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vendredi, 24 février 2006

Plaisir d'offrir

On ne doit pas, disait Vialatte, "oublier de mentionner les catalogues dans la littérature du jour. Ils élèvent leurs produits jusqu’à la poésie." (Chronique de La Montagne du 23 décembre 1952)

On s’en convaincra sans difficulté en parcourant l’Annuaire officiel des jouets et jeux des bazars, édition 1897, "publié sous le patronage de la Chambre syndicale des fabricants des Jouets et Jeux de Paris". Trois adresses, parmi d’autres [orthographe et ponctuation originales] :

Collimont (N.), successeur de la maison Félix, fabricant d’animaux à poils et en laine à mouvements, façons mécanique et habillés, animaux debouts et sur socle, criant couchés, moutons bélants, chiens, chats, chèvres, ânes, chiens cimbaliers et valseurs, rue Aumaire, 8.

Danel, Paris-Bébé, innovateur du bébé chaussé, manufacture de bébés nus et habillés, seul bébé de la fabrication française, perfectionné, spécialité de nègres et mulâtres, articulations. Brev. s.g.d.g. à montures métalliques recommandé pour l’exportation supprimant l’inconvénient du caoutchouc, usine rue des Écoles, 64, Montreuil-sur-Bois, maison de vente, rue des Petites-Écuries, 3.

Oreste Martin, manufacture de ballons et jouets en caoutchouc dilaté, musettes, binious, cornemuses, nouveautés. Bibis-hochets, plumets, animaux, etc., etc., boulev. Sébastopol, 38.

Signalons encore la veuve Bonnesœur, fabrique de volants, jeux de grâce, boîtes de jeux garnies de raquettes et volants, r. St-Martin, 251, et Mme Martin, cigares à musique, boul. de la Villette, 47…
Jeux de grâce et cigares à musique : what a wonderful world !

mercredi, 22 février 2006

Nécrologie

Sur le site de Libération : le poète tchouvache Guennadi Aïgui est mort hier à Moscou. Le poème "Chanson pour toi sur ton père", écrit pour sa fille il y a plus de vingt ans, prend à présent tout son sens :

Mon père
était
comme un pain d’épice blanc,
blanche resplendissait
la bonté, —

que l’air du jour
absorbait.

Et maintenant dans cet air
il n’y a personne
la chambre — en hiver — devient un champ désert, —

que l’obscurité du jour
absorbe.

Et je vois en rêve vers le matin
dans le champ — le traîneau de mon père
blanc comme un pain d’épice,
comme un pain d’épice,
seulement il n’y a dedans personne,

mais il rayonne,
et émane de lui
blanche — aussi — la bonté, —
que ma tristesse
absorbe.

(Le Cahier de Véronique, Le Nouveau Commerce, 1984)

Nulle part ailleurs il n'est question de la mort du poète, "mais il est des chants qui poursuivent / et que nous ramène une brise" (Jean Follain). 

... nell'istante che il vento è piú nudo

Ventôse. Petite froidure aigrelette et mélancolieuse. Lassitude des après-midi.

"Quelle nouvelle ?" — Un pinson est mort, un pinson du nord, venu s'assommer à ma vitre.
"C'est dommage, mais quoi ? Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi."

lundi, 20 février 2006

Petite anthologie portative 22

PORNOGRAPHIE

Un couple
copule nu

(Étienne Carcel-Mouillon, Papiers retrouvés)

La cognizione del dolore 6

Ce matin, clinique.

Pendant que l'on m'instille dans les veines d'obscurs poisons réputés salutaires, je lis La Mort du vin, de Raymond Dumay (Stock, 1976, rééd. La Table Ronde — "La Petite Vermillon", 2006). J’ai un peu de mal à partager l’enthousiasme de Jean-Claude Pirotte, qui préface cette réédition. Plus que les thèses de Dumay sur l’histoire de la vigne et du vin, les considérations politico-économiques renvoyant à l’allégorisme étiologique d’une triade Arès-Dionysos-Ploutos, trop systématiques pour être parfaitement convaincantes, c’est le style qui me dérange. je n’aime guère que la truculence s’autorise des raccourcis péremptoires, se fasse pontifiante ou, à l’inverse, se dégrade en facilités de chansonnier. Comme dans cette péroraison qui clôt le deuxième chapitre :

"En 1917, le général pershing mit le pied sur le territoire français à la tête d’un petit commando d’agriculteurs : "La fayette, nous voilà! dit-il. Nous venons chercher les cépages." Le 6 juin 1944, Eisenhower abordait les côtes de la Manche, d’où le vin français partit jadis à l’assaut de l’Angleterre. "C’est encore nous, dit-il. Il nous faudrait aussi les clients !""
En revanche, on souscrit sans réserve aux propos de Dumay lorsqu’il nous met en garde contre les ennemis du vin, "ceux qui se reconnaissent comme tels, ceux dont les pattes d’ours sont pavées de bonnes intentions : morale, hygiène…" "Pour peu qu’ils réussissent à mettre Dieu de leur côté, leurs ravages ne se comptent plus."

dimanche, 19 février 2006

Dimanche à la campagne

Lointain intérieur :

Jarrettes et Jarnetons s'avançaient sur la route débonnaire.
Darvises et Potamons folâtraient dans les champs.
Une de parmegarde, une de tarmouise, une vieille paricaridelle ramiellée et foruse se hâtait vers la ville.
Garinettes et Farfalouves devisaient allégrement

Extérieur proche :

Une famille de cons passe dans la rue ;
Grands-parents, poussette et chien-chien.

Cynégétique 8

Chez Vaneigem, encore, à propos des chasseurs, "dont l'existence est un affront à la beauté du paysage" :
"Ce qui me répugne chez le chasseur — je ne parle pas ici du solitaire qui prend le fusil pour s'offrir un lièvre en dégustation —, c'est moins son côté militaire et prédateur que cette inversion du désir qui l'incite à rechercher l'excitation sexuelle en tuant, en détruisant la vie, au lieu de la propager et de s'en émerveiller. C'est son goût de la mort." (Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort, p. 73)
Mais y a-t-il encore de ces solitaires ne rêvant que d'un honorable civet ? Guère plus que de lièvres, on peut le craindre ! 

Vocabulaire 4

En feuilletant Le Chevalier, la Dame, le Diable et la mort, de Raoul Vaneigem, je relève cette phrase : "Que de pesantes arguties, que de cavillations dans l'étirement kilométrique des volumes consacrés à Dieu, au platonisme, à l'aristotélisme, au marxisme, au biologisme, au psychologisme, au scientisme, aux mécanismes de l'univers !" (Folio, 2005, p. 154)
Le dictionnaire de l'Académie (édition de 1762) nous confirme que le mot cavillation "n'a guère d'usage dans le discours ordinaire" et le glose en ces termes : "sophisme, raisonnement captieux, fausse subtilité".
On voit que Vaneigem, dont la sensibilité, l'intelligence et le style procurent au lecteur un bonheur constant, ne manque ni de verve ni de vocabulaire. Rien d'étonnant à ce qu'il se réfère aussi fréquemment à Rabelais et le cite toujours fort à propos.

vendredi, 17 février 2006

Dans une cabine téléphonique, après la fin du monde...

Je termine La Possibilité d’une île. il me semble toujours préférable d’attendre, pour lire les romans à succès — surtout lorsque ce succès est de scandale — que le tumulte qu’a suscité leur parution soit un peu retombé. Les articles que j’avais parcourus au moment de la sortie du livre me paraissent, avec le recul, parfaitement creux et bavards, leurs auteurs s’étant le plus souvent contentés de relever quelques "petites phrases" provocatrices ou vachardes, sans jamais s’interroger sur la valeur littéraire du texte.

Ce qui me frappe aujourd’hui, ce sont les côtés — ou les à-côtés — balzaciens de Houellebecq — son regard sur la compétition sociale, son pseudo-scientisme assaisonné d’illuminisme, ses maladresses emphatiques, ses fautes : "Ce n’est que bien plus tard, à l’issue de plusieurs conversations avec lui, après que je lui eusse longtemps expliqué l’apaisement réel mais faible, la sensation de lucidité partielle que m’apportait cette narration, qu’il eut l’idée de demander à tous les aspirants à l’immortalité de se livrer à l’exercice du récit de vie, et de le faire de manière aussi exhaustive que possible ; mon propre projet, par contrecoup, en subit l’empreinte, et en devint nettement plus autobiographique." (p. 347-348)

jeudi, 16 février 2006

Météo 12

Temps incertain, venteux ; brèves giboulées de nielle — "petite pluie froide qui tombe en menus grêlons", selon le dictionnaire de Trévoux.
"C’est par l’effet d’une ancienne appartenance animale que les gens ont tant de conversations au sujet de la météorologie et du climat, par l’effet d’un souvenir primitif, inscrit dans les organes des sens, et relié aux conditions de survie à l’époque préhistorique. Ces dialogues balisés, convenus, sont cependant toujours le signe d’un enjeu réel : alors même que nous vivons en appartement, dans des conditions de stabilité thermique garanties par une technologie fiable et bien rodée, il nous reste impossible de nous défaire de cet atavisme animal."
(Michel Houellebecq, La Possibilité d'une île)