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samedi, 19 avril 2014

Parc des Volcans

Animal-sitting durant tout le week-end pascal.
La nuit est tombée. Tout dort dans les volières, les enclos, les clapiers. Les chiens, prompts à clabauder tout le jour, se sont enfin tus, ayant regagné leur niche. Les plus paresseux des chats s'approprient coussins et canapés, le plus jeune est parti pour ses chasses nocturnes.
Le feu flambe dans la cheminée.
Silence...

dimanche, 13 avril 2014

Tambour et tombola

"M. Jean Richepin a fait jeudi son entrée sous la Coupole au son du tambour. C'est le rite. Lorsqu'un nouvel académicien, vêtu de son habit neuf, se présente devant la lourde porte verte, des militaires portent les armes et le tambour bat aux champs. Depuis Napoléon Ier, il y a toujours eu dans le vestibule du palais, aux jours de réception académique, un piquet d'honneur et un tambour.
Toujours, sauf une fois, voilà trois ans, quand M. Étienne Lamy vint prendre séance. Ce jour-là il y eut bien un piquet d'honneur, mais le tambour manquait. À sa place, il y avait un clairon.
Un clairon ! tout le monde fut d'accord pour le prier de se taire. M. Étienne Lamy fut reçu sans tambour ni trompette.
Le secrétaire de l'Institut fit au ministère de la guerre les démarches nécessaires pour éviter le retour d'un pareil incident. On lui promit que jamais plus on ne verrait de clairon sur le passage du récipiendaire. Mais, pour plus de certitude, le secrétaire perpétuel, chaque fois qu'il écrit au ministre pour lui demander le piquet, prend soin d'ajouter : avec un tambour." (Le Figaro, samedi 20 février 1909)

Reçu, croit-on savoir, sans tambour ni autres trompettes que celles de sa renommée, M. Finkielkraut sera-t-il, dans un siècle, aussi célèbre qu'aujourd'hui le secrétaire perpétuel Étienne Lamy ?
L'immortalité est une tombola. Tambour et tombola, c'est du pareil au même, disait Tarkos.

mardi, 08 avril 2014

Petite anthologie portative 79

Oh, que la plèbe se divertisse, cela m'a toujours satisfait.
Je suis étranger à sa joie, mais pas étranger au fait qu'elle en ait.
Je veux qu'ils soient joyeux à leur manière même.
S'ils l'étaient à la mienne ils seraient tristes.
Je ne prétends pas être comme eux, ni qu'eux soient comme moi.
Chacun à sa place et dans sa propre joie,
Chacun à son point d'esprit et parlant dans sa langue.
J'entends leur joie, je l'aime, je ne participe pas, je ne peux pas l’avoir.

(Fernando Pessoa / Álvaro de Campos, Derniers poèmes, poèmes posthumes datés, trad. Patrick Quillier, in F.P., Œuvres poétiques, Gallimard, Bibl. de La Pléiade, 2001)

 

dimanche, 06 avril 2014

Contre les dégoûts de la vie

Relire les laconiques inscriptions d'un poète.
"Nous errons auprès de margelles dont on a soustrait les puits."

jeudi, 03 avril 2014

Eymoutiers

Rebeyrolle 4.jpgNous profitons d'une journée qui s'annonce grise et vaguement pluvieuse pour une escapade en Limousin : depuis longtemps je me promets de visiter l'Espace Rebeyrolle, à Eymoutiers.
J'en reviendrai proprement sidéré. La peinture de Rebeyrolle appelle le superlatif et l'oxymore : toiles démesurées où fermente et dégouline une matière épaisse, ici figée comme une lave refroidie, craquelée, écailleuse et friable, là, travaillée, devine-t-on, de sourdes fermentations, grouillante, sanieuse, sanguinolente. Des sédiments terreux esquissent de vagues orographies où ruissellent des fluides, où s’enchâssent d'érugineuses immondices ; des haillons s'accrochent à des moignons de branches... Voici des corps, convulsés, meurtris, saisis dans les contorsions de la souffrance ou de l'orgasme, des viscères, des poils, résidus de poubelles d'hôpital ou d'abattoir. Intérieurs vides et glacés, asiles ou mausolées, singes et chiens. On redoute à tout moment que le cauchemar s'anime, que le pandémonium se déchaîne, que le silence se déchire, que des rugissements telluriques secouent ces paysages tout juste émergés du chaos primordial, que les hurlements des torturés, les vagissements des fantômes, le bafouillis des ivrognes ou des déments débondent en mascaret dans les couloirs et les salles.
Au-dehors, l'air un peu frais rompt le "noir enchantement", la "Fontaine de Jouvence", macabre allégorie, pissote son petit jet verlainien.
Nous n'irons pas jusqu'à Tarnac, où je dois avoir encore quelques lointains cousins. Il est un peu tard, aussi, pour un pèlerinage littéraire sur les terres "siomoises" de Richard Millet ou à Taphalescha, au nom évocateur de mines d'or et de cavaliers sauvages.
Retour donc, sous un ciel triste, par le lac de Vassivière, Felletin, Aubusson : le plateau de Millevaches et les mélancoliques campagnes de l'ancienne Marche. Nous dînerons, au retour, des rillettes d'oie et du gros pain de campagne achetés au marché d'Eymoutiers.

lundi, 31 mars 2014

Lentilles vert émeraude 2

Tout occupé des préparatifs du petit-déjeuner, je prête une oreille distraite aux jabotages post-électoraux des invités politiques de France-Culture. Je crois entendre : "... plateau de fromages" — avant de réaliser que c'est du "taux de chômage" qu'il est question. Ventre affamé...

samedi, 29 mars 2014

Pinard, crus et climats

"Les vins de la "Côte d'Auxerre", rivaux des vins du Tonnerrois, sont fort bons, quoique de moindre qualité que ceux de la "Côte-d'Or". Les principaux crus sont : Migraine, la Chaînette, Queutard, Judas et Boivin, dont les produits se recommandent par leur vinosité, leur finesse et leur bouquet." (Paul Joanne, Dictionnaire géographique et administratif de la France et de ses colonies, Hachette, 1890 - Tome 1 (A-B), article "Auxerrois", p. 229)
Certains de ces toponymes pittoresques sont également mentionnés dans le Discours joyeux en façon de sermon, faict avec notable industrie par deffunct Maistre Jean Pinard, lorsqu'il vivoit trottier semiprebendié en l'Eglise de S. Estienne d'Aucerre sur les climats et finages des Vignes dudict lieu, Auxerre, Pierre Vatard, 1607.

jeudi, 27 mars 2014

Courir les rues 5

"Google Maps" nous épargne "le vain travail de voir divers pays", nous offrant à domicile le voyage dans l'espace — aussi bien que dans un passé proche. On découvre ainsi qu'à Clermont-Ferrand, dans les premières années de ce siècle, les établissements "Porcentre" — "Viandes & Salaisons - Charcuterie - Plats cuisinés" — ont remplacé, rue du Pré-la-Reine, la Société Protectrice des Animaux, laquelle avait fort opportunément son siège en face des abattoirs et des parcs à bestiaux. Il semblerait d'ailleurs que, depuis la date des prises de vues, on ait délocalisé à Volvic l'usine à cochonnailles. Pour les cochonneries, on apprendra que l'ancien cinéma porno de l'avenue d'Italie a été reconverti en église évangélique. La croix latine plaquée sur la façade — exorcisme d'appropriation évoquant la christianisation des mégalithes phalliques — peut se lire comme une rémanence isotopique et anamorphique de la croix de Saint-André, idéographe stigmatisant doublement ce VOX, où l'on passait naguère des films X.

mardi, 25 mars 2014

Le grand style 24

"Sur le toit de la forêt, dans le bourdonnement des cantharides, une perruche qui s'était frottée aux hommes répétait un mot pêché dans l'ombre." (Georges Ribemont-Dessaignes, L’Autruche aux yeux clos, Allia, 1993)
Juste histoire d'écrire quelque chose... Pluie froide au-dehors, réverbères de la rue éteints : nous aurions bien besoin d'un peu d'exotisme.

dimanche, 09 mars 2014

Amour des listes et orgue 11

Disques du moment :

  1. Luciano Berio, Coro — Kölner Rundfunkchor, Herbert Schernus / Kölner Rundfunk-Sinfonieorchester, Luciano Berio (Brilliant Classics) ;
  2. Giovanni Bottesini, Messa da Requiem — Marta Matheu, Gemma Coma-Alabert, Agustín Prunell-Friend, Enric Martínez-Castignani ; Joyful Company of Singers / London Philarmonic Orchestra, Thomas Martin (Naxos) ;
  3. Michael Haydn, Requiem pro defuncto archiepiscopo Sigismundo / Missa in honorem sanctæ Ursulæ — Carolyn Sampson, Hilary Summers, James Gilchrist, Peter Harvey ; Choir of the King's Consort / The King Consort, Robert King (Hyperion) ;
  4. Gustav Mahler, Symphonies 1-10 / Das Lied von der Erde — Radio-Sinfonie-Orchester Frankfurt, Eliahu Inbal (Brilliant Classics) ;
  5. Arvo Pärt, Fratres  / Festina lente / Summa / Cantus in memory of Benjamin Britten — Hungarian State Opera Orchestra, Tamás Benedek (Naxos) ;
  6. Krzysztof Penderecki, A Polish Requiem — Izabela Kłosińska, Jadwiga Rappé, Ryszard Minkiewicz, Piotr Nowacki ; Warsaw National Philarmonic Choir, Henryk Wojnarowski / Warsaw National Philarmonic Orchestra, Antoni Wit (Naxos) ;
  7. Carl Rütti, Requiem — Olivia Robinson, Edward Price ; The Bach Choir / Southern Sinfonia, Jane Watts, David Hill (Naxos) ;
  8. Karlheinz Stockhausen, Stimmung — Suzanne Flowers, Penelope Walmsley-Clark, Nancy Long, Rogers Covey-Crump, Gregory Rose, Paul Hillier ; Gregory Rose (Hyperion) ;
  9. Mieczyslaw Weinberg, Symphony n° 8 "Polish Flowers" — Rafał Bartmiński / Warsaw Philarmonic Orchestra and Choir, Antoni Wit (Naxos).

Et pour l'orgue : Martial Caillebotte, Messe solennelle de Pâques — Mathilde Vérolles, Patrick Garayt, Érice Martin-Bonnet / Chœur régional Vittoria d'Île-de-France / Orchestre Pasdeloup, Michel Piquemal. L'orgue est tenu par Mathias Lecomte.