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samedi, 01 octobre 2005

Météo 4

"... les fossés étaient pleins d'eau, la campagne s'étalait par grandes surfaces d'un vert monotone et froid, des nuages couraient dans le ciel, de temps à autre la pluie tombait."

(G. Flaubert, Bouvard et Pécuchet)

vendredi, 30 septembre 2005

Concordance des temps

"Dieu vous entende ! s'exclama la jeune religieuse. Je ne puis vous dire quelle serait ma joie. J'aimerais tellement que nous ne fussions pas dans ce pays de merde."
(Pascal Quignard, Terrasse à Rome, Folio, 2004)

Graffiti

Sur un mur souillé d'inscriptions diversement calamiteuses, cette assertion :

LE PEN IS
A SEX MANIAC.

Si l'on a un peu de temps à perdre, on peut s'interroger sur la signification d'une telle formule, d'un faible rendement politique, puérilement jubilatoire, probablement simple exutoire des propres fantasmes du scripteur.
En fait, il semble bien que le graffiti initial se réduisait à la mention ellipique du seul nom propre :

LE PEN.

La brièveté, dénotant ici tout à la fois l'urgence, l'évidence et l'absence de toute autre solution, érige le pseudonyme en signe de ralliement politique.
Intervient alors un second scripteur, qui, par dérision, transforme l'inscription partisane en priapée lapidaire ou en proclamation phallique, donnant ainsi raison à Michaux ("le phallus devient doctrinaire") :

LE PENIS

Et l'interpolateur signe au-dessous :

A SEX MANIAC.

Voilà ce qui s'est passé. Ce n'est que le passant pressé qui voit dans la terminaison et la signature surajoutées l'expression d'un prédicat. La première lecture annexe et annihile les deux signes sous-jacents. En l'absence d'intervalles réguliers entre les lettres, d'accents et de ponctuation, le lecteur construit une signification qui lui agrée, au mépris de l'intentio auctoris. Quand à ce qui vient d'être dit, c'est encore une construction de l'esprit... que le texte autorise.

jeudi, 29 septembre 2005

Petite anthologie portative 7

TRANQUILLITÉ D'UNE VOYELLE

a

(Aïgui, Le Cahier de Véronique, Le Nouveau Commerce, 1984)

mercredi, 28 septembre 2005

Pêches de vigne

"Si ce n'est pas le cas, ne dites jamais que vous avez lu un livre dont on vous assure qu'il faut absolument l'avoir lu. Vous éviterez ainsi de l'embarras.
Pendant que votre interlocuteur lisait, vous avez peut-être dégusté une pêche de vigne dont il ne connaîtra jamais la saveur. S'il est de bonne foi, vous avez d'ailleurs toutes les raisons de vous réjouir : il vous reste au moins un livre indispensable à lire."

(Jacques A. Bertrand, Le sage a dit, Julliard, 1997)

 

Incipit

"Call me Jonah."

(Kurt Vonnegut, Cat's Cradle)

Cynégétique 4

Un sanglier, crut-il, et M. Trémollière, qui chassait, forêt de la Lare (B.-du-Rh.), tua dans un fourré le chasseur Cazalie. (Dép. part.)
(Félix Fénéon, Nouvelles en trois lignes, vol. 2, Mercure de France, 1998)
 
"La victime a bien été tuée par un tir direct, le chasseur l'ayant semble-t-il confondu [sic] avec un sanglier, a précisé un membre de la famille du défunt. C. R. aurait reçu dans le flanc une balle habituellement utilisée pour la chasse au grand gibier.
Il serait donc décédé sur le coup, et l'on aurait même retrouvé le sexagénaire à terre, esquissant encore un sourire de contentement : celui du mycologue comblé par une bonne cueillette, a ajouté la même source."
(L'Indépendant, édition de l'Aude, 24 septembre 2005)

mardi, 27 septembre 2005

Poissons rouges

Nouvelle promenade bourbonnaise.

Paix absolue de la campagne aux alentours de Saint-Pourçain-sur-Sioule. Vignes et bocage. Breuilly-Cesset et le souvenir de Valery Larbaud : "C'est un coin du Bourbonnais, la plus douce région de France." ("Le Couperet", in Enfantines) Réminiscence ou clin d'œil malicieux de l'angliciste distingué ? Le lecteur ne s'avise pas toujours qu'il s'agit de la traduction littérale d'une formule de Sterne (A Sentimental Journey through France and Italy).
Le domaine de Valbois évoque ces "grandes maisons tristes" dont parle Cadou. Le portail est cadenassé, la ferme voisine paraît abandonnée ; on ne voit, du chemin, qu'un pan d'ardoise et un bout de mur gris à travers les arbres...
Où sont les poissons rouges sautant "hors de l'Arauquarium par les chaudes journées d'été" ?

Esprit de l'escalier

Si Colette est "un ventre", quelle opinion M. Dantzig a-t-il de Catherine Millet ?

Les livres qui nous apprennent à danser

Tout agaçant qu'il est, Dantzig est sans doute moins à blâmer que les jobards qui se pâment devant la vastitude de sa culture (vastitude : "grand espace désert", selon Littré) et hasardent des rapprochements pour le moins discutables. Ainsi, Pierre Assouline, qui voit dans l'auteur du Dictionnaire égoïste un héritier de Kléber Haedens : celui-là emprunterait à celui-ci "la mauvaise foi indispensable à tout critique bien né"... Voire. Si K. Haedens ne fait pas mystère de son dilettantisme ("Nous pouvons encore préférer à tout, selon la formule de Nietsche, les livres qui nous apprennent à danser." — Une histoire de la littérature française, Grasset, 1970), du moins n'est-il jamais sectaire ou dédaigneux, comme le note fort justement Michel Déon (préface à la réédition en "Cahiers rouges", 1988).
Dantzig, si l'on en croit J. Garcin, compare Colette à "un ventre" et la qualifie de "dégueulasse". Très élégant, on en conviendra. K. Haedens, lui, écrivait ceci : "Colette n'a pas d'imagination et pas d'idées. Elle a des yeux et des sentiments. Ce qu'elle observe, d'une manière tour à tour enchantée et cruelle, c'est la marche du jour, l'agitation mystérieuse des animaux et des hommes [...] L'œuvre de Colette [...] tient une place secondaire dans l'histoire du roman, mais radieuse dans l'histoire du langage [...] cette langue si personnelle, si constamment nourrie de nourritures terrestres, ne peut pas mourir. On lira toujours de Colette des pages où des fleurs aux noms charmants s'ouvrent sous la caresse de leur saison, où passent des animaux familiers, chats au regard de diamant, chiens fous, gros frelons de velours, où s'éveillent des adolescentes aux yeux déjà perfides, aux cils déjà pleins de pièges, où luttent des femmes attentives au déclin de leur corps..."
La différence ? L'un sait lire et écrire. Pour l'autre, c'est beaucoup moins sûr...