Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 22 décembre 2013

Tant crie l'on Noel... 7

À la boulangerie, je commande une douzaine de croûtes pour bouchées à la reine : je passerai les prendre le matin de Noël. La boulangère :
— Le matin de Noël... On sera le combien ?

vendredi, 20 décembre 2013

Saucisson de cheval

La plupart des journaux faisant état du récent scandale de la viande chevaline croient utile de préciser — entre parenthèses — qu'un maquignon — entre guillemets — est un "marchand de chevaux" ou de "bestiaux". Il est vrai que le mot a pris, depuis longtemps, une acception plus large — "Négociateur ou entremetteur d'affaires louches ou véreuses" — qui découle naturellement des connotations péjoratives associées à son sens premier, un peu oublié. Et, si les arcanes du commerce des équidés ou des bêtes aumailles sont étrangers au citadin, celui-ci, du moins, ne peut ignorer les turpitudes des coquins de tout acabit qui défraient la chronique. Ces maquignons-là lui sont beaucoup plus familiers que ceux qui hantent encore les champs de foire.

lundi, 09 décembre 2013

Cheval fondu

"Surrexit Paulus de terra apertisque oculis nihil videbat.
C'est le plus beau sermon d'Eckhart : Sur Paul, tombé de son cheval, découvrant que Dieu est néant." (Pascal Quignard, "De raptu Pauli", Les Désarçonnés, chapitre XV)

Y avait-il vraiment un cheval dans cette affaire ? Rien n'est moins sûr :

"Mentitur pictor Paulum qui pinxit equestrem,
Cum clare constet quod fuit ille pedes."

La Vulgate dit simplement : "Et cum iter faceret, contigit ut adpropinquaret Damasco ; et subito circumfulsit eum lux de caelo." (Actes, 9:3)

Natalia Sedova

Préfèrait à la
MAGIE DE NOEL
l'
IMAGE DE LEON.

mardi, 03 décembre 2013

Jude l'Obscur

La quatrième de couverture était louangeuse. Naturellement. C'est le propre d'une quatrième de couverture que de vanter la marchandise, et celui des imbéciles — du nombre desquels je suis, à l'évidence — de s'y laisser prendre. J'ai donc acheté les Chroniques catoniques, de Jude Stefan (La Table ronde, "La Petite Vermillon", 1996) et j'en suis bien déçu, n'y trouvant guère que considérations filandreuses, rien moins que limpides. Lisant cela, on se surprend à se demander ce que l'on est en train de lire et où l'auteur cherche à nous conduire, si tant est qu'il le sache bien lui-même. Parenthèses, tirets, guillemets, incidentes, propositions qui s'enchaînent et se télescopent comme si, ayant peur de laisser échapper une idée, on l'épinglait au petit bonheur, au passage. Voici chroniqués les Écrits de Laure :
" [...] Car les préfaces pèsent sur les tombes, les poèmes il aurait fallu, studieusement, odieusement, apprendre à les parfaire, les concepts tels que le Sacré d'époque — critiqué le plus simplement du monde pages 134 à 142 par un être vivant jusque-là sauf d'idées, et dénoncé s'il n'équivaut à la "nudité" qu'il cherchait — ressortissent à la culture et font tomber dans l'histoire grise, les influences (Nietzsche, qui a proposé ce que Laure quêtait, ce point de génialité où l'on méprise ce que l'on aime) dévorent, en faisant récrire à travers elles des aphorismes de réminiscence, les rencontrent dévoient — si l'érotisme, on s'y perd, et même chaque jour avec plus de liesse, on ne s'y trouve pas : page 253 —, l'hagiographie tourne court avec celles qui ne se veulent saintes, les amis dépriment : "cette conviction qu'aucun être humain ne peut aider un autre", quant aux coups de chapeau des assis, au passage, trente ans après : "emmerdements des airs pesants pour les choses profondes", disait-elle [...]"
Mais c'est moi, peut-être, que la paresse de la retraite a rendu trop stupide pour comprendre "ces notes et études critiques", dont "la véhémence" justifierait l'épithète du titre, référence au "grand Romain Caton qui exhortait à détruire Carthage". Rien de moins !
On retiendra de ce fatras quelques formules heureuses, cette belle phrase, par exemple, qui clôt mélancoliquement la dernière chronique du recueil :
"Les hommes ne se demandent jamais où vont les chiens après leur mort."

mardi, 26 novembre 2013

Culture, dindes, pingouins, galimatias...

La culture fait rage. Les candidates au titre de Miss France ont été soumises, nous dit La Montagne, à un test de Q.G. Sic. Il faut sans doute comprendre qu'il s'agit de "qulture générale" — le folliculaire de service a dû confondre avec le Q.I. Je ne me moquerai pas, étant moi-même, je dois l'avouer, fort embarrassé par certaines questions : "Qui est Carine Roitfeld ?" "Citez une ancienne miss ayant participé à Danse avec les stars." ou encore "Quelle écharpe Marine Lorphelin a-t-elle remportée lors de la finale de Miss Monde 2013 ?"

Un peu partout, on se prépare à la "magie de Noël". Quelques guirlandes lumineuses commencent, le soir, à clignoter aux façades. Nous aurons droit bientôt à "l'animation musicale" du centre bourg : tonitruement des hauts-parleurs, messages publicitaires, rap, guimauve et christmas carols façon Tino Rossi. Les services municipaux, avant de s'attaquer à la crèche (avec père Noël) et au sapin géant, ont déversé quelques mètres cubes de sable aux ronds-points. Les manchots en contreplaqué qu'on y a plantés suggèrent qu'il s'agit de "neige", mais on a la fâcheuse impression de voir un troupeau de pingouins échoués sur la plage d'un camping déshérité. Déprimant spectacle.

Il y a tout de même, parfois, des choses qui vous réconfortent. Je découvre, sur le site de Fabula — que je ne fréquente plus guère, ayant définitivement cessé de m'intéresser aux colloques et publications universitaires — une excellente étude de Pierre Bayard, intitulée "Comment rendre un texte incompréhensible", analyse techniquement impeccable, perspicace et convaincante du texte de Lacan consacré à la "lituraterre". Plutôt que d'ironiser sur le galimatias lacanien, de s'en tirer par le ricanement ou la dérision — attitude qui ne ferait que prouver l'efficacité de la verbigération à quoi le lecteur est confronté —, Bayard, après avoir mis en lumière les procédés et stratagèmes qui contribuent à opacifier le discours du maître, nous convainc que c'est l'illisibilité même du propos qui nous en livre le sens profond. C'est un bonheur que de voir ainsi l'intelligence à l'œuvre.
"Mais peut-être, me dira-t-on, Pierre Bayard ne sait-il pas quelle écharpe Marine Lorphelin a remportée lors de la finale de Miss Monde 2013..."

lundi, 18 novembre 2013

"Le sale automne"

Froid et brouillard, soleil "blanc comme un crachat d'estaminet". Au jardin, quelques pommes oubliées pourrissent dans l'herbe mouillée, parmi les feuilles mortes. Gratte-culs et cenelles, "bonnets à prêtre" pointillent de rouge ou de rose les haies hirsutes, pleines de pépiements frileux.
Journées brèves, paresseuses et mélancoliques. On écoute, à la veillée, des mélodies de Louis Saguer, on feuillette quelque livre, on rêvasse sur de vieilles cartes postales, dont le texte laconique, crayonné d'une main maladroite, pâli par le temps, est devenu à peu près indéchiffrable. Au verso de l'une d'elles ("En Lorraine - Guerre 1914. Lunéville. Un groupe d'Officiers et Sous-Officiers allemands sur la terrasse du Château"), on lit ces seuls mots : "Contre quoi on lutte farouche et Barbare."

mercredi, 06 novembre 2013

Solderies, bouquins, hasards objectifs 2

CL.jpgIl y a huit ans, jour pour jour, je consacrais une note au recueil de photographies de Denis Proteor, Parts pour l'âme chaudron. Même s'il est peut-être exagéré de voir un hasard objectif dans ce qui est à peine une coïncidence, je suis tout de même vaguement troublé d'avoir découvert hier, dans ma solderie attitrée, un lourd et luxueux volume qui appelle à peu près le même commentaire, suscite le même dégoût, mêlé de fascination morbide.
Ce Toxytt, de Cheyco Leidmann (La Martinière, 2008) — quelque 300 pages de photomontages — est aussi nauséeux que les pires divagations pornographiques d'Hubert Selby ou Guyotat, étalage d'une sorte de kitsch macabre, grandguignolesque et  flamboyant, associant en oxymores visuels, lividités et fluorescences hideuses, isotopies de la crasse, de la pourriture, du sexe, de la mutilation et de la mort, sur fond de friches urbaines post-apocalyptiques... Cela se vend au cinquième du prix marqué. Si l'on est auvergnat — même par inadvertance —, on n'hésite pas.
Acheté également, beaucoup moins fangeux, plutôt rafraîchissant même, en dépit de la faune observée, Métro, de Leïla Sebbar (Éditions du Rocher, 2007), "instantanés", croquis et scénettes, pris sur le motif, au gré des hasards quotidiens de la "Babel souterraine". C'est malicieux, ironique ou touchant.
Reçu encore, ce matin, un colis de livres (le facteur klaxonne dans sa camionnette jaune, je chausse précipitamment mes sabots) : le lot mensuel de polars, pour l'heure somnolente de la sieste, du coucher ou les moments d'insomnie — auquel j'ai ajouté L'Air du pays, de Kléber Haedens (Albin Michel, 1963, rééd. 1986). Je le feuillette déjà et je sais que je regretterai demain de l'avoir trop vite lu — heureux tout de même d'avoir croisé au détour des pages quelques fantômes très chers et goûté plus d'un bonheur d'écriture. Un sens de la formule jubilatoire : "Il se peut que Delteil soit de ceux qui apportent au banquet une poignée de cerises rouges." Tout est dit, mieux qu'en de longues divagations critiques, soporifiques et jargonnantes.

lundi, 04 novembre 2013

Critiquature 3

"Yann Moix, prix Renaudot 2013. Gabriel Matzneff remporte le Renaudot essai." (Les journaux)

"Tout bien considéré, sous l'angle du guetteur et du tireur, il ne me déplaît pas que la merde monte à cheval." (René Char, Moulin premier, XLIII)

dimanche, 27 octobre 2013

Bord des larmes 2

Sans Chagrin.jpg

La petite fille de la réclame, qui souriait naguère pour Shell, nous a quittés — et c'est une immense tristesse.
Faisant route vers le cimetière du Brionnais où nous allons retrouver une poignée de vieux amis, nous passons près de Lapalisse. On lit, sur un panneau indicateur : "Sans Chagrin".
Ce n'est pas notre direction...