, 18 septembre 2005

Un avis autorisé 4

Charles Dantzig cherchait depuis bien longtemps à se faire un nom dans les milieux littéraires en s'accrochant comme une tique nécrophile à des cadavres plus ou moins illustres, dont celui de Vialatte. Sa persévérance est enfin récompensée : son Dictionnaire égoïste de la littérature française suscite l'engouement d'une critique décidément prompte à s'enthousiasmer pour les plus misérables impostures. Dans le même numéro du Nouvel Observateur (n° 2132, du 15 au 21 septembre), on consacre deux articles à ce triste gugusse, histrion en gros sabots promu "encyclopédiste aux semelles de vent" par un Jérôme Garcin probablement atteint de sénilité.
Il est facile de jouer l'originalité en méprisant pêle-mêle Montaigne, Ronsard, Claudel ou Aragon — et en portant au pinacle Mérimée, Léautaud ou Jean de La Ville de Mirmont. Cela ne suffit pas à masquer l'indigence du goût et de la pensée.
Deux exemples de la profondeur et de l'acuité d'analyse de ce fin littérateur :
"Barrès n'est pas un mauvais écrivain, mais il le devient lorsqu'il rajoute partout des virgules."
"Je n'aime pas, chez Cioran, la forfanterie dans l'amertume. Mais Cioran n'a jamais été un faiseur pompeux, ni un King-Kong de son propre génie. Voilà pourquoi je ne lui consacre pas de notice." (Loc. cit. supra, p. 104)
J'avoue ne pas saisir toute la finesse logique de cette dernière citation. Quant au propos sur Barrès, cela relève de la brève de comptoir...

samedi, 17 septembre 2005

L'obscène 2

Debussy : sa musique "nous ramène à un état d'innocence, de pureté et de limpidité absolues." (Louis Laloy, cité par J.-G. Prod'Homme, Revue de Paris, 1er juin 1918)
Il vit dans l'impécuniosité et meurt d'un cancer du rectum.