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lundi, 11 février 2008

Prudhommerie

Entendu ce matin à la radio, ce bel aphorisme politique du fils de notre président : "Les militants, si on va dans le mur, ils nous demandent de bien regarder la trajectoire." Pour le commentateur, il s’agit là d’une formule digne de M. Raffarin. La raffarinade s’est substituée, dans l’usage courant, à la prudhommerie. Les mots changent, la niaiserie sentencieuse demeure.

dimanche, 10 février 2008

Les plaisirs du dimanche 5

Petits bonheurs dominicaux :
Quelques pages de l’admirable prose de Jarry — styliste hors pair et toujours trop méconnu : "… sa respiration, à travers ses dents serrées, avait le même bruit d’imperceptible bouillonnement que font les crabes, ces bêtes qui fredonnent peut-être ce qu’ils essayent de se rappeler des sirènes" ;
L’air "Je ne vous quitte point sans répandre de larmes" de l’Œdipe à Colone d’Antonio Sacchini ;
Un verre de sauvignon de Saint-Bris à simple température de cave...

Mère des gens sans inquiétude 2

Dans un récent "supplément télé" du Nouvel Observateur, Jean-Claude Guillebaud consacrait sa chronique à "l'accoutumance à l'idiotie", dénonçant la "bêtise primesautière" de la garrulitas radiophonique et, plus généralement, "l'indulgence globale dont bénéficie la sottise". Éloquente illustration de cette banalisation ostentatoire de la stupidité, l'enquête du Figaro Madame intitulée "J'ai testé cinq plans drague", où l'on évalue l'efficacité du cook dating, du speed dating ou encore du face book. On s'imagine ce que doit être la conversation de la tête à claques capable de néologiser de telles âneries.

vendredi, 08 février 2008

Petite anthologie portative 46

ON VOIT LES CHIENS

 

On voit les chiens tirant leurs maîtres vers mourir
suivant les voies impénétrables de l’odeur
ou les freinant — selon — pour obéir
aux manigances incalculables du regret

Nous marchons retournés comme chez Dante les pleureurs
mais au lieu d’arroser nos fesses avec nos larmes
c’est nos chiens qu’on trempe de repentirs
pendant que les clébards eux compissent le chemin
où notre temps se ralentit se précipite

(Ludovic Janvier, La Mer à boire, Poésie/Gallimard, 2006)

 

 

jeudi, 07 février 2008

Colours 3

Retour vers l’Auvergne par les routes buissonnières. La journée s’annonce belle. Soleil orange, bouffi ; moutonnements de nuages gris-mauve. Traversée cotonneuse de la Picardie encore endormie dans ses brouillards. Il faut arriver aux abords de Troyes pour retrouver un ciel dégagé, étonnamment pur et transparent, d’un bleu printanier. Dans les vignes d’Épineuil et du Chablisien s’élèvent les fumées blanches de feux de sarments. Nous achetons à Saint-Bris-le-Vineux quelques bouteilles de sauvignon, de pinot et de césar. Dînette sur les hauteurs de Coulanges. Cerisiers nus, noirs, rabougris. Dans l’après-midi, c’est le bocage bourbonnais, le pays d’Étienne Bertin. Franchesse, Limoise, villages de carte postale. La lessive claque mollement dans le vent tiède, un gros chat roux traverse la place déserte…

vendredi, 01 février 2008

Le sens de la formule 5

Si l'on en croit Alexandre Dumas, le jeune Grimod de La Reynière, digne fils de son père, avait un jour fait mettre en broche sept dindes, pour n'en garder que les sot-l'y-laisse. Ainsi, de certains livres, ne retiendrons-nous que telle phrase, formule définitive ou pensée d'almanach, qui paraît n'avoir été écrite que pour être citée. Deux beaux échantillons, épinglés ces derniers jours : "Nous vivons comme nous rêvons — seuls..." (Joseph Conrad) ; "La vie consiste peut-être à échanger des espoirs contre des souvenirs." (William T.Vollmann)

jeudi, 24 janvier 2008

Presque sur le même sujet

Lille — Au "Bateau-Livres", rue Gambetta, achat de prose et de vers pour la semaine : William T. Vollmann, Les Fusils - Alberto Manguel, Chez Borges - Åke Edwardson, Danse avec l’ange - Ludovic Janvier, La Mer à boire. Pendant que je feuillette quelques volumes pris au hasard et que j’hésite devant les rayons, entre un client pittoresque, genre autodidacte dérangé, qui s’étonne que la disposition du magasin ait changé depuis sa dernière visite. C’est un habitué : il vient, dit-il, "une fois par an". Il furète et soliloque, demande La Tour d’Ezra. La libraire fait épeler, consulte sa base de données : "C’est épuisé, monsieur." Sans doute ne lit-on plus guère Koestler. Pas plus que Knittel ou Kazantzaki… Il est probable que la plupart des auteurs figurant aujourd’hui dans les listes de "meilleures ventes" connaîtront, à plus ou moins brève échéance, un sort comparable. Leurs noms, comme les titres de leurs livres oubliés, ne survivront plus que dans la mémoire vacillante d’une poignée de lecteurs nostalgiques et sénescents.

mercredi, 23 janvier 2008

Littérature underground

Dans le métro — Mon voisin — gros velours et remugle de gauloise — se plonge dans la lecture d’un livre de poche dépenaillé dont  je n’ai pu voir la couverture. La tranche, d’un rouge de sang frais, contraste étrangement avec le jaune sale des pages à demi détachées. Typographie un peu grasse et serrée, caractères minuscules. Je n’ose pas me lunetter pour tenter de déchiffrer le titre courant et satisfaire ma curiosité. Un livre de poche à tranche rouge : je pense à ces auteurs à peu près oubliés qu’on lisait dans les années soixante, aux romans interdits qui occupaient les mornes études du dimanche, à l’Aphrodite de Pierre Louÿs qui m’avait été confisquée en cours de musique… Même les livres dont on ne sait rien peuvent nous faire rêver.

mardi, 22 janvier 2008

Humeur de chat

Retour à Lille sous la pluie. Circulation tranquillement démente de fin d'après-midi. Rue de Bapaume, je crois reconnaître Filou, qui trottine en toute hâte sur le trottoir mouillé. Oreille basse, tête butée, l'air d'un gros minet échappé de quelque dessin animé où il aurait subi tous les sévices et les avanies qu'on y réserve habituellement aux chats.

jeudi, 17 janvier 2008

"La crope large et les nages grosses"

Polémique sans grand intérêt autour de la couverture d’un récent numéro du Nouvel Observateur, où s’exhibent en noir et blanc les gibbosités fessières d’une Simone de beauvoir déjà mûre. Michel Polac a déjà dit — c’était il y a plus d’un an de cela dans Charlie Hebdo — tout ce qu’il y a à dire là-dessus, à propos d’un livre qui venait de paraître, "une sale biographie à l’américaine où l’on renifle les taches sur les draps des hôtels de passe" : "Qu’est-ce qu’on a à foutre des fesses de Simone ?"