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lundi, 22 mai 2006

Métanalyse

Dans deux jours, fête de l'Ascension.

"C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs"

Ici, on dit : "la veille de Cension, la Cension".

Comme on dit : "Alors, on la boit, l'apéritif ?" Féminisation qui n'est pas sans évoquer le spectre nostalgique de la fée verte.

Ou sont les joyeulx gallans...

Sur le thème du ubi sunt : je m'aperçois, en feuilletant mes répertoires et carnets d'adresses, que je j'ai perdu de vue bon nombre de gens dont j'ai cru être proche à un moment ou à un autre. Prétendus amis, qui jamais n'écrivent ni ne téléphonent les premiers, relations falotes vite oubliées... Si l'on ajoute à cela les brouilles, les jalousies, rancunes et ruptures diverses, les disparitions, il ne reste finalement pas grand-monde.
Faut-il le regretter ? Au fond, ce fou que citait Blavier n'avait sans doute pas tort : "S'il n'y avait personne, tout le monde serait heureux."

samedi, 20 mai 2006

Des nains partout

Mes voisins, ostentatoires adeptes de "l'art du bonheur", peuplent leur pelouse de sujets décoratifs du meilleur goût. Côté est, un nain, au pied d'un moulin à vent, veille sur une basse-cour de céramique ou de plastique : poules et coqs, canards, cygnes, lapins... Côté ouest, un autre nain se musse entre une citrouille et un champignon. Pour n'être pas en reste, nous avons acheté une grenouille et une mésange, qui zinzinule pour signaler l'approche d'un visiteur.

vendredi, 19 mai 2006

Le grand style 14

"J'ai de quoi rouler une cinquantaine de kilomètres. Aufresne, je l'ai déjà dit, est immobilisé par une bielle coulée. Il voudrait que je le remorquasse. Qu'il le sache, je l'aurais fait volontiers, si mon embrayage l'eût permis."

(Léon Werth, 33 jours, Viviane Hamy, 1992)

Black and White

À la terrasse de "La Taverne créole" :
un grand noir commande une blanche.
"Bien f'aîche", précise-t-il.

Courir les rues

À Lille : grève de la faim des salariés d'ESTERRA. On pense à Queneau : "Les boueux sont en grève", naturellement, quoique le texte de certaines banderoles fasse penser plutôt à "Vaugelas bouquiniste". Ainsi :
"STOP a L'héMORRAGIE des acquis Par des NÉGOCIATIONS Préarrangé"
La plupart des occasions des troubles du monde, etc.

lundi, 15 mai 2006

Les grandes lectures

Extrait d'une étude consacrée à quelques "classiques du XXe siècle" [sic] :
"Pour comprendre et aimer l'œuvre de Roger Bésus, il faut la lire entière, à la file, sans perdre souffle, de manière à se bien imprégner de l'atmosphère très particulière dans laquelle il baigne."

(Pierre Cogny, Sept romanciers au-delà du roman, Nizet, 1963)

Les autres auteurs présentés dans cette laborieuse monographie sont André Billy, Hervé Bazin, Luc Estang, Roger Ikor, Armand Lanoux et Paul-André Lesort. Classiques ? Vous avez dit classiques ?

dimanche, 14 mai 2006

"Le portrait du Maréchal n'a jamais figuré chez moi qu'aux cabinets"

Trouvé cette semaine, chez un bouquiniste du marché de Wazemmes, Mon journal depuis la libération, de Galtier-Boissière (La jeune Parque, 1945). Comme tous les moralistes, le fondateur du Crapouillot est raisonnablement pessimiste, ironique, désinvolte et amer. Capable de dire avec émotion et pudeur son admiration pour Jean Prévost, son amitié pour Desnos — dont il évoque la mort en termes d’une poignante simplicité —, il sait aussi se montrer cinglant avec les imposteurs de tout acabit :
"Qui donc lancera la première pomme cuite sur la face de M. Aragon qui dit ses fables et distribue ses prospectus, hissé sur un tréteau de cadavres ?"
Un esprit véritablement libre, qui, tout en refusant le prêt-à-penser ou le conformisme bêlant, ne recherche ni le scandale, ni l’originalité à tout prix. Espèce aujourd’hui en voie de disparition.

Le vain travail de voir divers pays

Les W., qui ont du temps et — à défaut de dromadaires — une confortable retraite, courent le monde et l’admirent. Ils envoient à leurs amis, purotins sédentaires, des cartes postales en couleurs du Grand Canyon ou de Rio de Janeiro.
W., retour de Chine, livre ses impressions d’Asie : "Ben, y’en a, du monde !"

Pour ma part, moi qui pâlis au nom de Vancouver, faisant de nécessité vertu, je photographie avec un enthousiasme médiocre les champs de colza du pays d'Othe ou les croix de pierre du Bourbonnais.

dimanche, 07 mai 2006

Animal on est mal

Entendu ces jours-ci à la radio : la réintroduction d'ours dans les Pyrénées porterait atteinte "à la vie privée des bergers". Sic ! Je l'ai déjà dit ? Oui, mais c'est parce que je l'avais déjà entendu... Non seulement on profère des âneries, mais on s'en gargarise. Il est vrai que l'exemple vient de haut...

Les "anti-ours" auraient, paraît-il, disséminé dans la nature, la semaine dernière, des pots contenant du miel et du verre brisé. Cela rappelle très vaguement la méthode qu'emploient les Esquimaux pour piéger les ours blancs. Que je ne vous indiquerai pas : certains seraient capables d'essayer avec le rottweiler du voisin. 

Une pensée de Cioran, sur laquelle je suis tombé tout à l'heure, par hasard : "La disparition des animaux est un fait d'une gravité sans précédent. Leur bourreau a envahi le paysage ; il n'y a plus de place que pour lui..." (Le Mauvais Démiurge).
Comme toujours, Cioran est pessimiste : il y a tout de même les chevreuils et les sangliers, dont la population est "gérée" par les chasseurs, ces vrais amis de la nature.