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samedi, 21 juin 2008

Le bonheur des tristes

Lille. À l’épicerie dite naguère "des Jardins", un beau spécimen d’homo eremistus, la quarantaine violacée, s’inquiète de l’état de son crédit avant de déposer ses achats sur la banque : une bouteille de mousseux, une flasque de pseudo-cognac et des pommes de terre… en boîte. Il y a aussi des sucettes pour le mioche, collé à l’épave comme un rémora poisseux. Ces pommes de terre en conserve ont quelque chose d’obscène et de pathétique.

jeudi, 19 juin 2008

Festival de cannes

Aux caisses du supermarché, des flyers jaune bouton d’or informent le chaland qu’Amandine et Laurène, "monitrices des Majortwirls avec Abigaelle et Mathilde", organisent dans notre commune le "premier festival de Majorettes, avec la présence de plusieurs clubs et démonstrations de Twirling". Une fois de plus, je songe à cette cruelle remarque de R.C., à propos de "ces pauvres enfants, affublés […] d’un prénom qui ne dit rien d’autre, à leur sujet, que la médiocrité culturelle de leurs origines". Que confirme, ajouterai-je, le choix de leurs activités de loisir.

jeudi, 12 juin 2008

Petite anthologie portative 47

LA TERRE

Le mort
saisit le vif

et l'oiseau ferme la marche.

(Georges Bataille, poèmes retrouvés in L'Archangélique et autres poèmes. Préface de Bernard Noël, Poésie/Gallimard, 2008.)

Écorcheries

Bataille.jpgAchat, cette semaine à Lille, de divers livres, dont L’Archangélique et autres poèmes, récemment publié dans la collection "Poésie/Gallimard". Sans l’avoir prémédité, nous nous arrêtons, sur la route du retour, à Vézelay, où Bataille vécut quelques années, comme le rappelle une plaque apposée sur une façade, dans la rue qui monte vers la basilique.

Comme le temps est gris, un peu froid, et qu’il est encore tôt, les rues ne sont pas trop envahies par les touristes : un car de Teutons, des scolaires, qui font les andouilles sur l’esplanade du château, des "seniors", plus soucieux de trouver des latrines ou d’acheter des cartes postales que de s’imprégner de l’esprit des lieux… Boutiques sans surprises : artisanat, antiquités, bondieuseries kitsch, "produits du terroir". Cédant à l’aimable insistance d’un caviste, je goûte un peu de chardonnay, un fond de pinot noir. Rien d’exceptionnel, sinon le prix, exorbitant, eu égard à la qualité du piot. Comme j’en fais la remarque — non sans jouer de l’euphémisme et de la litote : le rouge n’est-il pas un peu… vif ? —, on me répond que, voyons, c’est du vin biologique et qu’il figure parmi les "coups de cœur" du Guide Hachette. Voilà bien le genre d’achilles que l’on sert aux gogos pas trop fauchés ! Ce n'est pas tout que d'être civil ; il faut être aussi raisonnable et ne pas écorcher les buveurs...

samedi, 07 juin 2008

Sans nos sabots

Nous partons pour la Lorraine, d'où nous gagnerons Lille. Histoire de changer un peu de pluie.

vendredi, 06 juin 2008

Cacographes et clabauds

Note ambiguë de Pierre Assouline sur Renaud Camus, article réprobateur sur Richard Millet, décidément, au Monde, on n’aime guère les derniers écrivains qui sachent encore écrire. Que la journaliste bien-pensante qui feint se scandaliser des propos de Millet invoque les réactions outragées de Littell et d’Annie Ernaux, grands stylistes comme on sait, est d’ailleurs assez révélateur des mobiles véritables du haro.

jeudi, 05 juin 2008

Confucéisme

à la radio, l’autre jour, un délégué syndical de l’usine Bosch de Beauvais, après s’être déclaré opposé à une solution conduisant à "une pérennité à court terme", exprimait son scepticisme — "vu comment que le vote s'est déroulé" — quant à l’issue des négociations en cours : "La direction de Bosch, ils vont pas se lancer comme ça, tête-bêche."
Scepticisme qu’on peut croire fondé : "Si le langage n’est pas adéquat, les choses ne peuvent être menées à bien", disait Confucius. En chinois, naturellement.

samedi, 31 mai 2008

Une petite fille blonde dans un imperméable bleu foncé

Pluie d’orage. Tango de Copenhague. Quelques pages de Carus. À première lecture, on comprend mal que quignard, en dépit de l’insuccès d’une première édition, ait tenu, quelque dix ans plus tard, à reprendre pour une nouvelle publication ce livre moins déconcertant qu’imparfait, baroque — au sens ancien du mot —, tout juste bon à susciter la curiosité qu’on réserve aux juvenilia. Bavardage, préciosités d’expression à la limite du ridicule, contorsions rhétoriques — oh ! ces chapelets scabreux de complétives orphelines préférées à la fluence du discours indirect libre ! —, personnages plats, aussi insignifiants que leurs propos… tout cela est de nature à décourager le lecteur impatient. Et pourtant : relisons le texte qu’un feuillettement préalable aura vanné de sa balle et de ses bourriers. On s’avise alors que c’est, sinon du meilleur, du moins, déjà, du très bon Quignard, avec ses hantises, ses prurits métaphysiques, ses délicates épiphanies, ses succulents prosaïsmes, sa manière

"Je vis une petite fille blonde dans un imperméable bleu foncé. Elle était debout sur le seuil de la porte cochère. Ses yeux étaient fermés, le buste oscillant de droite à gauche, elle tenait dans ses mains une poupée sale, au visage effacé, aux cheveux paraissant immenses, ils tombaient à terre."

La pluie a cessé. Tango Orkestret joue "Miloncólico". Je bois, avant le dîner, un peu de bonnezeaux 1986.

Lux obtenebrescet...

D.A. nous a quittés.

De certains, on dit justement qu’ils s’éteignent. Avec eux, c’est un peu de lumière qui s’en va. Les ilotes aux yeux sillés marmonnent dans les ténèbres.

samedi, 24 mai 2008

Le goût des autres 2

"Céline Dion a été faite chevalier de la Légion d’honneur par le président Nicolas Sarkozy, jeudi, lors d’une cérémonie à l’Elysée en présence de la famille de la chanteuse au grand complet.
Avant d’être président de la République, j’ai fait deux, trois trucs, dont aller vous écouter, a […] lancé le président à la chanteuse." (Libération du 22 mai)
Écouter Céline Dion, c’est tout de même moins ringard que de lire La Princesse de Clèves.