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vendredi, 17 mars 2006

Gare à l'ours, Boucle d'or !

"On dit aussi que l'ours aime les filles et tâche d'en jouir. Il est en amour en février et, à ce qu'on dit, il s'accouple avec sa femelle à la manière des hommes et des femmes."

(Dictionnaire de Richelet, 1680)


"Au seul bruit des flammes crépitantes..."

Naguère, la métaphore : « La bibliothèque est en feu » (René Char).

Aujourd’hui, le premier degré : « Une librairie est incendiée » (les journaux).
Encore un coup médiatique de Robien ?

jeudi, 16 mars 2006

Petite anthologie portative 23

[...]                     Gods die
and not always out of choice,
like near-sighted cats jumping
between seven stories up.
[...]

(Jim Harrison, Theory and practice of rivers, L'Incertain, 1994)

mardi, 14 mars 2006

"Tout ce foutu fatras culturel..."

"Un livre, n’importe lequel, est pour nous un objet sacré", note Borges dans "Du culte des livres" (Enquêtes, Gallimard, "La Croix du Sud", 1957). Dans La Bande à Bonnot, le film de Philippe Fourastié, Jacques Brel-Raymond la science déclare : "Un livre, ça ne se vole pas."
Que valent aujourd'hui de telles assertions, témoignant chez l'érudit aussi bien que chez le voyou d'une commune révérence pour l'imprimé ? Il y a quelques jours, à la Sorbonne, Gilles de Robien exhibait devant les journalistes les ouvrages anciens déchirés par les anti-CPE. Que les vandales fussent ou non des étudiants n'excuse rien. Il n'y a que les barbares et les brutes pour saccager les bibliothèques — et la presse démagogique pour parler de "dégâts minimes".

Drôles d'oiseaux

Chasse Pêche Nature Traditions, parti bien connu pour ses prises de position particulièrement éclairées en matière d'écologie, s'inquiète de l'introduction d'ours slovènes dans les Pyrénées : "De tels lâchers d'ours sont totalement irresponsables, voire dangereux". En effet, ces animaux proviennent "d'une région européenne très à risque [sic] quant au virus H5N1". Une bergère déclarait pour sa part, la semaine passée, qu'on risquait désormais d'être obligé de surveiller les troupeaux. Ce qui, pour des bergers, est évidemment un comble !
Tout cela, on en conviendra, ne vole pas très haut... 

samedi, 11 mars 2006

Diem perdidi 2

Suétone rapporte que Titus prononça ces mots un jour qu'il n'avait accordé de bienfait à personne :
"... atque etiam recordatus quondam super cenam, quod nihil cuiquam toto die praestitisset, memorabilem illam meritoque laudatam vocem edidit : Amici, diem perdidi." (Vies des douze Césars, "Titus", VIII)
Une telle exigence morale n'est pas donnée à tout le monde, ni une telle générosité. En reprenant à notre compte la parole de Titus, réduite à son premier degré, nous ne faisons qu'exhiber avec complaisance notre pusillanimité, notre paresse, notre manque d'imagination.

mercredi, 08 mars 2006

Actualité de Jarry

Aujourd'hui, Journée de la Femme.

Il y a cent cinq ans, à une semaine près, Jarry publiait ce billet dans la Revue Blanche :

"LA FEMME ESCLAVE

Tel est le titre d’une brochure qui s’est distribuée, à cent soixante mille exemplaires, pour la sauve­garde de "l’épouse terrorisée par le régime de rapt et de violence mis en honneur par nos aïeux simiesques". Il est probable, au contraire, que la femme — encore que sa pudeur l’oblige à mentir ­— déplore amèrement que l’homme soit si déchu des ancestrales qualités du singe. "Car rien n’est plus fécond en assauts que le singe", a dit notre Mar­drus. Et si vous prenez la peine de considérer la cage des papions au Jardin des Plantes, vous conviendrez que c’est encore à notre aïeul quadru­mane qu’il faut remonter pour retrouver, pures, les saines traditions de la vraie galanterie française."

(15 mars 1901)

H5N1 : soupçons sur des canards en Suède

"qu’est-ce que les canards viennent faire ici
il ne s’agit pas de canards
mais de faire l’amour
aussi bien sur les tours de notre-dame
que dans le métro
Il s’agit de jouir comme un piston
comme un manège de chevaux de bois
Les oiseaux jouissent en plein vol
mais les canards ne peuvent pas le faire en nageant
Mange tes canards
et sodomise ta concierge ou sa fille
Elles se branlent du matin au soir
ça les changera"

(Benjamin Péret, Les Rouilles encagées, Librairie José Corti, 1954)

mardi, 07 mars 2006

Nom d'un chat, nom d'un chien. Encore...

"Tu as un nom ?
— Bien sûr.
— Et tu t'appelles comment ?
— Toro, dit le chat, avec une certaine réticence.
— Toro ? Comme les sushis ?

— Exact, dit le chat. À vrai dire, mon maître tient un restaurant de sushis dans le quartier. Il a un chien aussi, et le chien s'appelle Tekka, un autre nom de sushi, comme tu le sais."
(Haruki Murakami, Kafka sur le rivage, Belfond, 2006, p. 592)

lundi, 06 mars 2006

La cognizione del dolore 7

Ce matin, clinique — séance de soins.
Usure lente des attentes, terreur permanente d'être obligé de subir la conversation d'un raseur, d'opiner à des jérémiades et des inepties. Si tous ceux qui n'ont rien à dire consentaient à se taire, le silence serait assourdissant
Écouteurs aux oreilles, je feuillette les revues que j'ai apportées.
Sur Radio Classique, une émission avec Anne Gastinel. Cela ne vole pas très haut, mais, comme disait l'autre, quand la musique est bonne ! ... Un auditeur téléphone, se présente ; il précise que son patronyme est breton, mais qu'il appelle d'un village situé entre Vichy et Moulins. Après son intervention, on nous rappelle : "C'était monsieur ... qui nous appelait de Bretagne." Sic.
En parcourant le hors-série du Magazine littéraire consacré à Heidegger, je relève cette réflexion morose du philosophe : "À l'âge de l'information, les possibilités d'apprendre encore à lire sont en voie d'extinction." Un peu plus loin, il définit notre époque comme celle où "sous l'appellation contrôlée de linguistique se consomme la destruction de la parole".
Aurais-je un jour le courage de m'attaquer aux écrits de Heidegger — et y comprendrai-je quelque chose ? Il est vrai qu'aujourd'hui il n'est pas non plus nécessaire de comprendre quelque chose pour en parler — et se prétendre orfèvre.