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jeudi, 22 novembre 2007

Sus immundus

De même qu’au nom de la démocratie, de la tolérance on tolère l’intolérable, parce qu’on se veut poli et qu’on se croit hors d’atteinte de la bêtise crapuleuse — alors qu’on est tout simplement lâche —, on supporte la muflerie la plus abjecte. Un hasard malheureux m’a valu, l’autre jour, d’être placé à table non loin d’un porc tonitruant, qui s’est, durant tout le dîner, vanté de ses prétendues bonnes fortunes, se flattant d’avoir b… toutes les femmes de son voisinage. La philosophie du personnage se résumait à peu près à ceci : en dehors de quelques habiles — au nombre desquels, bien sûr, il se comptait —, la société se composait majoritairement de salopes et d’imbéciles, cocus de surcroît. Le cynisme de panurge peut faire rire ; la butorderie de tels verrats justifie tous les anathèmes féministes et donne simplement envie de dégueuler.

mercredi, 21 novembre 2007

Le sens de la formule 4

En mangeant du lapin en gibelotte ou du civet de lièvre, il arrive que vous tombiez sur un plomb qui résiste mollement sous la dent ; vous l’exhibez entre deux doigts, vaguement amusé, avant de le déposer sur le bord de l’assiette barbouillée de sauce. De même, en lisant quelque aimable prose, vous butez sur une formule faussement aphoristique, une pensée d’ana, désinvolte ou paradoxale, qui paraît ne se trouver là que pour être recopiée dans un carnet de citations et vite oubliée — comme le grain de cendrée qui a distrait un instant votre attention gourmande :
"Il pensait à l’avenir, c’est-à-dire à rien." "Qu’est-ce qu’un homme sentimental ? Quelqu’un qui adore ne pas manger seul."
Grains d’ironie, qui attestent la qualité de l’écriture, comme le plomb l’authenticité du gibier.

samedi, 17 novembre 2007

Tendre comme le souvenir

"Si l'on y réfléchissait un peu, entre le collège et la caserne, c'étaient neuf années de pluie et de chiottes à la turque..."
(Patrick Modiano, Une jeunesse)
Les pluies de ma jeunesse ne m'ont pas laissé de souvenir particulier. Les chiottes, si.

mercredi, 14 novembre 2007

Petite anthologie portative 42

            SUICIDE

        A b c d e f
        g h i j k l
        m n o p q r
        s t u v w

        x  y  z

(Aragon, Le Mouvement perpétuel, 1926)

Plus facile la vie

Depuis ce matin, tentative de rangement dans ma pièce de travail, encombrée de piles de livres, de dossiers, d’un décourageant fatras de paperasses, de brouillons surchargés de notes illisibles, de prospectus où se devinent des références abrégées, des adresses, des noms, des numéros de téléphone désormais sibyllins...
Au verso d’un ticket de caisse du magasin "Champion Lille-Gambetta", en date du 15 mars dernier, une notule bibliographique : Bernard Guérin, Mémoire concernant le très curieux phénomène de disparition du bigorneau en baie de Somme au cours de l’année 1924, Cahiers de zoologie comparée, Lille, 2006. Sous un amas de volumes entassés à côté de l’Underwood "Standard Typewriter n° 5," le mince recueil des Notes d’enfance de Georges Perros (Calligrammes, 1979), acheté sans doute à la Vieille Bourse et oublié depuis. Le bouquiniste a indiqué au crayon à papier, sur la page de garde : "épuisé — 1 euro." En le feuilletant, je tombe sur cette réflexion que je pourrais faire mienne : "J’ai toujours été d’un naturel affable, anxieux d’être aimé, ce qui m’a valu pas mal de déboires." Je n'ai, hélas ! de Perros ni le talent, ni l'indulgence désabusée.

jeudi, 08 novembre 2007

Sic transit 4

Retour à nos pénates auvergnats après quelques jours en Lorraine et un bref passage à Lille. Partout, paysage rouille et or sous un ciel sale. Traversée du Tonnerrois, Vézelay, Clamecy. Panneaux indicateurs : Sacy, Breugnon… Souvenir de Jacques Lacarrière, de Rétif, de Romain Rolland — dont le nom n’est sans doute guère plus évocateur aujourd’hui, pour le visiteur de passage, que celui d’Auguste Grasset, qui a son musée à Varzy.

jeudi, 01 novembre 2007

Perché leggere i classici 3

Parce qu'on n'a plus de sous pour acheter les nouveautés. Et que les classiques sont tout de même, la plupart du temps, beaucoup moins décevants que les prétendus chefs-d'œuvre du jour.

mardi, 30 octobre 2007

Vacuum flowers

Le vain travail d’arpenter la blogosphère : on divague, on s’évague… Ici, trop de stupidités, d’affligeantes ordures ; là, trop d’intelligence aigrement exhibée, de cérébralité méprisante. On en revient étourdi, perplexe, vaguement déprimé, comme le "marinier" rapportant "pour tout tresor des harencs en lieu de lingots d'or". Que de temps perdu ! Et demain, nous recommencerons…

samedi, 27 octobre 2007

Météo 23

"Cinq jors avant la touzsains". Temps gris, froid. Les trépassés attendent-ils leurs chrysanthèmes comme les enfants les friandises de la Saint-Nicolas ?

vendredi, 26 octobre 2007

"Quel diable de langaige est cecy ?"

Plus que l’erreur grossière, faux-sens ou contresens, m’agace, dans un texte traduit, surtout lorsqu’elle est récurrente, l’incorrection due à une impardonnable méconnaissance de la langue cible — qui se trouve être, le plus souvent, la langue maternelle du traducteur. Ainsi (mais on pourrait multiplier les exemples) dans L’Homme chauve-souris, de Jo Nesbø, "rien moins" systématiquement employé pour "rien de moins". Cela vous gâche le plaisir de la lecture — car les polars de Nesbø sont d'une excellente tenue. Est-il plus difficile d’écrire un français correct que de comprendre le norvégien ?