Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 23 décembre 2009

"Tel est devenu fat à force de lecture Qui n'eût été que sot en suivant la nature"

Ils ont tout lu. Ils sautent d'Amélie Nothomb à Guido Ceronetti, d'António Lobo Antunes à Charles Dantzig. Ils écrivent sans sourciller : "Valéry Larbaud"...

dimanche, 20 décembre 2009

Lectures, relectures

Avec le temps, j'ai acquis cette faculté de supporter les conversations ineptes sans les entendre — me contentant d'opiner de temps à autre d'un grognement peu compromettant — et d'oublier, sitôt lus, les livres médiocres. Qu'est-ce qu'un livre médiocre ? Un livre oubliable, justement, et dont on sait, avant même de l'avoir refermé, qu'on ne le relira jamais.
Il y a, en revanche, des livres "que l'on oublie difficilement" (je ne parle pas des "classiques", ces livres qu'on ne cesse de relire, qu'on relit moins d'ailleurs par goût, par élection, que par nécessité : parce qu'ils nous sont aussi indispensables que l'air et le pain — ou parce qu'ils sont autant de schibboleth qui nous préservent de l'éviction de la tribu). Parmi ceux-là, je mettrai, à côté du Bonheur des tristes, de Luc Dietrich, les romans et les nouvelles de Kenzaburô Ôé, ces textes qui vous laissent dans l'âme quelque chose d'amer et de poisseux. Je relis Dites-nous comment survivre à notre folie et je retrouve, intacte, cette sensation de malaise indéfinissable, déjà éprouvée lors de précédentes lectures. La notion de plaisir du texte, ici, n'a plus aucun sens.
Chez Quignard, dont je feuillette parallèlement La Nuit sexuelle, le plaisir du texte est bien présent — jusque dans les tics, les redites, les afféteries stylistiques ou l'opacité du propos — et le charme opère, comme toujours. Le charme ou "l'alchimie" : Ad obscurum per obscurius. Quignard n'est pas sorti de sa nuit, où le lecteur se perd à son tour, fasciné par cette scrutation obstinée du "jadis", des ténèbres premières, miroir obscur du néant auquel nous sommes promis. C'est le regard de Persée affrontant le reflet de la Gorgone dans le bouclier. Le livre est superbe. L'édition de poche, privée de nombreuses reproductions, n'en restitue, hélas ! que bien pauvrement les beautés.

vendredi, 18 décembre 2009

Neige 2

"La neige bouche le petit chemin.
Vieil ami, je ne puis vous retrouver..."
(Wang Wei)

Il n'était pas rare que Vialatte commençât ses chroniques par quelques considérations météorologiques. C'est qu'il avait compris toute l'importance, pour l'homme, du temps qu'il fait et, corollairement, entrevu les désordres qui résulteraient de la disparition de celui-ci. Il note avec inquiétude, dans une de ses chroniques de La Montagne — en date du 9 mars 1969 : "Il ne fait pas de temps." Constat qui nous plonge dans l'angoisse, car, si l'absence de temps qui passe c'est — tous les théologiens vous le diront — l'éternité, l'absence de temps qu'il fait c'est le marasme, le chaos...
Donc, il neige. En décembre. Voilà qui est rassurant : il y a encore des saisons. Nous ne connaîtrons pas le chaos ; seulement une joyeuse pagaille dans les rues et sur nos routes.

jeudi, 17 décembre 2009

Légèrement agacé

Les zélateurs du politiquement correct, les ardélions de la bien-pensance, toujours prêts à déposer un peu partout leurs commentaires et leurs cacographies, m'inspirent autant de sympathie qu'un essaim de mouches à merde.

lundi, 14 décembre 2009

Incipit de circonstance

"Pendant que le monde célèbre dans le bruit, tout autour de moi, des fêtes de rien, j'attends je ne sais quoi, je ne sais qui, le rhume au nez et le froid aux trousses." (Sylvain Trudel, "La mer de la Tranquillité". Nouvelle éponyme du recueil publié aux éditions Les Allusifs — Québec, 2006)

mercredi, 09 décembre 2009

Remembrances du vieillard idiot 6

C'était à la fin des années 60. Mon meilleur ami, qui travaillait en usine, possédait une impressionnante collection de disques. Nous écoutions Otis Redding, Wilson Pickett, Sonny Terry et Brownie McGhee, Lou Rawls, Coltrane ou Dizzy Gillespie. Il conduisait — trop vite —une Panhard PL 17 couleur tango. Nous aimions les buvettes des petits bals de campagne et "Jazz dans la nuit"... Je n'entends jamais "Take five" sans nostalgie.

Cotinus coggygria

Une feuille séchée s'échappe d'entre les pages d'un livre. C'est une feuille d'arbre à perruques, d'un beau rouge éteint, finement nervurée de brun. Posée sur la couverture glacée, très blanche, d'un recueil de Sinisgalli, elle se confond avec le dessin qui l'orne et semble de la couleur même des caractères du titre.

"Si rovescia al colore
La foglia..."

jeudi, 03 décembre 2009

Le goût des autres 3

Comme chaque année, à la même époque, mes voisins abandonnent pour un temps la construction des cabanes de jardin (il est vrai que la place commence à manquer) pour se consacrer entièrement à la préparation des "fêtes de fin d'année". On a enguirlandé les antennes paraboliques de la façade et les lions de plâtre juchés sur les piliers du portail, deux pères Noël grandeur nature grimpent à l'assaut du balcon, un traîneau attelé d'un renne en carton stationne dans la cour gravillonnée...
Certains jours, on se dit qu'il serait bon de vivre à l'ombre d'un minaret.

mardi, 01 décembre 2009

Livres en feu

Le copieux essai de Lucien X. Polastron, Livres en feu — sous-titré Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques (Denoël, 2004  ; "Folio/Essais", 2009) — se lit avec effroi et jubilation. L'érudition impressionnante est servie par l'élégance du style, un humour souvent amer (ce qui est presque un pléonasme) et une ironie volontiers féroce. Polastron tient du savant polymathe de la Renaissance et du moraliste désabusé (autre formule redondante). On aime qu'il ne dissimule pas son mépris pour l'orgueilleuse nullité des politiques, la courte vue des technocrates ou la forfanterie des imposteurs à la mode, versant des larmes de crocodile sur les cendres de livres qu'ils n'auraient, de toute façon, pas lus...

vendredi, 27 novembre 2009

Animelles et tripous

Je découvre avec effarement que, depuis des années, je fais mes délices de nourritures que le Français civilisé (id est, naturellement, le Parisien) considère comme répugnantes. Du moins si j'en crois une journaleuse du Nouvel Observateur, qui consacre, dans les pages "Air du temps" du "grand hebdomadaire de gauche", un articulet à ce qu'elle appelle élégamment "la bouffe dégueu" — appellation qui, pour la dame, recouvre pêle-mêle les tripes, les cuisses de grenouilles, les choux de Bruxelles, aussi bien que les "couilles d'agneau", la queue de bœuf ou le gratin dauphinois au "fromage qui pue". Je suis tout de même réconforté d'apprendre que ces viandes rustiques sont désormais — mais pour combien de temps ? — très "tendance" ; qu'il y a "un petit côté transgressif assez jouissif à remettre ces produits au goût du jour". Finalement, le snobisme imbécile du propos est intéressant en ceci qu'il manifeste un renversement assez logique des valeurs gustatives et culinaires : aujourd'hui qu'il est devenu banal de passer ses vacances aux antipodes, les spécialités du Rouergue ou du Bugey sont, pour le palais du citadin, aussi exotiques que l'achacana ou le "biblimbing de Java" pour les contemporains d'Alexandre Dumas. Lequel savait écrire, préfère parler d'animelles plutôt que de "couilles d'agneau" et n'aurait pas confondu, en légendant la photo qui illustre l'article, tripes et tripous.