Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 22 septembre 2006

Eύμενίδες

Il est beaucoup question, ces jours-ci, sur les blogs à prétentions culturelles aussi bien que dans les "pages livres" des journaux et magazines, des Bienveillantes —  "l’événement littéraire de la rentrée", pour s’en tenir à une formule inévitable en pareille circonstance. On est tout de même un peu surpris — et frustré — de constater que la critique du livre se réduit, le plus souvent, à une accumulation de superlatifs et de données quantitatives : nombre de pages, chiffres des premiers tirages, montant supposé du contrat signé avec l’éditeur, etc. En somme : Littell, combien de divisions ? Les analyses un peu plus sérieuses glissent vers les considérations historiques, éthiques, les réflexions sur l’étiologie du mal… Lanzmann s'en mêle. Mais de critiques véritablement littéraires, point — ou fort peu. On évoque bien, ici ou là, Sade, Blanchot, Bataille… On se montre beaucoup plus discret, par exemple, sur l’ambiguïté de la référence à flaubert qui scande ironiquement (au sens où Kundera parle de l’ironie consubstantielle du roman), qui scande scandaleusement (voir l'étymologie) la coda hallucinée de cette fugue macabre et grotesque.

jeudi, 21 septembre 2006

Lost in translation

medium_adolf.jpgImaginons : votre connaissance de l’allemand est rudimentaire et vous cherchez, sur un forum germanophone, des commentaires sur la B.D. de Walter Moers, Adolf — Äch bin wieder da. Pas de souci ! Grâce à la traduction automatique, il n’y a plus d’obstacle linguistique, tout devient limpide. Qu’on en juge :

"Sûrement — le Moers d'humour est de temps en temps assez le cœur. Rien n'est là pour chacun. On doit toutefois se demander non tout comme craintivement begucken et "des Uh oh, peut cela?". On le peut. Doit-il le vouloir ? Non. Doit-il faire de lui le problème ? Tout à fait sûrement pas."

Vous avez tout à fait sûrement compris. 

mardi, 19 septembre 2006

Pêches de vigne

Humble dessert, nous partageons à midi quelques pêches de vigne, et c'est un peu du goût de l'enfance que l'on retrouve, fugitivement. Goût des "pêches volées dans le pré du voisin", dont parle Arnulf dans une vieille chanson — tel du moins que je l'imagine : j'étais trop sage pour chaparder le moindre fruit — ou des "petits biscaïens pelucheux" qu"évoque Colette. La saveur des pêches de vigne est éminemment nostalgique et littéraire. "Frivole", eût dit Vialatte : "Ce qui est frivole a peu de valeur sans doute, mais en a une certaine, exprimant quelque chose de léger, et qui peut plaire par cette légèreté même." C'est Littré qui l'affirme.

Poésie aphoristique

Le cœur du sensible souffre trop pour aimer

(Henri Michaux)

 

Chaque homme est traversé
Par des voies sans issue

(Paul Valet)

 

Fumer peut entraîner
Une mort lente et douloureuse

(directive 2001/37/CE du 5 juin 2001)

samedi, 16 septembre 2006

Les livres qui nous apprennent à danser 5

Ce matin, tentative de rangement partiel de ma bibliothèque. Tâche décourageante s'il en est, qui réserve tout de même quelques petits bonheurs : je retrouve, parmi une brassée de poches dépenaillés, un des premiers titres de Jacques Bertrand et ce recueil italien de haïku que je croyais définitivement perdu : "Casal Borsetti, fête de l'Unità, 1er août 2000".
 
In questo mondo
contempliamo i fiori ;
sotto, l'inferno.
 
(Kobayashi Issa) 

vendredi, 15 septembre 2006

Grab that cash with both hands and make a stash

Dans le Nouvel Observateur, cette semaine :
rubrique immobilier : vente aux enchères volontaire d’une ancienne bastide, à Hyères. Mise à prix : 4 000 000 d’euros. Rubrique automobile : BMW Z4 M coupé, « un jouet gonflé, survitaminé, optimiste ». Prix : 59 600 euros. Pages mode : Escarpin en satin et tulle noir Christian Louboutin. Prix : 590 euros. Supplément vins : Domaine gauby, la Coume Gineste 2002. Prix : 69 euros. Pour un vin de pays, fût-il "bio", ce n’est pas vraiment donné…
J’ai bien envie, moi, purotin jaloux, de résilier mon abonnement. Qu’est-ce qui me retient ? Les billets de Delfeil de Ton ou de Drillon ; la chronique de Jérome Garcin, parfois. Cette semaine, il est un peu vache avec la Nothomb. Ce n’est pas moi qui le lui reprocherai. J’aime bien ceci : "Le nouveau produit s’appelle Journal d’Hirondelle. Il vaut 14,50 euros [décidément, tout est étiqueté dans ce canard !]. Il appartient à la catégorie des pistolets à eau. Il marche déjà très fort. Une phrase comme : C’est beau, la campagne au lever du soleil, même Mylène Farmer peut la comprendre." En voilà deux d’exécutées. Pour le prix d’une. En tout cas, la Nothomb, maquillée broucolaque et fringuée croque-mort, elle pourrait sûrement se le payer, le jouet survitaminé. Et boire du domaine Gauby, elle qui dit préférer le vinaigre…

mardi, 12 septembre 2006

Jordane transito

Cet après-midi, j'ai franchi le Jourdain.
C'était dans la Nièvre, entre Saint-Amand-en-Puisaye et Myennes.

Pont-de-Bois

Le long de l'allée
Charlie-Parker
Des chats se mussent parmi les
Cotoneasters.

mercredi, 06 septembre 2006

Chanson pour la route

"Un matin nous arriverons réveille-toi dans un café glacé un village désert
Il y a des sanglots des rêves sur les prés abandonnés la vie des gens
Des enfants qui vont à l'école et l'écharpe nouée des amitiés qui s'envole..."

(Jacques Bertin)

Je pars pour une petite semaine...
On the road again ? — Non, ça serait plutôt la route de Pennzac. Ou, disons, de Vahl-lès-Bénestroff ou Taisnières-en-Thiérache. À bientôt.

dimanche, 03 septembre 2006

duneton et les Majuscules

Dans sa chronique du Figaro littéraire en date du 31 août, Claude Duneton s’insurge contre "la manie de supprimer partout les majuscules", et notamment celles qu’il conviendrait, selon lui, de conserver au nom des vins. Personnellement, j’avais plutôt cru constater une tendance inverse, à savoir la manie d’en coller partout, des majuscules. Comme si cela donnait de l’importance à la personne ou à la chose — à moins qu’il ne faille y voir, notamment dans les titres d’œuvres, une influence de l’anglais, qui résout ainsi de façon expédiente un casse-tête orthographique. Quoi qu’il en soit, pour ce qui concerne les vins, la revendication de Duneton relèverait du caprice ou de la foucade, si toutefois elle était autre chose qu’un prétexte susceptible d’alimenter sa copie. Le Dictionnaire des difficultés d’Adolphe V. Thomas, auquel je me fie davantage qu’à Duneton, est très clair : "On écrit sans majuscules : Boire du champagne (pour du vin de champagne), du bordeaux, du bourgogne, du château-lafite, du châteauneuf-du-pape. Un verre de côtes-du-rhône, de pouilly-fuissey, etc." La première édition dudit dictionnaire remontant à 1956, je ne pense pas qu’on puisse mettre cette règle au nombre des "modes et tics orthographiques" dont s’irrite notre chroniqueur.

Et majuscule ou pas, un vin ginguet reste de la piquette !