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jeudi, 27 mars 2014

Courir les rues 5

"Google Maps" nous épargne "le vain travail de voir divers pays", nous offrant à domicile le voyage dans l'espace — aussi bien que dans un passé proche. On découvre ainsi qu'à Clermont-Ferrand, dans les premières années de ce siècle, les établissements "Porcentre" — "Viandes & Salaisons - Charcuterie - Plats cuisinés" — ont remplacé, rue du Pré-la-Reine, la Société Protectrice des Animaux, laquelle avait fort opportunément son siège en face des abattoirs et des parcs à bestiaux. Il semblerait d'ailleurs que, depuis la date des prises de vues, on ait délocalisé à Volvic l'usine à cochonnailles. Pour les cochonneries, on apprendra que l'ancien cinéma porno de l'avenue d'Italie a été reconverti en église évangélique. La croix latine plaquée sur la façade — exorcisme d'appropriation évoquant la christianisation des mégalithes phalliques — peut se lire comme une rémanence isotopique et anamorphique de la croix de Saint-André, idéographe stigmatisant doublement ce VOX, où l'on passait naguère des films X.

mardi, 25 mars 2014

Le grand style 24

"Sur le toit de la forêt, dans le bourdonnement des cantharides, une perruche qui s'était frottée aux hommes répétait un mot pêché dans l'ombre." (Georges Ribemont-Dessaignes, L’Autruche aux yeux clos, Allia, 1993)
Juste histoire d'écrire quelque chose... Pluie froide au-dehors, réverbères de la rue éteints : nous aurions bien besoin d'un peu d'exotisme.

dimanche, 09 mars 2014

Amour des listes et orgue 11

Disques du moment :

  1. Luciano Berio, Coro — Kölner Rundfunkchor, Herbert Schernus / Kölner Rundfunk-Sinfonieorchester, Luciano Berio (Brilliant Classics) ;
  2. Giovanni Bottesini, Messa da Requiem — Marta Matheu, Gemma Coma-Alabert, Agustín Prunell-Friend, Enric Martínez-Castignani ; Joyful Company of Singers / London Philarmonic Orchestra, Thomas Martin (Naxos) ;
  3. Michael Haydn, Requiem pro defuncto archiepiscopo Sigismundo / Missa in honorem sanctæ Ursulæ — Carolyn Sampson, Hilary Summers, James Gilchrist, Peter Harvey ; Choir of the King's Consort / The King Consort, Robert King (Hyperion) ;
  4. Gustav Mahler, Symphonies 1-10 / Das Lied von der Erde — Radio-Sinfonie-Orchester Frankfurt, Eliahu Inbal (Brilliant Classics) ;
  5. Arvo Pärt, Fratres  / Festina lente / Summa / Cantus in memory of Benjamin Britten — Hungarian State Opera Orchestra, Tamás Benedek (Naxos) ;
  6. Krzysztof Penderecki, A Polish Requiem — Izabela Kłosińska, Jadwiga Rappé, Ryszard Minkiewicz, Piotr Nowacki ; Warsaw National Philarmonic Choir, Henryk Wojnarowski / Warsaw National Philarmonic Orchestra, Antoni Wit (Naxos) ;
  7. Carl Rütti, Requiem — Olivia Robinson, Edward Price ; The Bach Choir / Southern Sinfonia, Jane Watts, David Hill (Naxos) ;
  8. Karlheinz Stockhausen, Stimmung — Suzanne Flowers, Penelope Walmsley-Clark, Nancy Long, Rogers Covey-Crump, Gregory Rose, Paul Hillier ; Gregory Rose (Hyperion) ;
  9. Mieczyslaw Weinberg, Symphony n° 8 "Polish Flowers" — Rafał Bartmiński / Warsaw Philarmonic Orchestra and Choir, Antoni Wit (Naxos).

Et pour l'orgue : Martial Caillebotte, Messe solennelle de Pâques — Mathilde Vérolles, Patrick Garayt, Érice Martin-Bonnet / Chœur régional Vittoria d'Île-de-France / Orchestre Pasdeloup, Michel Piquemal. L'orgue est tenu par Mathias Lecomte.

mardi, 04 mars 2014

Printemps des poètes 6

Comme chaque année, le "Printemps des poètes" offre à l'inévitable Jean-Pierre Siméon l'occasion de nous bassiner avec ses pontifiantes sornettes et ses platitudes démagogiques, pieusement retranscrites, ce dimanche, dans les pages magazine de La Montagne. "La poésie doit être un fait social", affirme avec force le "directeur artistique" de cette manifestation "à la fois simple et ambitieuse". Variante pauvre d'une formule éculée de Lautréamont, qui n'a guère plus de sens que tout le reste de l'entretien, dans lequel on apprend que les responsables de cette quinzaine de la rimaillerie ont "été sollicités par le ministère de la Défense" afin de commémorer le "70e anniversaire de la Libération et de la victoire sur le nazisme". "Nous avons accepté avec enthousiasme — déclare notre aède stipendié —, pour faire face au retour actuel de la haine." Voilà qui est grand et beau, en ces temps où "la société est plus antipoétique que jamais". C'est terrible : on en regretterait presque la métromanie du XVIIIe siècle...
Mais, peut-être que les poètes, on pourrait leur f... un peu la paix. Ou commencer par les relire. Mallarmé, tiens : "Comme tout ce qui est absolument beau, la poésie force l’admiration ; mais cette admiration sera lointaine, vague, — bête, elle sort de la foule. Grâce à cette sensation générale, une idée inouïe et saugrenue germera dans les cervelles, à savoir, qu’il est indispensable de l’enseigner dans les colléges, et irrésistiblement, comme tout ce qui est enseigné à plusieurs, la poésie sera abaissée au rang d’une science. Elle sera expliquée à tous également, égalitairement, car il est difficile de distinguer sous les crins ébouriffés de quel écolier blanchit l’étoile sibylline." ("Hérésies artistiques" — "L'art pour tous", L'Artiste, septembre 1862)
La poésie faite par tous ? On en trouve quelques échantillons dans les toilettes des autoroutes.

mardi, 25 février 2014

Die Verwandlung

Clapi parmi les livres, je m'endors, aux petites heures, sur les pages. Je me réveillerai un beau jour métamorphosé en lépisme. Je filerai me réfugier dans la gouttière de quelque in-quarto poussiéreux, d'où nul plumeau ne viendra me déloger.

samedi, 15 février 2014

Résurrection des corps

Tous à poil !

lundi, 10 février 2014

Pluviôse

Pluviôse, le bien nommé — si avril est "le plus cruel des mois", février est assurément l'un des plus tristes, avec ses journées grises, ses boues, ses brouillards, ses "ragas" qui détrempent labours et pâtures. On s'abandonnerait facilement à la "marinade", n'étaient les livres, les "bons hôtes muets" de nos bibliothèques. Ma table — je n'ose dire de travail — est encombrée des volumes parcourus ces derniers jours, pour y rechercher quelque référence, ou feuilletés pour une lecture à la billebaude.
Quelques découvertes : Cristina Campo, Catherine Pozzi — l'œuvre la plus mince qu'on puisse imaginer, mais deux ou trois poèmes somptueux, comme ce "Vale", d'une élégance quasi maniériste : "Quand dans un corps ma délice oubliée / Où fut ton nom, prendra forme de cœur / Je revivrai notre grande journée, / Et cette amour que je t'avais donnée / Pour la douleur." (Très haut amour. Poèmes et autres textes, Poésie/Gallimard, 2010) — ou encore Emily Dickinson, que — dois-je l'avouer à ma grande honte ? — je n'avais jamais lue. On apprend dans la préface de Car l'adieu, c'est la nuit (Trad. et présentation Claire Malroux, Poésie/Gallimard, 2011) que les premiers critiques américains jugeaient ses textes soporifiques et lui reprochaient de "crocheter des appuie-tête". Ce qui relève, sinon de la sottise, du moins de l'erreur de jugement. Là aussi des formules admirables : "... shorter than the Day / I first surmised the Horses' Heads / Were toward Eternity". La plupart de ces poèmes, elliptiques et allusifs, ne recourent à d'autres marques de ponctuation que le tiret : on retrouve ce tic, ou ce procédé, chez Marina Tsvétaïéva, sutures typographiques qui révèlent les coupes claires opérés dans le buissonnement des mots.
Pêle-mêle, encore : Sapphô, Kiki Dimoula, Gaspara Stampa ; des choses déjà lues — Entre chien et loup (André Blanchard, carnets avril-septembre 1987, Le Dilettante, 2007), La Voix et l'ombre (Richard Millet, Gallimard, "L'Un et l'Autre, 2012), dans lequel on apprend que "lorsqu'elle chantait, Marceline Desbordes-Valmore était [...] si émue par sa propre voix qu'elle était interrompue par ses sanglots" ; des choses pas encore lues — de Millet, toujours, Le Cavalier siomois (La Table Ronde, 2004) ou Le Diable, tout le temps de Donald Ray Pollock (Le Livre de Poche, 2013). Un bref avertissement liminaire de l'éditeur français nous apprend que ce cousin de Tristan Egolf, Larry Brown, Chris Offutt et quelques autres a commencé à écrire à 50 ans, après avoir travaillé pendant trente-deux ans dans une usine de pâte à papier. Il y a là quelque logique. En France, aujourd'hui, il semblerait que la plupart de nos auteurs — en général beaucoup plus précoces — n'ont guère connu d'autre usine que la "fabrique du crétin"...

Petite anthologie portative 78

ÉCRIT AU HASARD

Il y a quinze ans sous la lune épanouie,
Nous avons composé des poèmes célébrant les fleurs.
Aujourd'hui, la lune et les fleurs sont les mêmes,
Mais comment retrouver les émois de jadis ?

Li Quingzhao, Les Fleurs du cannelier, trad. Zheng Su. Interprété
et présenté par Ferdinand Stoces, Orphée/La Différence, 1990.

lundi, 03 février 2014

Fauves

"Quel est ce peuple," pensaient-ils, "qui s'amuse à crucifier des lions ?"
Aujourd'hui, on martyrise les chats. On a les fauves qu'on peut...

lundi, 13 janvier 2014

Le sens de l'épigraphe 2

Alice ne voyait pas l'intérêt d'un livre dépourvu de dialogues et d'illustrations — "a book without pictures or conversations".
Pour ce qui me concerne, j'ai le sentiment qu'il manque toujours un petit quelque chose à un livre sans épigraphe, le granum salis qui instaure d'emblée une connivence avec le lecteur, pique sa curiosité ou l'invite, discrètement, à l'approche ironique d'un texte "marqué d'une essentielle précarité" (cf. Michel Charles, Rhétorique de la lecture). Il y aurait une étude à faire sur le rôle — les "enjeux", diraient nos universitaires — de l'épigraphe dans le roman "policier".
L'Irlandais Sam Millar procède, dans Poussière tu seras (The Darkness of Bones, Brandon, 2006 — trad. Patrick Raynal, Points/Policier, 2013), à une farcissure systématique du récit, affectant à chacune des deux parties — de dimensions très inégales — et à chacun des quarante-quatre chapitres du livre — certains très brefs — une citation empruntée à la Bible ou à un catalogue d'auteurs des plus éclectiques : W.-H. Auden, Samuel Beckett, William Blake, Samuel Butler, Lewis Carroll, Coleridge, Dickens, Dostoïevski, T.-S. Eliot, Khalil Gibran, Mary Howitt, Samuel Johnson, La Fontaine, Longfellow, Lovecraft, Thomas Mann, Marianne Moore, Milton, Nietzsche, Pope, Edmund Spenser, Swinburne, Albert von Szent-Gyorgyi, Bayard Taylor, Tennyson, James Thomson, Updike, Voltaire, John Webster, Oscar Wilde. Façon jubilatoire de nous rappeler que, de même "qu'un tableau — avant d'être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote — est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées" (Maurice Denis), une œuvre littéraire n'est faite que de mots, de thèmes et de schèmes constamment repris, réarrangés, dont la combinatoire infinie se confond avec la littérature même.
Sam Millar épuise le procédé en le poussant jusqu'à l'absurde. D'autres auteurs se contentent d'une référence révérencieuse — jusqu'à quel point ? —, tenant à la fois de l'hommage et de l'invocation propitiatoire. Gerard Donovan (Julius Winsome, trad. Georges-Michel Sarotte,
Points/Policier, 2010) se place ainsi sous le parrainage de Marc-Aurèle, tandis que Gianrico Carofiglio (Témoin involontaire, trad. Claude Sophie Mazéas, Rivages/Noir, 2012) cite Lao Tseu : "Ce que la chenille appelle la fin du monde, le reste du monde l'appelle un papillon." L'apophtegme resurgit dans le cours du récit, sous la forme d'une inscription qu'on peut lire sur le tee-shirt d'une des protagonistes. En revanche, on n'en retrouve pas la trace dans le Livre de la Voie et de la Vertu, du moins dans aucune des versions que j'ai pu consulter. Citation vraisemblablement apocryphe, dont le principe s'apparente néanmoins à celui de l'argumentum ad verecundiam : Lao Tseu, comme l'éléphant de Vialatte, est irréfutable.