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mardi, 06 juin 2006

Dernières nouvelles de la littérature

En feuilletant un magazine datant de quelques semaines, j'apprends que Marie-France Etchegoin, Amélie Nothomb, Anny Duperey, Mazarine Pingeot et Mireille Darc ont été en 2005 les auteurs féminins les plus lus. Voilà qui est réconfortant ! Auteurs féminins ? N'eût-il pas fallu parler plutôt d'auteures ou d'écrivaines? J'avoue préférer ce dernier terme, qui inclut un adjectif dont l'étymologie renvoie opportunément au vide.

samedi, 03 juin 2006

Dernières nouvelles de la Femme

Informations matinales. Une grand-mère bourrée a roulé pendant vingt kilomètres sur l'autoroute, du côté de Millau. À contresens.
Une responsable du Secours Populaire avait piqué un peu plus d'un million d'euros dans la caisse : sept ans de prison. Selon Google News, "Amélie Mauresmo s'est facilement qualifié [sic] pour les huitièmes de finale de Roland-Garros".
Dans les plaines à chicorée, Madame Royal croasse.

vendredi, 02 juin 2006

Pattes d'ours 5

"Nous restons en silence au pied de l'escalier. Puis je gravis une marche après l'autre, pendant que les autres hésitent derrière moi, m'imitant pas à pas. L'escalier monte rapide, direct, décidé. Au premier étage, il donne sur un grand salon. Les fenêtres sont fermées par des volets et par des rideaux à l'intérieur. Les meubles gisent dans l'ombre. Au milieu de la pièce, entre les deux fenêtres, un immense ours lève la patte, menaçant. Nous crions toutes. Nous restons tremblantes sur la dernière marche. L'ours maintient immobile sa menace. Et peu à peu, pendant que la sueur glisse, glacée, entre nos omoplates et que notre cœur tambourine dans nos oreilles, la pénombre se dissipe et l'ours révèle ses yeux de verre, ses chairs embaumées"
(Ginevra Bompiani, Le Grand Ours, Stock, 1994)

Pattes d'ours 4

"La patte d'ours, clouée près de la porte de la maison ou de la tente, écarte les mauvais esprits, chez les Toungouses, les Chores, les Tatars de Minoussink." (Chevalier-Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Bouquins, 1982, p. 718)

Pattes d'ours 3

On trouve aussi d'excellentes pattes d'ours, fourrées à la crème pâtissière, dans une boulangerie de Saint-Germain, à la sortie de Troyes, au bord de la nationale 77. On s'arrêtera pour les déguster un peu plus loin. Près du cimetière abandonné de Montigny-la-Resle, par exemple.

Pattes d'ours 2

"Lorsque les Yakoutes, peuple de la Sibérie, rencontrent un ours, ils ôtent leur bonnet, le saluent, l'appellent chef, vieillard ou grand-papa et lui promettent de ne pas l'attaquer, ni de ne jamais dire du mal de lui. Mais s'il fait mine de vouloir se jeter sur eux, ils tirent sur lui, et, s'ils le tuent, ils le coupent en morceaux, le font rôtir et s'en régalent, en répétant sans cesse : Ce sont les Russes qui te mangent et non pas nous." (Alexandre Dumas, Mon dictionnaire de cuisine, 10/18, 2002, p. 468)
On trouvera également dans cet inestimable ouvrage la recette un peu plus détaillée des pattes d'ours, selon Urbain Dubois, qui préconise de "finir" la sauce piquante avec deux cuillerées de gelée de groseille. Le genre de petit détail qui fait la différence.

Pattes d'ours

Les journaux : « L’arrivée de Balou hérisse le poil des militants anti-ours ».
Les ours vous emmerdent ? Bouffez-les !

Pattes d'ours (Lappé médwéde) :
Dépouillez et lavez les pattes d'ours et mettez-les à mariner au moins quarante-huit heures ; après quoi vous les mettrez à blanchir et les rafraîchissez et mettez à cuire dans une bonne cuisson, garnie de divers légumes et aromates ; lorsqu'elles sont cuites, égouttez-les sur un plat, et taillez-les en cinq parties dans leur longueur ; panez à l'anglaise et grillez, servez avec une sauce aigre-douce ou piquante. (A. Petit, Traité de la cuisine russe)

mardi, 30 mai 2006

Météo 15

On nous promet pour demain des températures hivernales et quelques chutes de neige. Le jardin, les prés étaient cet après-midi, sous le ciel plombé, d'un vert de petits pois anglais.
Lecture paresseuse de Quignard : comme toujours, l'alchimie du style opère. Ce qui, chez d'autres, semblerait platitude ou trivialité paraît chez lui marqué par l'intelligence et la grâce. Assurément, notre admiration est partiale. Certaines phrases auraient du mal à passer avec succès le test flaubertien du "gueuloir" : "Le jardin était étroit. Il n'y avait pas d'arbre au centre. Les poules adorent errer parmi les orties..." Mais voici qui rachète tout : "J'éprouve de la joie à dire le paradis qui se tait en nous et que si peu exhument." Le paragraphe meurt en beauté, mimant par anticipation le propos qui sera développé plus loin : "Un beau texte s'entend avant de sonner [...] avant même d'être lue, c'est la langue elle-même qui s'entend dans ce lire."
(Vie secrète, Folio n° 3292, 2005, p. 54, 58-59)

dimanche, 28 mai 2006

Remembrances du vieillard idiot

J'avais
Lorsque j'étais petit
Un éléphant en caoutchouc
Couleur cachou

Le sens de la formule 2

La lecture de Chuck Palahniuk est un bonheur constant. Ce "grand macabre", imprévisible héritier de Jarry (je pense à l'auteur du Surmâle, "roman moderne"), a indiscutablement du style et le sens de la formule. Ceci, par exemple, dans Berceuse : "Un mètre soixante-cinq. Cinquante-trois kilos. Difficile de lui donner un âge. Elle est d'une minceur telle qu'elle doit être, ou bien riche, ou bien en train de mourir. La matière de son tailleur, c'est une sorte de tissu pour canapé qui bouloche, gansé d'une tresse blanche. Il est rose, mais pas rose crevette. La couleur rappelle plus celle d'un pâté à la crevette servi sur canapé avec brin de persil et belle cuillerée de caviar. La coupe en est cintrée à la taille, très près du corps, avec épaulettes bien carrées. La jupe est courte et moulante. Les boutons dorés, énorme. Elle porte des vêtements de poupée." (Berceuse, trad. Freddy Michalski, Folio-policier 412, 2006)
Et des pensées si évidentes et banales qu'elles s'imposent avec la brutalité d'épiphanies : "Avez-vous conscience du fait que tout ce que vous pouvez entreprendre dans le cours de votre existence sera sans signification aucune dans cent ans d'ici ?" On trouve à peu près la même chose dans Kafka sur le rivage. Ce n'est pas franchement optimiste... Mais avons nous la moindre raison de l'être ?