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dimanche, 23 mars 2008

Jour des grans Pasques

Les forsythias ploient sous la neige, les merles piètent frileusement aux abords des maisons. Peu de monde par les rues. Je lis à la billebaude quelques pages de Jim Harrison avant d’aller acheter le pain.

"Late in the morning Jesus ate his second breakfast, walked out at five years, drove his first nail into a tree."

vendredi, 14 mars 2008

Départementales

Retour de Lille par le Tonnerrois et le Morvan. Départementales étroites, bois et prairies, villages à peu près déserts. Ellébores et coucous sur les talus. Nous traversons le petit vignoble de Tannay. C’est ici le pays de Jules Renard :
"Tannay, vieille ville de vignerons. Des caves magnifiques et mystérieuses, de vieilles maisons avec des fenêtres en ogive, et une rue qui ouvre sur un horizon de toute beauté. Des rues bien lavées par les pluies qui dégringolent. Ils récoltent leur vin et le boivent eux-mêmes. Quinze feuillettes par an ne font pas peur à un honnête père de famille." (Journal, juillet 1907)
Aujourd’hui, on vend au touriste le melon ou le chardonnay six ou sept euros la bouteille.

vendredi, 29 février 2008

Francis

Tu aurais aimé ce trait d’humour noir : tu figures en bonne place dans la liste des destinataires du mail qui fait part de ta mort brutale. Pour le cas où tu n’en aurais pas été informé, sans doute…
J’espère que tu es parti tranquillement dans ton sommeil, après une dernière gauloise, un dernier verre de rosé.
Nous n’irons plus à la maison du canal. Nous ne lirons jamais cette édition de Court de Gébelin que tu nous avais promise. Nous ne t’entendrons plus vitupérer le peuple nombreux des imbéciles…
C’est une immense tristesse.
En ce moment même, j’écoute le finale magnifique et apaisé de la Pax questuosa d’Udo Zimmermann : Dona nobis pacem.
J'espère que tu te tiendras bien, là-haut, chez les anges.
Adieu, Francis.

mardi, 19 février 2008

Pauvre Blaise

Avant-hier, déjeuner "convivial" organisé par une confrérie locale. À la table voisine, un couple de benêts venus pour l’occasion, me dit-on, de Broût-Vernet, dans l’Allier.
"Ah ! vous devez connaître alors le lieu-dit Vigenère ou Viginère ?"
Non, ils ne connaissent pas. J’ai l’impression qu’ils me croient un peu dérangé. J’essaie de m’expliquer : "Vous savez bien, il y a à Saint-Pourçain un lycée Blaise-de-Vigenère… "
Non, ils ne savent pas. Décidément, c’est trop compliqué. Si je leur dis que je cherche à localiser le hameau qui a sans doute donné son nom à un kabbaliste chrétien de la Renaissance, ils seront cette fois persuadés d’avoir affaire à un authentique fêlé. Je hausse les épaules et retourne à mon coq au vin.

vendredi, 15 février 2008

Choses vues

79c589d9b6d6d1094244486f96be0e75.jpgCette semaine, au hasard des routes et des rues :

— Entre Moulins et Nevers, la petite église romane de Mars-sur-Allier. Tympan sculpté, admirable de grâce gauche et naïve. Le Christ, dans sa mandorle, repose la main qui ne bénit pas sur un cube marqué de cinq points. Curieux dé géant qui renvoie peut-être au symbolisme quinaire tel que l’expose Hildegarde de Bingen.
— Un peu plus loin dans la campagne, par groupes ou par couples, des grues cendrées, arpentant les éteules proches de la rivière.
— Champagne et Picardie. Autoroute. Colonnes de fumées blanches dans les lointains. Bouffées d’odeurs indéfinissables, miasmes, remugles de fermentations végétales, de purin de cochon.
— À Wazemmes, à l’entrée d’une courée, un chat mâchuré furète fébrilement dans les immondices tombées des poubelles, au-dessus desquelles on lit DÉFENSE D’URINER, en lettres bancales à la peinture blanche.

Agenda

Il  a des années que j’ai renoncé à faire usage d’un agenda. Étant naturellement étourdi et insoucieux des choses que la plupart des gens sérieux jugent importantes — c’est-à-dire ennuyeuses —, j’oublie donc régulièrement réunions, échéances et rendez-vous, et passe aux yeux du monde — frivole satisfaction — pour un jean-foutre ou un jeannot.

lundi, 11 février 2008

Prudhommerie

Entendu ce matin à la radio, ce bel aphorisme politique du fils de notre président : "Les militants, si on va dans le mur, ils nous demandent de bien regarder la trajectoire." Pour le commentateur, il s’agit là d’une formule digne de M. Raffarin. La raffarinade s’est substituée, dans l’usage courant, à la prudhommerie. Les mots changent, la niaiserie sentencieuse demeure.

dimanche, 10 février 2008

Les plaisirs du dimanche 5

Petits bonheurs dominicaux :
Quelques pages de l’admirable prose de Jarry — styliste hors pair et toujours trop méconnu : "… sa respiration, à travers ses dents serrées, avait le même bruit d’imperceptible bouillonnement que font les crabes, ces bêtes qui fredonnent peut-être ce qu’ils essayent de se rappeler des sirènes" ;
L’air "Je ne vous quitte point sans répandre de larmes" de l’Œdipe à Colone d’Antonio Sacchini ;
Un verre de sauvignon de Saint-Bris à simple température de cave...

Mère des gens sans inquiétude 2

Dans un récent "supplément télé" du Nouvel Observateur, Jean-Claude Guillebaud consacrait sa chronique à "l'accoutumance à l'idiotie", dénonçant la "bêtise primesautière" de la garrulitas radiophonique et, plus généralement, "l'indulgence globale dont bénéficie la sottise". Éloquente illustration de cette banalisation ostentatoire de la stupidité, l'enquête du Figaro Madame intitulée "J'ai testé cinq plans drague", où l'on évalue l'efficacité du cook dating, du speed dating ou encore du face book. On s'imagine ce que doit être la conversation de la tête à claques capable de néologiser de telles âneries.

vendredi, 08 février 2008

Petite anthologie portative 46

ON VOIT LES CHIENS

 

On voit les chiens tirant leurs maîtres vers mourir
suivant les voies impénétrables de l’odeur
ou les freinant — selon — pour obéir
aux manigances incalculables du regret

Nous marchons retournés comme chez Dante les pleureurs
mais au lieu d’arroser nos fesses avec nos larmes
c’est nos chiens qu’on trempe de repentirs
pendant que les clébards eux compissent le chemin
où notre temps se ralentit se précipite

(Ludovic Janvier, La Mer à boire, Poésie/Gallimard, 2006)