Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 06 août 2009

Incipit 4

"Couchée sur la poitrine, les coudes en avant, les jambes écartées et la joue dans la main, elle piquait de petits trous symétriques dans un oreiller de lin vert, avec une longue épingle d'or." (Pierre Louÿs, Aphrodite)
Adolescents, faute de plus violentes épices, nous nous régalions de ces antiquailleries vaguement érotiques, qui circulaient à l'étude  du soir. Pour m'être fait surprendre à lire Aphrodite durant le cours de musique, alors que j'étais en classe de troisième, j'eus longtemps à souffrir les sarcasmes des professeurs et du surveillant général. Le livre, naturellement, m'avait été confisqué et ne me fut jamais rendu. J'ai lu depuis bien d'autres textes de Pierre Louÿs, et de plus crus, qui eussent horrifié le chaste laideron qui tentait de nous enseigner le solfège. De plus poignants, aussi — comme les classiques alexandrins du Pervigilium mortis — qui disent assez la complexité du personnage, pornographe érudit et tragique, injustement catalogué libertin fin-de-siècle, décadent genre Lorrain ou Montesquiou.

jeudi, 16 juillet 2009

Congés annuels 2

Cédant à l'insistance familiale, je me résous à partir m'ennuyer à grand frais durant une quinzaine de jours dans un de ces coins "imbéciles où jamais il ne pleut"... Reprise sporadique du blog prévue pour la première semaine d'août.

lundi, 06 juillet 2009

Petites perambulations hexagonales

Mardi, vendredi — Morvan, Bazois, Tonnerrois... Départementales désertes, si étroites qu'on redoute de croiser quelque attelage agricole qui nous expédierait au fossé. Au bord de la route, merisiers chargés de petits fruits noirs qui tachent les doigts et les lèvres, et que personne ne daigne cueillir. Pique-nique au bord de la rivière à Noyers-sur-Serein, où tout un peuple d'hirondelles niche sous les encorbellements des vieilles demeures, virevolte, gazouille, souille le pavé de fientes blanchâtres. Touristes, déjà. Une petite femme pincée feint s'intéresser aux vitrines pendant que le roquet qu'elle traîne en laisse crotte laborieusement au bord du trottoir. Lormes : du cimetière qui domine le bourg, le regard porte jusqu'à Vézelay. Peu sensibles sans doute à la poésie du lieu, des visiteurs ont laissé, dans une chapelle funéraire saccagée, bouteilles vides, étrons et aniterges. Porcs, adeptes du crapping sauvage. On pense à Dutronc, chantant, il y a quelques années de cela, "Merde in France"...

Samedi, dimanche — Landes, Chalosse, Béarn... Campagnes vertes et grasses, vaguement assoupies dans la paix d'un week-end estival. Dîner un peu décevant à Amou : la cuisine est toujours plus belle dans le souvenir qu'on en garde. La tendreté des aiguillettes de canard, l'aimable vin du pays et le bouquet du vieil armagnac ne suffisent pas à faire oublier la triste banalité de la terrine ni l'amertume bourbeuse d'un café abject. Hideur des environs de Mont-de-Marsan : chantiers, friches, entrepôts, no man's lands industriels alternent avec des arpents de forêt dévastés par les dernières tempêtes, dont il ne reste que chicots et chablis. Il faut s'éloigner des zones urbaines pour retrouver, plus au nord, la beauté des vignobles et des vergers, les villages et l'ombre rose des grands albizias.

samedi, 27 juin 2009

Sic transit 5

Lille. Sur l'éventaire d'un bouquiniste de la Vieille Bourse, une pile de romans publiés aux éditions de la Nouvelle Revue française autour de 1925. Beaux volumes à peine jaunis : le papier a mieux résisté au temps que l'improbable succès d'auteurs dont les noms semblent empruntés à une liste façon Modiano : Guy Velleroy, Jean Goudal, Bernard Barbey, Henri Deberly, Jacques Massoulier, Jacques Boulenger, Lucien Fabre, Émile Zavie, Jean Fayard, Pierre Humbourg... Cela sonne comme un dénombrement obituaire.

dimanche, 14 juin 2009

"Et requievit die septimo"

Toute la semaine, travaux rustiques et domestiques : tondre et tailler, repeindre les bancs de jardin dont le vert s'écaille et tourne au grisâtre, curer les regards où se sont accumulés, au fil du temps et des pluies, des sédiments humiques, une bourbe noire au remugle fade, dans laquelle grouillent faiblement quelques lombrics blafards...
Le dimanche, déjeuner dans la vallée de la Sioule — tête de veau et friture. Il règne, dans la salle bondée, une chaleur étouffante. Au-dehors, l'orage menace et l'on a du mal à trouver un peu de fraîcheur sous le tilleul de la place ou dans l'église minuscule. De l'autre côté de la rivière, on aperçoit, à mi-hauteur de la paroi rocheuse verticale et boisée, inaccessible dans sa niche de pierre, une vierge toute blanche.

mercredi, 10 juin 2009

Petite anthologie portative 52

NÉNIES POUR L'AMOUR

Dans ce con poilu
sur le mur de la vespasienne
qui pourrait retrouver
les chansons et les larmes
les orages du plaisir
et les mille et une nuits
au cours desquelles le genre humain
telle une phosphorescence de la mer
se consuma
se conserva
s'oublia

De ceux qui furent engendrés
de ceux qui ne l'ont pas été
rien ne témoigne ici
que ce con poilu
graffiti
sur le mur calciné de la vespasienne

Hans Magnus Enzensberger ("Écriture Braille" in Mausolée précédé de Défense des loups et autres poésies, trad. Maurice Regnaut et Roger Pillaudin, Poésie/Gallimard, 2007)

mercredi, 03 juin 2009

Égotisme et flatulences

Parcouru cette semaine, sans enthousiasme, les Journaux de Stephen Spender, dont je n'avais à peu près rien lu, à l'exception d'un mince recueil de poèmes, acheté en solde dans une collection bilingue et rapidement oublié. L'homme, tout occupé de soi et apparemment  friand de mondanités, m'est assez vite antipathique. Il note laconiquement la mort de Faulkner, mais consacre tout un paragraphe à un pet lâché en sortant du concert ou aux coliques qui le saisissent au moment de prononcer une conférence.

vendredi, 29 mai 2009

Météo 28

La première des dix règles d'écriture d'Elmore Leonard (livre-catalogue offert pour l'achat de deux volumes de la collection Rivages/Noir) : "Ne commencez jamais un livre en parlant de la météo."
Contre-exemples de poids : Bouvard et Pécuchet ou L'Homme sans qualités. Preuve, s'il en fallait, que les grands écrivains se moquent des règles et des recettes ; celles-ci ne sont bonnes qu'aux "ateliers d'écriture", qui n'ont jamais, pour autant que l'on sache, produit de chefs-d'œuvre !

dimanche, 24 mai 2009

"Je vous le tranche ?"

Parmi les multiples détails de la vie quotidienne qui m'exaspèrent, la question rituelle de la boulangère au chaland qui demande un pain un peu volumineux, tourte ou miche de campagne : "Je vous le tranche ?" Mon grand-père usait d'une formule proverbiale pour dire que celui qui ne savait pas couper son pain était à l'évidence incapable de le gagner. Il faut croire que c'est aujourd'hui le cas d'un nombre croissant d'individus...

Docte ignorance et progrès de l'exégèse

"Les commentateurs de Rabelais, les plus ingénieux comme les plus savants, n'ont rien compris au chapitre VII du livre II intitulé Comment Pantagruel vint à Paris, et des beaulx livres de la librairie de Saint-Victor. J'ai prouvé dans les notes de mes deux éditions des œuvres de Rabelais, que je ne comprenais pas mieux que mes devanciers les mystères horrificques de bibliographie et d'histoire littéraire, que renferme ce curieux chapitre."

(Paul Lacroix, Catalogue de l'abbaye de Saint-Victor au seizième siècle. Rédigé par François Rabelais, commenté par le Bibliophile Jacob, Paris, J. Techener, 1862)