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mercredi, 22 mars 2006

Chienlit

En parcourant Contre les poètes, de Gombrowicz, je tombe sur ce passage d'un entretien avec François Bondy :

"F. Bondy — Y aura-t-il un pouvoir étudiant ou d'autres formes du pouvoir de la jeunesse ?
W. Gombrowicz — Mais non ! L'être jeune ne cherche pas le pouvoir. Il sait qu'il est encore sot ; et lorsqu'il ne le sait pas, c'est qu'il est encore plus sot."

("La jeunesse est inférieure", in Contre les poètes, Complexe, 1988, p. 90)

Il y a quelques années, le professeur Choron, confronté chez Polac à quelques lycéens contestataires, traduisait le même sentiment en termes un peu moins civils... Et aujourd'hui ? Le dyscole (celui, selon Trévoux, qui est d'un sentiment différent de celui des autres en matière de doctrine) ne peut être qu'un grincheux et, naturellement, un affreux réactionnaire.

Printemps des poètes 2

Dans Télérama, cette semaine, interview de Jacques Réda :

"Alors, ce Mois de la poésie ?
— Bah, ça me fait penser à la "semaine de bonté". Ridicule. La poésie n’intéresse plus personne. Pourquoi faire semblant ? Et puis, tout ce qu’il y a d’officialité en matière de poésie me hérisse."

Comme quoi, Salvator Dali se trompait en affirmant que les poètes ne sont pas intelligents. Il est vrai que quelqu'un qui aime le jazz et fume des Maryland paquet rose pâle achetées au Luxembourg ne peut pas être complètement mauvais !

Printemps des poètes

Sur les grilles qui ferment la place de la Sorbonne, cette inscription :

"La jeunesse vous baiz"

Commentaire du Monde : "Dans la veillée d’armes, la grille devient un enjeu spatial, un lieu d’appropriation symbolique."

Recherche sur Google : "CPE - faire chier". Résultats : environ 23300 réponses. Le chiffre est assez révélateur, et du niveau du débat et des subtilités rhétoriques dont font assaut les débatteurs. On aimerait savoir ce qu'en pense l'analyste de service du Monde.

lundi, 20 mars 2006

"Li bon chamel gisent en sa contrée"

Suite à l’affaire des ours slovènes, un responsable de C.P.N.T. interrogé sur le dangereux précédent que constitue l’introduction du chameau à Honfleur, telle qu’imaginée par Henri Michaux dans les années 20 (cf. "Intervention", in Mes Propriétés, 1929), m’adresse par courrier électronique la réponse suivante :
« Pas au courant de ce genre de rumeur : qui est d'ailleurs ce M. Michaux ? De façon générale, de toute façon, nous sommes contre ce type de réintroduction [sic] car alors, il n'y a ensuite plus de limites! »
Qu'on se le dise !

dimanche, 19 mars 2006

Vin de messe

En 1900, Le Père Peinard se répandait en invectives contre « les ratichons qui rêvent le rétablissement de l'Inquisition et qui, avec leurs cochonnes de croix, empoisonnent le pays ». Combats d’un autre âge ? Voire… à Saint-Amand-Montrond, petite localité du cher où avait lieu ce week-end la traditionnelle foire aux vins, une fresque décorant la halle d’exposition a été censurée sur demande expresse de l’évêché. Voici l’article que La Croix consacre à l’événement :

"Saint-Amand (Cher), 16 mars 2006 (AFP) - Une fresque pour une foire aux vins provoque la colère de l'Eglise.

Une fresque réalisée pour la foire aux vins de Saint-Amand-Montrond (Cher), qui représente une scène de la messe avec des personnages aux pommettes rougies par la boisson attendant la communion, a déclenché la colère de l'Eglise et obligé à cacher une partie du dessin.

Dans un premier temps, le peintre Amador Castaner avait accepté d'apporter des retouches. Mais, jeudi, les organisateurs de la foire qui débute samedi ont décidé de cacher à l'aide de bandes de papier blanc la partie de la fresque incriminée, soit la moitié du dessin.

"Nous avons décidé de masquer tous les symboles religieux pour apaiser les esprits", a indiqué à la presse François Perronnet, président du comité de foire, après discussion avec le maire et le curé.

"Ce dessin est d'un ridicule sans nom. Notre Église, c'est autre chose [que cette scène]. En tant que prêtre, on se sent blessé", a dénoncé Jean-François Breton, curé de la commune.

"C'est un dessin provocant avec une femme à genoux devant le calice. Ce n'est pas pour faire comme les musulmans, mais on ne peut pas tout laisser faire. Il faut faire attention et avoir un minimum de respect des personnes", a ajouté le curé, à qui sa hiérarchie avait demandé d'agir.

Tous les ans, le mur du fond (14 x 5 m) de la salle où se déroule la manifestation est décoré par Amador Castaner qui détourne une scène connue sur le thème du vin. "Je ne vois pas ce qu'il y a de mal. On voit des décolletés. J'avais réalisé un dessin plus osé, il y a 15 ans, qui n'avait pas posé de problème", s'est-il étonné."

 

 

À l’époque où l’on grillait volontiers hérétiques et blasphémateurs, les théologiens avaient assez d’intelligence pour ne pas se scandaliser de plaisanteries monacales qu’on jugerait aujourd’hui déplacées. Comme, à propos du vin, justement, le détournement de la cinquième parole du Christ en croix, repris par rabelais dans les "propos des bien ivres"…

Quoi qu’il en soit, les vins étaient bons, dignes, pour beaucoup d’entre eux, d’être choisis comme vin de messe. Dans ma lointaine enfance, lorsque j’étais enfant de chœur, c’est du pouilly-fuissé que le curé versait dans le calice. On peut avoir plus mauvais goût.

vendredi, 17 mars 2006

Gare à l'ours, Boucle d'or !

"On dit aussi que l'ours aime les filles et tâche d'en jouir. Il est en amour en février et, à ce qu'on dit, il s'accouple avec sa femelle à la manière des hommes et des femmes."

(Dictionnaire de Richelet, 1680)


"Au seul bruit des flammes crépitantes..."

Naguère, la métaphore : « La bibliothèque est en feu » (René Char).

Aujourd’hui, le premier degré : « Une librairie est incendiée » (les journaux).
Encore un coup médiatique de Robien ?

jeudi, 16 mars 2006

Petite anthologie portative 23

[...]                     Gods die
and not always out of choice,
like near-sighted cats jumping
between seven stories up.
[...]

(Jim Harrison, Theory and practice of rivers, L'Incertain, 1994)

mardi, 14 mars 2006

"Tout ce foutu fatras culturel..."

"Un livre, n’importe lequel, est pour nous un objet sacré", note Borges dans "Du culte des livres" (Enquêtes, Gallimard, "La Croix du Sud", 1957). Dans La Bande à Bonnot, le film de Philippe Fourastié, Jacques Brel-Raymond la science déclare : "Un livre, ça ne se vole pas."
Que valent aujourd'hui de telles assertions, témoignant chez l'érudit aussi bien que chez le voyou d'une commune révérence pour l'imprimé ? Il y a quelques jours, à la Sorbonne, Gilles de Robien exhibait devant les journalistes les ouvrages anciens déchirés par les anti-CPE. Que les vandales fussent ou non des étudiants n'excuse rien. Il n'y a que les barbares et les brutes pour saccager les bibliothèques — et la presse démagogique pour parler de "dégâts minimes".

Drôles d'oiseaux

Chasse Pêche Nature Traditions, parti bien connu pour ses prises de position particulièrement éclairées en matière d'écologie, s'inquiète de l'introduction d'ours slovènes dans les Pyrénées : "De tels lâchers d'ours sont totalement irresponsables, voire dangereux". En effet, ces animaux proviennent "d'une région européenne très à risque [sic] quant au virus H5N1". Une bergère déclarait pour sa part, la semaine passée, qu'on risquait désormais d'être obligé de surveiller les troupeaux. Ce qui, pour des bergers, est évidemment un comble !
Tout cela, on en conviendra, ne vole pas très haut...