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dimanche, 28 mai 2006

Le sens de la formule 2

La lecture de Chuck Palahniuk est un bonheur constant. Ce "grand macabre", imprévisible héritier de Jarry (je pense à l'auteur du Surmâle, "roman moderne"), a indiscutablement du style et le sens de la formule. Ceci, par exemple, dans Berceuse : "Un mètre soixante-cinq. Cinquante-trois kilos. Difficile de lui donner un âge. Elle est d'une minceur telle qu'elle doit être, ou bien riche, ou bien en train de mourir. La matière de son tailleur, c'est une sorte de tissu pour canapé qui bouloche, gansé d'une tresse blanche. Il est rose, mais pas rose crevette. La couleur rappelle plus celle d'un pâté à la crevette servi sur canapé avec brin de persil et belle cuillerée de caviar. La coupe en est cintrée à la taille, très près du corps, avec épaulettes bien carrées. La jupe est courte et moulante. Les boutons dorés, énorme. Elle porte des vêtements de poupée." (Berceuse, trad. Freddy Michalski, Folio-policier 412, 2006)
Et des pensées si évidentes et banales qu'elles s'imposent avec la brutalité d'épiphanies : "Avez-vous conscience du fait que tout ce que vous pouvez entreprendre dans le cours de votre existence sera sans signification aucune dans cent ans d'ici ?" On trouve à peu près la même chose dans Kafka sur le rivage. Ce n'est pas franchement optimiste... Mais avons nous la moindre raison de l'être ?

lundi, 22 mai 2006

Métanalyse

Dans deux jours, fête de l'Ascension.

"C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs"

Ici, on dit : "la veille de Cension, la Cension".

Comme on dit : "Alors, on la boit, l'apéritif ?" Féminisation qui n'est pas sans évoquer le spectre nostalgique de la fée verte.

Ou sont les joyeulx gallans...

Sur le thème du ubi sunt : je m'aperçois, en feuilletant mes répertoires et carnets d'adresses, que je j'ai perdu de vue bon nombre de gens dont j'ai cru être proche à un moment ou à un autre. Prétendus amis, qui jamais n'écrivent ni ne téléphonent les premiers, relations falotes vite oubliées... Si l'on ajoute à cela les brouilles, les jalousies, rancunes et ruptures diverses, les disparitions, il ne reste finalement pas grand-monde.
Faut-il le regretter ? Au fond, ce fou que citait Blavier n'avait sans doute pas tort : "S'il n'y avait personne, tout le monde serait heureux."

samedi, 20 mai 2006

Des nains partout

Mes voisins, ostentatoires adeptes de "l'art du bonheur", peuplent leur pelouse de sujets décoratifs du meilleur goût. Côté est, un nain, au pied d'un moulin à vent, veille sur une basse-cour de céramique ou de plastique : poules et coqs, canards, cygnes, lapins... Côté ouest, un autre nain se musse entre une citrouille et un champignon. Pour n'être pas en reste, nous avons acheté une grenouille et une mésange, qui zinzinule pour signaler l'approche d'un visiteur.

vendredi, 19 mai 2006

Le grand style 14

"J'ai de quoi rouler une cinquantaine de kilomètres. Aufresne, je l'ai déjà dit, est immobilisé par une bielle coulée. Il voudrait que je le remorquasse. Qu'il le sache, je l'aurais fait volontiers, si mon embrayage l'eût permis."

(Léon Werth, 33 jours, Viviane Hamy, 1992)

Black and White

À la terrasse de "La Taverne créole" :
un grand noir commande une blanche.
"Bien f'aîche", précise-t-il.

Courir les rues

À Lille : grève de la faim des salariés d'ESTERRA. On pense à Queneau : "Les boueux sont en grève", naturellement, quoique le texte de certaines banderoles fasse penser plutôt à "Vaugelas bouquiniste". Ainsi :
"STOP a L'héMORRAGIE des acquis Par des NÉGOCIATIONS Préarrangé"
La plupart des occasions des troubles du monde, etc.

lundi, 15 mai 2006

Les grandes lectures

Extrait d'une étude consacrée à quelques "classiques du XXe siècle" [sic] :
"Pour comprendre et aimer l'œuvre de Roger Bésus, il faut la lire entière, à la file, sans perdre souffle, de manière à se bien imprégner de l'atmosphère très particulière dans laquelle il baigne."

(Pierre Cogny, Sept romanciers au-delà du roman, Nizet, 1963)

Les autres auteurs présentés dans cette laborieuse monographie sont André Billy, Hervé Bazin, Luc Estang, Roger Ikor, Armand Lanoux et Paul-André Lesort. Classiques ? Vous avez dit classiques ?

dimanche, 14 mai 2006

"Le portrait du Maréchal n'a jamais figuré chez moi qu'aux cabinets"

Trouvé cette semaine, chez un bouquiniste du marché de Wazemmes, Mon journal depuis la libération, de Galtier-Boissière (La jeune Parque, 1945). Comme tous les moralistes, le fondateur du Crapouillot est raisonnablement pessimiste, ironique, désinvolte et amer. Capable de dire avec émotion et pudeur son admiration pour Jean Prévost, son amitié pour Desnos — dont il évoque la mort en termes d’une poignante simplicité —, il sait aussi se montrer cinglant avec les imposteurs de tout acabit :
"Qui donc lancera la première pomme cuite sur la face de M. Aragon qui dit ses fables et distribue ses prospectus, hissé sur un tréteau de cadavres ?"
Un esprit véritablement libre, qui, tout en refusant le prêt-à-penser ou le conformisme bêlant, ne recherche ni le scandale, ni l’originalité à tout prix. Espèce aujourd’hui en voie de disparition.

Le vain travail de voir divers pays

Les W., qui ont du temps et — à défaut de dromadaires — une confortable retraite, courent le monde et l’admirent. Ils envoient à leurs amis, purotins sédentaires, des cartes postales en couleurs du Grand Canyon ou de Rio de Janeiro.
W., retour de Chine, livre ses impressions d’Asie : "Ben, y’en a, du monde !"

Pour ma part, moi qui pâlis au nom de Vancouver, faisant de nécessité vertu, je photographie avec un enthousiasme médiocre les champs de colza du pays d'Othe ou les croix de pierre du Bourbonnais.