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vendredi, 03 mars 2006

Trépassement d'un chat

2 mars 2006 :
"Des centaines de propriétaires de chats n'hésitent pas à abandonner leur fidèle compagnon dans des dispensaires, indique la Société allemande de protection des animaux." (les journaux)
Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les sains !

H5N1

28 février 2006.

— Quelle nouvelle ?
— Le petit chat est mort.

mercredi, 01 mars 2006

Je reviens. Laissez le courrier chez la voisine

Je suis absent pour un un jour ou deux. Pardonnez-moi de laisser blog et commentaires en souffrance... Je m'efforcerai de répondre brièvement à tous à mon retour...

lundi, 27 février 2006

Είρωνεία

À propos de l'ironie, dont il a été question dans quelques commentaires récents, ces propos d'un personnage de Conrad, cités par Kundera dans L'Art du roman : "Souvenez-vous, Razumov, que les femmes, les enfants et les révolutionnaires exècrent l'ironie, négation de tous les instincts généreux, de toute foi, de tout dévouement, de toute action !" Commentaire de Kundera : "L'ironie irrite. Non pas qu'elle se moque ou qu'elle attaque mais parce qu'elle nous prive des certitudes en dévoilant le monde comme ambiguïté." (L'Art du roman, Folio, p. 159)

Vocabulaire 5

La "dragée perlée", dont il est question dans l'épisode des "parolles gelées", me fournit le prétexte à musarder entre les pages des vieux dictionnaires. J'y aurai appris aujourd'hui que l'expression "écarter la dragée", avant de s'appliquer à un fusil dispersant exagérément les plombs, signifiait familièrement "postillonner". "On le dit figurément, nous indique Féraud dans son Dictionnaire critique de la langue française, de celui qui laisse échapper de petites parties de salive en parlant." Et d'ajouter cet exemple : "Il ne fait pas bon être près de la chaire quand cet abbé prêche : il écarte furieusement la dragée."

dimanche, 26 février 2006

La musique du hasard

Menue coïncidence. Alors que j'écoute la petite messe inachevée de Martinů — on en est au Sanctus : Hosanna in excelsis Deo —, j'ouvre au hasard Ange Vincent, de Jean-Claude Pirotte, et tombe sur ce paragraphe : "Le récit de mes amours. Hosanna in excelsis Deo. Je suis fou à lier. N'ai-je pas aimé Carlijn la Hollandaise ? Ah le vent, qu'il assène ses coups de torchon humide sur ma face !" (La Table Ronde, 2001, p 51)

vendredi, 24 février 2006

Le grand style 13

"Après tout si des chirurgiens de trente ou quarante ans, des juges, des architectes, des professeurs, même, et des écrivains, peuvent avoir, ont dans leur majorité, déjà, la calligraphie d'écoliers de neuf ou dix ans, comme cela se voit tous les jours ; s'ils mettent sur leur enveloppe, vous écrivant, de leur grosse écriture pâteuse de pensionnaire pauvre, binoclard et masturbé, M. ou mieux encore Mr. (et ce n'est nullement pour Mister, dans leur esprit) Jean, quand ce n'est pas J., Person, à l'instar d'élèves-instituteurs, tandis qu'ils se désignent volontiers, au dos, comme Tallabert Jérôme, à l'exemple de bidasses cul-terreux, ou Dupouffier Ghislaine, que l'intéressée prononce d'ailleurs Jisslaine, à moins qu'elle ne s'appelle désormais Jennifer ou Gladys, comme naguère votre manucure et comme aujourd'hui les petites Arabes ou les négresses de la caisse, au supermarché; si les feuillets volontiers quadrillés de leurs missives traînent dans des enveloppes trois fois trop grandes, ou sont dix fois pliés et repliés dans des enveloppes trois fois trop petites, mais en tout cas sans aucun rapport avec eux de format, de consistance et de couleur ; si ces mêmes colonels, ces dentistes, ces premiers présidents, ces presque prix Goncourt et ces banquiers, donnent toutes les apparences, donc, en la plupart des signes culturels qu'ils émettent, de sous-chefs de bureau dans des hôtels de ville de brique rouge du bassin sidérurgique, de bedeaux à manches de lustrine pour curés de campagne tuberculeux, de mécaniciens graisseux ou plutôt de fils prépubères de sous-chefs, de sous-bedeaux et de sous-mécaniciens, si tout cela, donc — et ce ne sont des si que par une optimiste complaisance —, on ne voit pas du tout pourquoi, pas du tout pourquoi, pas du tout pourquoi, ni sous quel prétexte, ils ne pourraient pas s'initier aux délices du redoublement de sujet, parler comme ils écrivent, comme des bébés, et dire comme tout le monde "Janine elle aimerait bien le connaître, Roland"."

(Renaud Camus, 22379 signes (les bonnes, l'excrément, les jeunes filles), L'Infini, n° 52, 1995)

Plaisir d'offrir

On ne doit pas, disait Vialatte, "oublier de mentionner les catalogues dans la littérature du jour. Ils élèvent leurs produits jusqu’à la poésie." (Chronique de La Montagne du 23 décembre 1952)

On s’en convaincra sans difficulté en parcourant l’Annuaire officiel des jouets et jeux des bazars, édition 1897, "publié sous le patronage de la Chambre syndicale des fabricants des Jouets et Jeux de Paris". Trois adresses, parmi d’autres [orthographe et ponctuation originales] :

Collimont (N.), successeur de la maison Félix, fabricant d’animaux à poils et en laine à mouvements, façons mécanique et habillés, animaux debouts et sur socle, criant couchés, moutons bélants, chiens, chats, chèvres, ânes, chiens cimbaliers et valseurs, rue Aumaire, 8.

Danel, Paris-Bébé, innovateur du bébé chaussé, manufacture de bébés nus et habillés, seul bébé de la fabrication française, perfectionné, spécialité de nègres et mulâtres, articulations. Brev. s.g.d.g. à montures métalliques recommandé pour l’exportation supprimant l’inconvénient du caoutchouc, usine rue des Écoles, 64, Montreuil-sur-Bois, maison de vente, rue des Petites-Écuries, 3.

Oreste Martin, manufacture de ballons et jouets en caoutchouc dilaté, musettes, binious, cornemuses, nouveautés. Bibis-hochets, plumets, animaux, etc., etc., boulev. Sébastopol, 38.

Signalons encore la veuve Bonnesœur, fabrique de volants, jeux de grâce, boîtes de jeux garnies de raquettes et volants, r. St-Martin, 251, et Mme Martin, cigares à musique, boul. de la Villette, 47…
Jeux de grâce et cigares à musique : what a wonderful world !

mercredi, 22 février 2006

Nécrologie

Sur le site de Libération : le poète tchouvache Guennadi Aïgui est mort hier à Moscou. Le poème "Chanson pour toi sur ton père", écrit pour sa fille il y a plus de vingt ans, prend à présent tout son sens :

Mon père
était
comme un pain d’épice blanc,
blanche resplendissait
la bonté, —

que l’air du jour
absorbait.

Et maintenant dans cet air
il n’y a personne
la chambre — en hiver — devient un champ désert, —

que l’obscurité du jour
absorbe.

Et je vois en rêve vers le matin
dans le champ — le traîneau de mon père
blanc comme un pain d’épice,
comme un pain d’épice,
seulement il n’y a dedans personne,

mais il rayonne,
et émane de lui
blanche — aussi — la bonté, —
que ma tristesse
absorbe.

(Le Cahier de Véronique, Le Nouveau Commerce, 1984)

Nulle part ailleurs il n'est question de la mort du poète, "mais il est des chants qui poursuivent / et que nous ramène une brise" (Jean Follain). 

... nell'istante che il vento è piú nudo

Ventôse. Petite froidure aigrelette et mélancolieuse. Lassitude des après-midi.

"Quelle nouvelle ?" — Un pinson est mort, un pinson du nord, venu s'assommer à ma vitre.
"C'est dommage, mais quoi ? Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi."