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samedi, 17 octobre 2009

Petite anthologie portative 55

D'une ombre au vieux Ki, distillateur abstème :

Garde-
toi
vain.

(Max de Carvalho, in Éloge des poètes par la vin, Sens, Obsidiane, 1998)

jeudi, 15 octobre 2009

Reliures chagrin

La bibliothèque, toujours. En m’efforçant, une fois de plus, d’évacuer un trop-plein de livres d’une armoire vers une autre, moins encombrée, je retrouve — hasard objectif ? La Galère espagnole (Pin-Balma, Sables, 1998), élégante méditation sur la prolifération et le destin des livres que son auteur, Dominique Autié, m’avait offerte peu de temps avant de disparaître. Style superbe. La rhétorique, ici, n’a rien qui pèse ou qui pose. Elle habille la confidence intime, elle est la forme la plus aristocratique de la pudeur, une autre sorte de politesse du désespoir : "Acheter des livres dont il sait que le temps lui fera défaut pour les lire exhaustivement, c’est, dit le maître de bibliothèque, réduire la mort à un moindre mal." Quelques volumes plus tard, je tombe sur l’un des "cinquante exemplaires strictement hors commerce sur offset bleu" (Éditions du Fourneau, 1988) du Slow Food de Gérard Bialestowski, disparu lui aussi. Nos bibliothèques sont pleines de fantômes.

samedi, 10 octobre 2009

Rldasedlrad les dlcmhypbgf

Apprenant par le journal qu'il allait publier une nouvelle intitulée "Rldasedlrad les dlcmhypbgf", Valery Larbaud voyait dans ce mastic une manifestation de "la colère de la machine contrainte par l'homme à imprimer des mots, des idées, qui ne sont pas les siennes" ("Rldasedlrad les dlcmhypbgf", in Jaune bleu blanc, 1927). Lorsque je lis aujourd'hui, dans L'Œil de vieux de Tiziano Scarpa (Christian Bourgois, 2000), le titre grec de l'Histoire véritable de Lucien retranscrit en Alhqvu dihghmatwu (pour, on suppose, Άληθών Διηγημάτων), j'y vois d'abord l'incompétence et le je-m'en-foutisme de l'homme incapable de maîtriser les fonctions les plus élémentaires de la machine, i.e. du traitement de texte. Mais, au-delà de l'irritation qu'on peut éprouver devant ce genre de cacographie, on est atterré de constater que les meilleurs éditeurs semblent désormais tenir la fonction de correcteur pour aussi obsolète que la linotype.

lundi, 05 octobre 2009

Petite anthologie portative 54

VIES PARALLÈLES

sans douleur moi aussi je compte les étoiles
comme le crabe
compte les globules blancs du noyé

(Mircea Dinescu, trad. Dumitru Tsepeneag, in Quinze poètes roumains, Belin, "L'extrême contemporain", 1990)

Diem perdidi 4

J'aurai passé une bonne partie de mon lundi à chercher — en pure perte — l'exemplaire de l'Espace littéraire que je croyais avoir rangé sur un rayon accessible de ma bibliothèque. J'ai retrouvé, en revanche, un certain nombre d'ouvrages oubliés — la plupart obscurs, inutiles et, pour certains, jamais lus, comme ce Triomphe de la Mort de Gabriele d'Annunzio ou un Traité de l'examen des crachats, de Fernand Bezançon et S.I. de Jong (Masson et Cie, 1912), agrémenté de planches hors-texte sous papier cristal. Voilà à quoi conduit l'accumulation compulsive et vaguement fétichiste de livres en tout genre. Ainsi Aristote ou Boris de Rachewiltz se retrouvent-ils, au fond d'un placard, en compagnie de Lin Yutang ou Guido Morselli. Et, quoi qu'ait pu en écrire, justement, Blanchot, les livres qu'on ne lit pas existent, et prennent de la place. Ils sont la mauvaise conscience du bibliomane.
À propos du culte — ou de la haine — des livres, des thèmes connexes de la "bibliothèque de Babel" et de la "bibliothèque en feu", on ne saurait trop recommander la lecture du substantiel essai de Lucien X. Polastron,
Livres en feu. Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques (Folio/Essais). Une somme érudite, avec l'intelligence et le grain de sel qui font trop souvent défaut aux ouvrages savants. Blanchot, toujours : "La gravité n'exclut pas la légèreté." Je ne peux, hélas ! vérifier l'exactitude de la citation...

vendredi, 02 octobre 2009

Pétuner toute la nuit

J'ai renoncé au tabac depuis quelques années, sans en souffrir particulièrement. Ce qui m'inquiète, toutefois, c'est que, de plus en plus souvent, je fume dans mes rêves : j'espère que cela ne risque pas de brûler les draps.

dimanche, 27 septembre 2009

"Auream quisquis mediocritatem diligit..."

Est-ce la douceur de ce soleil d'automne, l'oisiveté dominicale, la saveur de la tarte aux pêches de vigne accompagnée d'un verre de côtes d'Auxerre rouge ? On se trouve, l'âge aidant, plus d'affinités avec Christophe Plantin qu'avec les poètes clabaudeurs qui enflammaient notre adolescence.

lundi, 21 septembre 2009

Incipit 5

Rust and Bone, de Craig Davidson, commence par ces mots : "Twenty-eight bones make up the human hand." Ce qui donne, dans la traduction française (Un goût de rouille et d'os, Points/Seuil, 2008) : "Il y a vingt-sept os dans la main humaine."

vendredi, 18 septembre 2009

Amour des listes et orgue 5

Films qu'on voyait au ciné-club du lycée dans les années 60 :

La Mer cruelle, de Charles Frend ;
Au pays de la peur, de Andrew Marton ;
Marianne de ma jeunesse, de Julien Duvivier ;
Quai des orfèvres, d'Henri-Georges Clouzot ;
Les Montagnards sont là, de John G. Blystone ;
O Cangaceiro, de Lima Barreto ;
Quand passent les cigognes, de Mikhaïl Kalatozov ;
Kanal, d'Andrzej Wajda ;
Le train sifflera trois fois, de Fred Zinnemann ;
Trois heures dix pour Yuma, de Delmer Daves ;
Johnny Guitare, de Nicholas Ray ;
Cow-boy, de Delmer Daves...

Du noir et blanc, et beaucoup de westerns. Je me rappelle encore le terrible Feux dans la plaine, de Kon Ichikawa, d'après le roman de Shôhei Ôoka, Les Feux, que je lirais beaucoup plus tard.
Je n'ai pas mis les pieds dans une salle de cinéma depuis vingt-quatre ans.

Pour l'orgue, on écoutera Petit agneau, chanté par Bourvil — du film La Grande Lessive, de Jean-Pierre Mocky, mon cinéaste préféré. Avec Kubrick, tout de même.

jeudi, 17 septembre 2009

Barbe au-dessus ou en dessous

À en juger par les titres des communications ou des articles rassemblés dans les actes de colloques et les volumes de mélanges, il semble que les universitaires soient essentiellement tourmentés par des problèmes dont le profane ou le béotien, tout à ses préoccupations triviales, ne saisit pas forcément l'intérêt. "Y a-t-il une éthique de l'art d'écrire ?" ; "L'analyse de la langue littéraire relève-t-elle de la stylistique ?" ou encore "La métalepse est-elle moralement neutre ?" J'avoue que cette dernière question, à laquelle je n'avais jamais réfléchi, n'a pas fini de me tracasser. Peut-être va-t-elle même m'empêcher de dormir... S'interroger sur une possible neutralité éthique de la métalepse, cela revient à peu près à se demander, avant de se mettre au lit, si l'on dort barbe au-dessus ou en dessous des couvertures.