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mercredi, 07 juin 2006

Dernières nouvelles de Louise Labé

La môme Néant LOUISE LABÉ
Quoi qu’a dit ?
— A dit rin.

Quoi qu’a fait ?
— A fait rin.

A quoi qu’a pense ?
— A pense à rin.

Pourquoi qu’a dit rin ?
Pourquoi qu’a fait rin ?
Pourquoi qu’a pense à rin ?

— A’ xiste pas.

Jean Tardieu Mireille Huchon

Commentaires

Bravo !

Écrit par : Pierre Enckell | mercredi, 07 juin 2006

Louise Labe: " une femme si libre qu'elle demande à son amant: "Baise m'encor, rebaise-moi et baise". Une femme rebelle déclarant qu'elle voulait voir les femmes : "non en beauté seulement, mais en science et vertu passer ou égaler les hommes"; et pour cela elle prie " les vertueuses dames, d'élever un peu leur esprits par dessus leurs quenouilles et leurs fuseaux …" Une femme qui murmure, gémit, souffre ou pleure : "Crier me faut mon mal toute la nuit". Une femme qui se moque avec légèreté de l'amoureuse qui soupire en elle - même : " Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie"
De cette femme, nous savons peu de choses. Louise Labé est née à Lyon entre 1520 et 1525, son père est Cordier, on la marie également, à un cordier de trente ans son aîné, de là son surnom " La Belle Cordière ". Grâce à l'amour de son père fasciné par la beauté et l'intelligence de cette petite fille vive et enjouée, elle reçoit une éducation exceptionnelle pour une " femme du peuple ". Louise apprend le latin, l'italien, quelques rudiments de grec, la musique (on l'appellera " La dame au luth "), mais aussi tous les arts des armes traditionnellement réservé aux hommes. Au mépris des condamnations religieuses de l'époque, elle s'habille en homme pour monter à cheval tel un écuyer et " Le capitaine LOYS " (comme on l'appellera aussi) s'illustre aux jeux martiaux de la joute. En 1555 par privilège accordé par le Roy, Louise est la seule lyonnaise de son temps à être publiée de son vivant. Le recueil contient un texte en prose : " le Débat de folie et d'amour ", trois élégies, vingt-quatre sonnets. Immense et immédiat succès de ce petit livre qui fut réédité 3 fois au cours de l'année 1556. Nous ne savons presque rien sur les dix dernières années de sa vie. En 1566, Louise Labé part discrètement. Aujourd'hui plus vivante que bien des vivants, Louise Labé Lyonnaise, philosophe de l'amour, continue à plaider pour un plus juste équilibre des relations entres les hommes et les femmes. Ses écrits sont des paroles de foi, adressées aux femmes certes, mais " la belle rebelle" ne souhaite pas que les hommes paient en place de ceux qui l'ont offensée. De ses amours auréolés de mystères, ne retenons que ce qu'elle nous en dit. Elle se serait donnée à l'âge de 16 ans à un homme de guerre. " Je n'avais vu encore seize hivers/ lorsque j'entrai en ces ennuis divers "

Les outrances amoureuses attribuées à Louise ne sont que le désir et la volonté de disposer de sa vie. Louise est transparente dans l'aveu de son espérance d'amour. Une amoureuse, Louise ? Plus encore. Elle va donner voix à l'expression féminine de la passion: une femme peut oser déclarer son désir sans attendre de se sentir désirée. Sa religion est l'amour, sa morale est l'amour, sa liberté est l'amour. "Le plus grand plaisir qu'il soit après l'amour, c'est d'en parler "dit-elle. "

Écrit par : RPH | jeudi, 08 juin 2006

Il y a toujours quelque universitaire en mal de réputation ou d'argent pour sous couvert d'approche scientifique ruiner nos rêves fous.

Est-elle sure, dame Huchon, que Scève existat ?
Au fait, existe-t-elle, elle même ?

Écrit par : grapheus tis | jeudi, 08 juin 2006

C'est peut-être cette approche biographique, plus ou moins sainte-beuvienne, marquée par de trop évidents clichés, qui a pu indisposer Mme H. et la conduire à sa thèse iconoclaste — manifestation délirante et paradoxale d'un féminisme poussé jusqu'à la rigidité mentale. Louise L. aime être aimée, et le proclame ? Elle ne peut donc être qu'une esclave chimérique née de fantasmes masculins.
On peut finalement préférer ceci :
"Louise fait appel à tout pour calmer son ardeur, aux illusions, au mensonge. Mais elle charme sa peine et son attente avec des mots tremblants, gonflés de gémissements et de soupirs. Ses vers traversés de courants chaleureux, de déceptions et d'espoirs, appellent le ravisseur aux cheveux blonds qui enlève les adolescentes. Ils s'élancent à la suite de l'âme envolée, passent à belle allure dans une ombre rouge où le poison se dissimule. Ils sont écrits le cœur battant."

Écrit par : C.C. | jeudi, 08 juin 2006

G.T. : ma précédente note, sans être vraiment une réponse à RPH, aurait dû, vous l'avez compris, s'inscrire à la suite de la sienne.
Pour ce qui est de l'existence de Mme H. (on pense à l'anecdote bien connue du graffiti annonçant la mort de Dieu), je ne la mettrai pas en doute, ayant eu l'occasion de la croiser dans divers colloques. Je ne m'interrogerai pas davantage sur son potentiel érotique ; mais, n'ayant jamais vu rire, ni même sourire cette dame qui a tant travaillé sur Rabelais, je serais enclin à supposer que, malgré l'intérêt qu'elle manifeste pour les poèmes attribués à Louise Labé, elle n'est pas du genre à demander qu'on la baise et rebaise. Fût-ce simplement au sens du XVIe siècle.

Écrit par : C.C. | jeudi, 08 juin 2006

Mireille Huchon (je ne la connais pas) mérite-t-elle d'être attaquée personnellement à propos de sa thèse sur Louise Labé ?

Rt pourquoi donc appeler celle-ci par son prénom ? Dit-on Maurice en parlant de Scève, ou Paul en parlant de Verlaine (ou d'Eluard) ?

Écrit par : Pierre Enckell | jeudi, 08 juin 2006

Le prénom, que je ne crois pas, pour ma part, avoir employé seul, pourrait avoir une valeur disons affectueuse ou euphorique. Personne ne s'étonne qu'on dise Jean-Jacques ou Jean-Paul, et l'on sait bien de qui l'on parle... Réduire Louise Labé à son seul petit nom, comme le fait K. Haedens (cit. supra), c'est lui reconnaître son caractère unique et, pour le lecteur, reconnaître avec elle une sorte d'intimité, de relation privilégiée (quoique — ou peut-être parce que — d'ordre strictement littéraire).
Pour ce qui est de Mme Huchon, j'admets que mes propos n'étaient pas très courtois et un peu gratuits. Cela pour couper court...

Écrit par : C.C. | jeudi, 08 juin 2006

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3260,36-770476,0.html

Je ne crois pas que l'on puisse accuser Fumaroli de"manifestation délirante et paradoxale d'un féminisme poussé ."

Écrit par : Madame Mac Miche | jeudi, 08 juin 2006

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1- href="mailto:0@2">0@2-3260,36-770476,0.html

Ca devrait mieux fonctionner.

Écrit par : Madame Mac Miche | jeudi, 08 juin 2006

Désolé, mais il faut faire une recherche sur google sur
labé huchon fumaroli pour accéder à cet article du Monde

Écrit par : Madame Mac Miche | jeudi, 08 juin 2006

"Louise L. aime être aimée, et le proclame ? Elle ne peut donc être qu'une esclave chimérique née de fantasmes masculins." - Vraiment? Mon interrogation n'a aucun substrat féministe; seulement étonnée. Vous pouvez expliquer, développer, votre affirmation?

Écrit par : Kate | jeudi, 08 juin 2006

J'avais lu cet article de Fumaroli quand il est paru, et pensé : s'il dit vrai, rendons grâce aux hommes qui ont su inventer cette femme !
Ce sont des hommes aussi qui m'ont inventée, à commencer par ceux dont j'ai lu tant de livres. Ce sont eux, ma mère.

Écrit par : Alina | jeudi, 08 juin 2006

M.M.M. : merci pour les références de l'article de Fumaroli, qui, tout laudatif qu'il est, ne me convainc pas totalement de la pertinence des analyses de Mireille Huchon. En revanche, je souscris à la réaction de François B. sur la démarche de l'éditrice de Rabelais.
Kate : lorsque j'écris les phrases que vous citez, je n'exprime évidemment pas mon point de vue. J'essaie simplement de comprendre le fonctionnement de la logique sur quoi se fonde le mode de pensée de M. Huchon.
Alina : j'aime beaucoup la conclusion de votre note. Le style, c'est la femme même...

Écrit par : C.C. | jeudi, 08 juin 2006

Ainsi, si je suis le fil d'Alina, la maternité est masculine. L'envie du phallus serait-elle l'envie de la mère (non pas l'envie qu'a la mère)? Freud en serait renversé, Alina (sourire).
J'ai souvent cru être seule avec ma conviction que les féministes, stricto sensu, avaient tort de reprocher leur féminité aux hommes: l'état de femme se mesure à l'aune de l'homme et inversement. Inversement.

Écrit par : Kate | jeudi, 08 juin 2006

J'ai cinq cents ans, ma p'tite Mireille,
Et je t'emmerde en attendant !

Écrit par : Louise Labé | jeudi, 08 juin 2006

C'est curieux. Plusieurs de ces réactions indiquent, il me semble, qu'elles sont justement provoquées par la valeur mythique de Louise Labé, "grande amoureuse", "femme libre" - alors que M.H. montre justement qu'il n'existe aucun document sur sa personne.

Si quelque chercheur développait une thèse tendant à prouver que Marguerite de Navarre, par exemple (ou Clément Marot, ou Maurice Scève), n'a pas écrit les poèmes qui lui sont attribués, il n'y aurait sûrement pas autant de protestations. Cela prouve bien que Louise Labé est un symbole, et rejoint la démonstration de Mireille Huchon...

Écrit par : Pierre Enckell | jeudi, 08 juin 2006

Il y a toujours quelque risque à vouloir démythifier — ou démystifier. Et cela n'est pas seulement vrai dans le cas de Louise Labé (figure tout aussi symbolique — et désormais improbable — que celle de Sapho) : qu'on pense au tollé soulevé par ce chercheur qui prétendait prouver que les pièces de Molière ont été, en réalité, écrites par Corneille. Dans ce dernier cas, beaucoup plus trivialement, c'est la crainte de voir des années de travaux universitaires réduits à rien, la peur du ridicule qui a suscité l'indignation des spécialistes. Pensez : on vous démontre que vous avez passé votre vie à faire l'exégèse d'une œuvre en vous trompant sur l'identité de son auteur réel ! Vous avez l'air de quoi ?

Écrit par : C.C. | jeudi, 08 juin 2006

Dans l'affaire Molière/Corneille, initiée autrefois par Pierre Louÿs et rallumée ensuite à trois reprises, ce sont plutôt les partisans de l'auteur unique qui se sont couverts de ridicule.
Sur le dernier cas, il y a tout un dossier en ligne, que j'ai lu attentivement il y a quelques mois. C'est bel et bien une interprétation erronée des statistiques qui est en cause.

N'importe qui peut écrire un livre tendant à prouver que la lune est un fromage, et, s'il a du bagout, passer ensuite à la télé en suscitant un émoi journalistique. On ne dira pas que les astronomes qui le contrediront craignent de voir leurs travaux réduit à zéro...

Écrit par : Pierre Enckell | jeudi, 08 juin 2006

"Attribuer l'Imitation de Jésus-Christ à Louis-Ferdinand Céline ou à James Joyce, n'est ce pas renouveler suffisamment les minces conseils sprituels de cet ouvrage ?"
Borges.

Écrit par : Tlön | vendredi, 09 juin 2006

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