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samedi, 25 août 2007

Principe de précaution

Vaguement enchifrené, je consulte la notice d’un médicament pour pulvérisations nasales (indications : "nez bouché", "rhume de l’adulte"). La liste de possibles "effets non souhaités et gênants" (formulation à l'évidence euphémique) ne laisse pas de m’inquiéter :

"Effets locaux : Saignements de nez, irritation de la gorge, sensations de brûlure nasale, d’éternuements, de sécheresse de la muqueuse du nez ; manifestations allergiques locales, troubles du goût et de l’odorat, candidose nasale.
Effets généraux : Maux de tête ; palpitations, poussée d’hypertension artérielle, sueurs, troubles du comportement, nausées, vomissements ; crise de glaucome aigu.
Peuvent également survenir : troubles urinaires, sécheresse de la bouche, convulsions, hallucinations, agitation, anxiété, insomnie. Exceptionnellement : accidents vasculaires cérébraux, risque de gêne respiratoire…"

Tout compte fait, je crois que je vais garder mon rhume.

Ton corps est à toi

Déniché avant l’été au marché de Wazemmes, sur l’étal d’un bouquiniste, puis oublié dans un coin : Ton corps est à toi, de Victor Margueritte (Paris, Flammarion, Select-Collection, 1947). J’aurais sans doute oublié définitivement, parmi d’autres volumes dépenaillés jetés au fond d’un placard, ce roman que je ne lirai jamais, si je n’avais entendu à la radio une "auditrice en ligne" — "enseignante, professeure des écoles", précisait-elle — déclarer employer à peu près la même formule pour mettre en garde ses petits élèves contre toute velléité de caresses de la part d’un adulte. Révulsée, la dame, à l’idée qu’on puisse seulement oser passer la main dans les cheveux d’un bambin... Le moins paradoxal, en apparence, n’est pas que ces nouveaux puritains soient les premiers à s’insurger dès qu’il est question d’enfermer les délinquants sexuels ou de les contraindre à un traitement. Mais au fond, cela procède de la même pétition de principe : leur corps leur appartient.

vendredi, 24 août 2007

Petite anthologie portative 40

Le corps cassé
toujours vivant
je traverse l'été

 

(Sumitaku Kenshin, in Anthologie du poème court japonais, Poésie/Gallimard, 2002)

Inter artes et naturam

Pancartes au bord des départementales, à l’entrée des villages perdus au fin fond de nos campagnes : vide-greniers, marchés de pays, fêtes patronales, journées médiévales, battages à l’ancienne, expositions artistiques, salons du livre… Ce ne sont que manifestations festives et culturelles, où tout se confond dans la même vulgarité désœuvrée, la médiocrité, l’ennui tapageur. Indifférence et indifférenciation. Le même public hante les barbecues géants, les concours de pétanque ou les "enduro-carpe", applaudit le "sosie de Patrick Bruel", admire les plats d’épinards des peintres du dimanche, se fait dédicacer les mémoires de Raymond Poulidor. C’est le goût des autres, et vous finissez par y venir : ce n’est pas forcément pire que ce que vous offrent les rubriques spectacles ou sorties des magazines à prétentions intellectuelles.

lundi, 20 août 2007

Mauvais caractères

"On peut remarquer […] que d’une manière générale la tendance est à un net excès de majuscules." (Renaud Camus, "Majuscules, minuscules" in Répertoire des délicatesses du français contemporain, P.O.L., 2000, p. 268)
"Changements dans la langue. Il y a longtemps déjà que le français semble avoir renoncé à l’emploi des majuscules." (Jean Clair, op. cit. supra, p. 47)
Cette divergence d'appréciation donne à penser que les règles d'usage sont assez flottantes pour qu'on n'aille pas voir dans l'omission ou l'adjonction superflue d'une majuscule le symptôme d'une irrémédiable dégradation de la langue écrite.

dimanche, 19 août 2007

Grande paresse

Il fait un temps à ne rien faire. Il m’a suffi d’écouter la radio quelques minutes ce matin pour être d’une humeur de chien : pas une phrase d’interview, pas un truisme, pas une pauvreté qui ne soit ponctuée d’un "donc… euh" (peut-être faudrait il remettre en usage l’ancienne graphie donques) ou d’un "c’est vrai que..." Il en faut peu, je l'admets, pour m'irriter. Cet après-midi, je termine, pour rester dans la maussaderie, la lecture du Journal atrabilaire de Jean Clair (Gallimard, "L’un et l’autre", 2006). Effet homéopathique, sans doute, j’en sors réconforté de voir qu’il y a encore, comme le chantait Brassens, "du monde, et du beau monde, sur terre". J’aimerais pouvoir reprendre à mon compte la dernière note, figurant également en épigraphe sur le rabat de la première de couverture : "Justification, peut-être, de ce journal, cette réflexion de Julien Green : Le secret, c’est d’écrire n’importe quoi, parce que lorsqu’on écrit n’importe quoi, on commence à dire les choses les plus importantes."
Nul doute que les récriminations et les dégoûts de Jean Clair — mais aussi ses rares attendrissements — ne touchent à l’essentiel "en ce temps de grande paresse" — citation d’un autre chanteur bien oublié.

vendredi, 17 août 2007

" À la honte aguerris, ces forbans littéraires..."

L’estivation — "sorte d’engourdissement qui s’empare de certains animaux pendant un certain nombre de jours de la saison la plus chaude" — "s’observe, nous dit Littré, chez certains serpents, chez des crocodiles et chez des poissons qui s’enfoncent dans la vase". Sans doute les postiers ne s’enfoncent-ils pas dans la vase, mais leur activité, au mois d’août, se ralentit considérablement. Peu de courrier dans ma boîte aux lettres, donc. En revanche beaucoup de publicités, et plus spécialement pour les fournitures de rentrée des classes : il n’est jamais trop tôt pour songer à l’achat du taille-crayon, de la gomme ou des indispensables "feutres fluo". Dans les magazines aussi, on prépare la rentrée : la rentrée littéraire, par exemple, dans le Nouvel Observateur de cette semaine. Et là, ça sent davantage encore l’arnaque que dans les grandes surfaces. Tous les imposteurs sont déjà au rendez-vous, auteurs et critiques, prêts à fourguer leur camelote ; prêts, ceux-ci, à vanter les mérites de leurs chouchous, ceux-là à exécuter leur petit numéro de clowns musicaux. Plus de sept cents romans annoncés. Qu’en restera-t-il dans un an, dans dix ans… ? La liste des auteurs, où ne manque aucun des pitres à la mode, constitue en elle-même — et c'est son seul intérêt — une réponse assez explicite à la question-titre de Calvino : Pourquoi lire les classiques ?

mercredi, 15 août 2007

Théologie et aérostatique

"Après avoir adressé, le 1er mai 1946, à tous les évêques du monde une lettre officielle demandant si l’assomption corporelle de Marie dans le ciel pouvait être définie comme dogme et s’ils désiraient cette définition avec leur clergé et leur peuple, devant la réponse affirmative de presque tous les évêques, le pape Pie XII proclama le 1er novembre 1950, par la constitution apostolique Munificentissimus Deus, comme dogme révélé par Dieu, que l’Immaculée Mère de Dieu a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste." (Louis Ott, Précis de théologie dogmatique, Mulhouse, Salvator, 1955, p. 298)
Avant cette mise au point, les théologiens faisaient preuve de la plus grande circonspection : "L’assomption corporelle de la Vierge, lit-on dans le dictionnaire de théologie de l’abbé Bergier, n’est point un article de foi, puisque l’Église ne l’a pas décidé, et que plusieurs anciens et modernes en ont douté." (Édition de 1852, Paris, Louis Vivès, p. 160)

On trouve, dans le dictionnaire critique de l’abbé Féraud, cette intéressante précision : "On dit l’Ascension de Notre Seigneur parce qu’il monta et s’éleva lui-même, et l’Assomption de la sainte Vierge parce qu’elle fut enlevée dans le Ciel."

lundi, 13 août 2007

Franska

Les pattes ! Qu'a-t-on fait des pattes ?

dimanche, 12 août 2007

Le sens de la formule 3

Il y a des mots aussi profondément lucides et tranquillement désabusés, dans leur spontanéité, que les aphorismes des moralistes les plus sombres. Ainsi cette remarque de Saint-Exupéry rapportée par Léon Werth :
"Ce restaurant du Bois, où nous dînions ensemble, l'an dernier. Comment en vînmes-nous à tenter de porter un jugement sur quelques-uns des hommes qui conduisaient alors la France, autrement dit : des ministres ? Nous leurs prêtions des projets, un dessein. Et soudain Tonio murmura : "Je crois que nous faisons de l'anthropomorphisme..." Un mot, un "mot d'esprit", comme on en faisait jadis, mais moins serré, plus libre." (Déposition, 15 octobre 1940 — cf. note supra)
Fait-on encore, aujourd'hui, de tels "mots" ? Pas sûr. Mais de l'anthropomorphisme à propos des politiques, oui, assurément.