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dimanche, 26 mars 2006

La profondeur lyophilisée

Qu’un ivrogne profère un truisme, cela donne une brève de comptoir. Qu’un moraliste ou un philosophe la note sur ses tablettes, vous avez un apophtegme.

Il ne suffit pas que Nicolás Gómez Dávila ait écrit "La seule différence entre riches et pauvres, aujourd’hui, c’est l’argent" pour qu’on le considère comme un remarquable penseur ; mais il suffit qu’il ait signé cette platitude pour qu’on y soupçonne quelque tiefere Bedeutung.

(Citation trouvée sur le site du Magazine de l'homme moderne, traduction de Philippe Billé. Voir également l'article de Juan Asensio, alias le Stalker, "Gómez Dávila ou la passion de la réaction")

samedi, 25 mars 2006

Perché leggere i classici

Que lirons-nous en ces jours de chienlit ? Nous n'avons plus grand-chose de neuf à feuilleter. Les journaux sont trop déprimants, trop complaisants, trop prompts à traquer l'anecdote croustilleuse, le fait-divers sanguinolent, l'obscène et le futile, trop enclins au psittacisme : "Le roi Midas a des oreilles d'âne..."
Relisons plutôt, en attendant que le facteur nous apporte Ceronetti, Gustave Roud et Gretel Ehrlich, les chroniques de Fruttero et Lucentini, qui, en une trentaine d'années, n'ont guère pris de rides : aujourd'hui comme hier, "la prédominance du crétin" s'impose, tapageuse et accablante. L'espèce des "mandarins rosés", on le voit ces jours-ci, n'est pas éteinte ! (voir "Le mandarin rosé", in La Prédominance du crétin, Livre de Poche, 1990, p. 86)
On peut aussi redécouvrir les articles politiques de Mirbeau, dont la lucidité tour à tour furibonde et désabusée ne messiérait pas à notre époque déboussolée. Justement : "Toutes les époques se valent, et aussi tous les régimes, c'est-à-dire qu'ils ne valent rien." (Le Figaro, 28 nocembre 1888)

vendredi, 24 mars 2006

"Vous marcherez sur le trottoir le long du défilé"

Compte rendu, dans Libération, des manifestations d’hier :

"Des professeurs d'université sont là aussi. Approchant du ministère de l'Education, ils ont scandé : Etudiants, enseignants solidarité ! et De Robien au balcon ou sinon nous entrons."

Des professeurs d'université, habituellement "graves et sérieux comme l'âne", braillant sur l'air des lampions... Je pense à Michaux : "En observant des séminaristes, bientôt docteurs en théologie, jouer à taper du pied sur un ballon de football, on est amené à remarquer qu’il est apparemment plus facile au tigre d’être totalement, dignement tigre qu’il ne l’est pour l’homme d’être homme."

("Tranches de savoir", in Face aux verrous, Gallimard, 1967)

 

jeudi, 23 mars 2006

Printemps des poètes 3

Bukowski, à propos d’un soi-disant poète :

"Il pond un tas de poèmes remplis de mots comme Étoile mer nuit mort amour blessure et tu trouveras facilement les autres. Comment il appelle ça n’a aucune espèce d’importance parce que des types comme lui ils sont aussi nombreux que les brins d’herbe rabougris que je peux voir de ma fenêtre du deuxième étage."

(Lettre à J. W. Corrigton, 23 février 1961)

Et, vingt ans plus tard, à propos d’ateliers d’écriture poétique :

"… faire venir les gens à la poésie, essayer de leur montrer ce que c’est, ça n’est pas nécessaire. Si la poésie est suffisamment bonne et solide ils trouveront leur chemin […] Nous n’avons pas besoin de séminaires de poésie, nous avons besoin d’écrivains ; nous n’avons pas besoin de discussions, nous avons besoin de quelques personnes pour la pisser, pour la taper et pour la mettre en forme. Et nous avons encore moins besoin de snobisme et de gangs et de factions poétiques."
(Lettre à Joe Stapen, août 1981)

Petite anthologie portative 24

"Dans l'enclosure du poème se joue l'abîme."

(André Frénaud, 'Feu originel' II, in "Le parcours et la lumière, la question" — Hæres, Poésie/Gallimard, 2006)

mercredi, 22 mars 2006

Chienlit

En parcourant Contre les poètes, de Gombrowicz, je tombe sur ce passage d'un entretien avec François Bondy :

"F. Bondy — Y aura-t-il un pouvoir étudiant ou d'autres formes du pouvoir de la jeunesse ?
W. Gombrowicz — Mais non ! L'être jeune ne cherche pas le pouvoir. Il sait qu'il est encore sot ; et lorsqu'il ne le sait pas, c'est qu'il est encore plus sot."

("La jeunesse est inférieure", in Contre les poètes, Complexe, 1988, p. 90)

Il y a quelques années, le professeur Choron, confronté chez Polac à quelques lycéens contestataires, traduisait le même sentiment en termes un peu moins civils... Et aujourd'hui ? Le dyscole (celui, selon Trévoux, qui est d'un sentiment différent de celui des autres en matière de doctrine) ne peut être qu'un grincheux et, naturellement, un affreux réactionnaire.

Printemps des poètes 2

Dans Télérama, cette semaine, interview de Jacques Réda :

"Alors, ce Mois de la poésie ?
— Bah, ça me fait penser à la "semaine de bonté". Ridicule. La poésie n’intéresse plus personne. Pourquoi faire semblant ? Et puis, tout ce qu’il y a d’officialité en matière de poésie me hérisse."

Comme quoi, Salvator Dali se trompait en affirmant que les poètes ne sont pas intelligents. Il est vrai que quelqu'un qui aime le jazz et fume des Maryland paquet rose pâle achetées au Luxembourg ne peut pas être complètement mauvais !

Printemps des poètes

Sur les grilles qui ferment la place de la Sorbonne, cette inscription :

"La jeunesse vous baiz"

Commentaire du Monde : "Dans la veillée d’armes, la grille devient un enjeu spatial, un lieu d’appropriation symbolique."

Recherche sur Google : "CPE - faire chier". Résultats : environ 23300 réponses. Le chiffre est assez révélateur, et du niveau du débat et des subtilités rhétoriques dont font assaut les débatteurs. On aimerait savoir ce qu'en pense l'analyste de service du Monde.

lundi, 20 mars 2006

"Li bon chamel gisent en sa contrée"

Suite à l’affaire des ours slovènes, un responsable de C.P.N.T. interrogé sur le dangereux précédent que constitue l’introduction du chameau à Honfleur, telle qu’imaginée par Henri Michaux dans les années 20 (cf. "Intervention", in Mes Propriétés, 1929), m’adresse par courrier électronique la réponse suivante :
« Pas au courant de ce genre de rumeur : qui est d'ailleurs ce M. Michaux ? De façon générale, de toute façon, nous sommes contre ce type de réintroduction [sic] car alors, il n'y a ensuite plus de limites! »
Qu'on se le dise !

dimanche, 19 mars 2006

Vin de messe

En 1900, Le Père Peinard se répandait en invectives contre « les ratichons qui rêvent le rétablissement de l'Inquisition et qui, avec leurs cochonnes de croix, empoisonnent le pays ». Combats d’un autre âge ? Voire… à Saint-Amand-Montrond, petite localité du cher où avait lieu ce week-end la traditionnelle foire aux vins, une fresque décorant la halle d’exposition a été censurée sur demande expresse de l’évêché. Voici l’article que La Croix consacre à l’événement :

"Saint-Amand (Cher), 16 mars 2006 (AFP) - Une fresque pour une foire aux vins provoque la colère de l'Eglise.

Une fresque réalisée pour la foire aux vins de Saint-Amand-Montrond (Cher), qui représente une scène de la messe avec des personnages aux pommettes rougies par la boisson attendant la communion, a déclenché la colère de l'Eglise et obligé à cacher une partie du dessin.

Dans un premier temps, le peintre Amador Castaner avait accepté d'apporter des retouches. Mais, jeudi, les organisateurs de la foire qui débute samedi ont décidé de cacher à l'aide de bandes de papier blanc la partie de la fresque incriminée, soit la moitié du dessin.

"Nous avons décidé de masquer tous les symboles religieux pour apaiser les esprits", a indiqué à la presse François Perronnet, président du comité de foire, après discussion avec le maire et le curé.

"Ce dessin est d'un ridicule sans nom. Notre Église, c'est autre chose [que cette scène]. En tant que prêtre, on se sent blessé", a dénoncé Jean-François Breton, curé de la commune.

"C'est un dessin provocant avec une femme à genoux devant le calice. Ce n'est pas pour faire comme les musulmans, mais on ne peut pas tout laisser faire. Il faut faire attention et avoir un minimum de respect des personnes", a ajouté le curé, à qui sa hiérarchie avait demandé d'agir.

Tous les ans, le mur du fond (14 x 5 m) de la salle où se déroule la manifestation est décoré par Amador Castaner qui détourne une scène connue sur le thème du vin. "Je ne vois pas ce qu'il y a de mal. On voit des décolletés. J'avais réalisé un dessin plus osé, il y a 15 ans, qui n'avait pas posé de problème", s'est-il étonné."

 

 

À l’époque où l’on grillait volontiers hérétiques et blasphémateurs, les théologiens avaient assez d’intelligence pour ne pas se scandaliser de plaisanteries monacales qu’on jugerait aujourd’hui déplacées. Comme, à propos du vin, justement, le détournement de la cinquième parole du Christ en croix, repris par rabelais dans les "propos des bien ivres"…

Quoi qu’il en soit, les vins étaient bons, dignes, pour beaucoup d’entre eux, d’être choisis comme vin de messe. Dans ma lointaine enfance, lorsque j’étais enfant de chœur, c’est du pouilly-fuissé que le curé versait dans le calice. On peut avoir plus mauvais goût.