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mercredi, 09 décembre 2009

Cotinus coggygria

Une feuille séchée s'échappe d'entre les pages d'un livre. C'est une feuille d'arbre à perruques, d'un beau rouge éteint, finement nervurée de brun. Posée sur la couverture glacée, très blanche, d'un recueil de Sinisgalli, elle se confond avec le dessin qui l'orne et semble de la couleur même des caractères du titre.

"Si rovescia al colore
La foglia..."

jeudi, 03 décembre 2009

Le goût des autres 3

Comme chaque année, à la même époque, mes voisins abandonnent pour un temps la construction des cabanes de jardin (il est vrai que la place commence à manquer) pour se consacrer entièrement à la préparation des "fêtes de fin d'année". On a enguirlandé les antennes paraboliques de la façade et les lions de plâtre juchés sur les piliers du portail, deux pères Noël grandeur nature grimpent à l'assaut du balcon, un traîneau attelé d'un renne en carton stationne dans la cour gravillonnée...
Certains jours, on se dit qu'il serait bon de vivre à l'ombre d'un minaret.

mardi, 01 décembre 2009

Livres en feu

Le copieux essai de Lucien X. Polastron, Livres en feu — sous-titré Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques (Denoël, 2004  ; "Folio/Essais", 2009) — se lit avec effroi et jubilation. L'érudition impressionnante est servie par l'élégance du style, un humour souvent amer (ce qui est presque un pléonasme) et une ironie volontiers féroce. Polastron tient du savant polymathe de la Renaissance et du moraliste désabusé (autre formule redondante). On aime qu'il ne dissimule pas son mépris pour l'orgueilleuse nullité des politiques, la courte vue des technocrates ou la forfanterie des imposteurs à la mode, versant des larmes de crocodile sur les cendres de livres qu'ils n'auraient, de toute façon, pas lus...

vendredi, 27 novembre 2009

Animelles et tripous

Je découvre avec effarement que, depuis des années, je fais mes délices de nourritures que le Français civilisé (id est, naturellement, le Parisien) considère comme répugnantes. Du moins si j'en crois une journaleuse du Nouvel Observateur, qui consacre, dans les pages "Air du temps" du "grand hebdomadaire de gauche", un articulet à ce qu'elle appelle élégamment "la bouffe dégueu" — appellation qui, pour la dame, recouvre pêle-mêle les tripes, les cuisses de grenouilles, les choux de Bruxelles, aussi bien que les "couilles d'agneau", la queue de bœuf ou le gratin dauphinois au "fromage qui pue". Je suis tout de même réconforté d'apprendre que ces viandes rustiques sont désormais — mais pour combien de temps ? — très "tendance" ; qu'il y a "un petit côté transgressif assez jouissif à remettre ces produits au goût du jour". Finalement, le snobisme imbécile du propos est intéressant en ceci qu'il manifeste un renversement assez logique des valeurs gustatives et culinaires : aujourd'hui qu'il est devenu banal de passer ses vacances aux antipodes, les spécialités du Rouergue ou du Bugey sont, pour le palais du citadin, aussi exotiques que l'achacana ou le "biblimbing de Java" pour les contemporains d'Alexandre Dumas. Lequel savait écrire, préfère parler d'animelles plutôt que de "couilles d'agneau" et n'aurait pas confondu, en légendant la photo qui illustre l'article, tripes et tripous.

mardi, 24 novembre 2009

What I hate the most

Le questionnaire "de Proust" et la dictée "de Mérimée" ont un double point commun : ce sont des exercices parfaitement ineptes — comme en témoigne leur popularité même — et qui ne doivent pas grand-chose à leurs éponymes.

mardi, 17 novembre 2009

"Les chers corbeaux délicieux"

À la douceur traîtreusement printanière de la matinée succède une après-midi froide, qui tressaille sous de brusques bourrasques, convulsives et mouillées. Un brouillard cotonneux se répand sur la campagne à l'approche du crépuscule. Dans le ciel couleur de cendre, des volées de freux coraillent aigrement. On a envie soudain d'une poêlée de châtaignes grillées et d'un verre de vin rouge, de quelques notes de Satie. Plaisirs minuscules de novembre...

samedi, 14 novembre 2009

Petite anthologie portative 56

OISEAUX

l'exil s'en va ainsi dans la mangeoire des astres

portant de malhabiles grains aux oiseaux nés du temps

qui jamais ne s'endorment jamais

aux espaces fertiles des enfances remuées

(Aimé Césaire, "Ferrements", in La Poésie, Seuil, 2006)

Cum commento

Je retrouve, sous l'une des piles de livres qui encombrent ma table de travail (il faudrait peut-être ici des guillemets ou un point d'ironie), l'anthologie de textes de René Char, Poèmes en archipel — publiée il y a un an ou deux en "Folio". Il est assez rare qu'on puisse dire d'un livre de poche qu'il est beau et, en ce sens, ce volume constitue une remarquable exception : papier de qualité, typographie aérée, illustrations nombreuses et bien choisies... Mais était-il nécessaire — même s'il s'agit là d'une édition destinée, comme le laisse entendre la préface, à des lycéens — de nous infliger des gloses superfétatoires, balourdes, d'un prosaïsme aussi scolaire ? Un seul exemple, pris au hasard. "Je cours au terme de mon cintre, colisée fossoyé" appelle la note suivante : "Le monumental amphitéâtre de l'antique Rome, terrain d'exploits des gladiateurs, est ici ceint d'un fossé." Voilà qui est éclairant et utile. On pense à Rabelais, à propos des Pandectes commentées par Accurse : "Une belle robbe d'or triomphante et précieuse à merveilles, qui fust brodée de merde."

Devoir de réserve

Monsieur Raoult doit confondre Marie N'Diaye et Marie Crow Dog.

jeudi, 12 novembre 2009

Courir les rues 3

Une bicoque maussade dans une rue sinistre. Sur la porte, badigeonnée d'un marron fécal, une demi-douzaine de plaques et d'écriteaux, blancs, bleus ou rouges :

"MARTINE V..."

"Mme V..."

"DEFENSE
D'ENTRER"

"ATTENTION
AU CHIEN"

"Mr et Mme V..."

"- INTERDIT -
A TOUS REPRÉSENTANTS
ET TÉMOINS DE JÉHOVAH"

C'est à Montluçon, en Bourbonnais — "the sweetest part of France", notait Sterne dans son Voyage sentimental...