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lundi, 18 novembre 2013

"Le sale automne"

Froid et brouillard, soleil "blanc comme un crachat d'estaminet". Au jardin, quelques pommes oubliées pourrissent dans l'herbe mouillée, parmi les feuilles mortes. Gratte-culs et cenelles, "bonnets à prêtre" pointillent de rouge ou de rose les haies hirsutes, pleines de pépiements frileux.
Journées brèves, paresseuses et mélancoliques. On écoute, à la veillée, des mélodies de Louis Saguer, on feuillette quelque livre, on rêvasse sur de vieilles cartes postales, dont le texte laconique, crayonné d'une main maladroite, pâli par le temps, est devenu à peu près indéchiffrable. Au verso de l'une d'elles ("En Lorraine - Guerre 1914. Lunéville. Un groupe d'Officiers et Sous-Officiers allemands sur la terrasse du Château"), on lit ces seuls mots : "Contre quoi on lutte farouche et Barbare."

mercredi, 06 novembre 2013

Solderies, bouquins, hasards objectifs 2

CL.jpgIl y a huit ans, jour pour jour, je consacrais une note au recueil de photographies de Denis Proteor, Parts pour l'âme chaudron. Même s'il est peut-être exagéré de voir un hasard objectif dans ce qui est à peine une coïncidence, je suis tout de même vaguement troublé d'avoir découvert hier, dans ma solderie attitrée, un lourd et luxueux volume qui appelle à peu près le même commentaire, suscite le même dégoût, mêlé de fascination morbide.
Ce Toxytt, de Cheyco Leidmann (La Martinière, 2008) — quelque 300 pages de photomontages — est aussi nauséeux que les pires divagations pornographiques d'Hubert Selby ou Guyotat, étalage d'une sorte de kitsch macabre, grandguignolesque et  flamboyant, associant en oxymores visuels, lividités et fluorescences hideuses, isotopies de la crasse, de la pourriture, du sexe, de la mutilation et de la mort, sur fond de friches urbaines post-apocalyptiques... Cela se vend au cinquième du prix marqué. Si l'on est auvergnat — même par inadvertance —, on n'hésite pas.
Acheté également, beaucoup moins fangeux, plutôt rafraîchissant même, en dépit de la faune observée, Métro, de Leïla Sebbar (Éditions du Rocher, 2007), "instantanés", croquis et scénettes, pris sur le motif, au gré des hasards quotidiens de la "Babel souterraine". C'est malicieux, ironique ou touchant.
Reçu encore, ce matin, un colis de livres (le facteur klaxonne dans sa camionnette jaune, je chausse précipitamment mes sabots) : le lot mensuel de polars, pour l'heure somnolente de la sieste, du coucher ou les moments d'insomnie — auquel j'ai ajouté L'Air du pays, de Kléber Haedens (Albin Michel, 1963, rééd. 1986). Je le feuillette déjà et je sais que je regretterai demain de l'avoir trop vite lu — heureux tout de même d'avoir croisé au détour des pages quelques fantômes très chers et goûté plus d'un bonheur d'écriture. Un sens de la formule jubilatoire : "Il se peut que Delteil soit de ceux qui apportent au banquet une poignée de cerises rouges." Tout est dit, mieux qu'en de longues divagations critiques, soporifiques et jargonnantes.

lundi, 04 novembre 2013

Critiquature 3

"Yann Moix, prix Renaudot 2013. Gabriel Matzneff remporte le Renaudot essai." (Les journaux)

"Tout bien considéré, sous l'angle du guetteur et du tireur, il ne me déplaît pas que la merde monte à cheval." (René Char, Moulin premier, XLIII)

dimanche, 27 octobre 2013

Bord des larmes 2

Sans Chagrin.jpg

La petite fille de la réclame, qui souriait naguère pour Shell, nous a quittés — et c'est une immense tristesse.
Faisant route vers le cimetière du Brionnais où nous allons retrouver une poignée de vieux amis, nous passons près de Lapalisse. On lit, sur un panneau indicateur : "Sans Chagrin".
Ce n'est pas notre direction...

mardi, 22 octobre 2013

Petite anthologie portative 76

MADRIGAL

Entre le grenadier et l'explosion des jolies mouettes que vous êtes, il y a quelque chose de plus délicat que les rouages d'une montre. Un renard sourit entre le meilleur du vitrail et le plus clair de la rosée.

Il y a un pistolet sur chaque page d'un livre.

La nuit vous laisse dans la main de chair d'un homme grave qui vous modèle en rêvant.

N'attendez plus du hasard et des causes : tout se sépare comme l'ombrelle de la main quand tombent les beaux jours.

(Roger Vitrac, "La Lanterne noire" — poèmes surréalistes, 1925
in Dés-Lyres, Gallimard, 1964. Édition et présentation H. Béhar)

mercredi, 16 octobre 2013

Remembrances du vieillard idiot 15

À la bibliothèque universitaire, il fallait, pour accéder aux cabinets, longer les rayonnages de la salle de lecture réservés aux usuels. Le dictionnaire Huguet — dont seuls étaient disponibles les cinq premiers tomes — se trouvait juste à côté de la porte des latrines. On pouvait lire, au dos du dernier volume : LIEU-PISSOIR.

dimanche, 13 octobre 2013

"Quel diable de langaige est cecy ?" 4

Un outrecuidant histrion ayant taxé une élue de "conne" et de "salope", aurait argué — si l'on en croit les gazettes — de son droit d'user d'une "langue rabelaisienne". C'est faire bien peu d'honneur à Rabelais, que "l'humoriste" [sic] n'a probablement jamais lu et dont les fouaciers avaient un vocabulaire invectif un peu plus riche que le sien :
"À leur requeste ne feurent aulcunement enclinez les fouaciers, mais (que pis est) les oultragerent grandement, les appellans Trop diteulx, Breschedens, Plaisans rousseaulx, Galliers, Chienlictz, Averlans, Limessourdes, Faictneans, Friandeaulx, Bustarins, Talvassiers, Riennevaulx, Rustres, Challans, Hapelopins, Trainneguainnes, gentilz Flocquetz, Copieux, Landores, Malotruz, Dendins, Baugears, Tezez, Gaubregeux, Gogueluz, Claquedans, Boyers d'etrons, Bergiers de merde et aultres telz epithetes diffamatoires..." (Gargantua, 25)
Si, comme le déplorait Brassens, "les charretiers ont un langage châtié", on ne peut — hélas ! en dire autant de nos comiques patentés, "charme de la canaille" peut-être, "mets des plus délicats", sûrement pas.

dimanche, 06 octobre 2013

Le grand style 23

Prose journalistique, à propos du Salon du Livre de Chamalières (Puy-de-Dôme) :

"[...] Un salon où l'on cause, lit et relit entre les lignes, parcours des paragraphes aussi longs que des rangées de vignes. L'écriture devenue corps et sang de la terre.
Où l'on échange aussi, avec les auteurs devenus pour l'occasion les maquignons d'eux-mêmes. Porteurs chacun d'une bonne parole, d'un ouvrage promis à l'incunable, ou de mots justes et simples dont ils ont fait une profession de foi. Celle vouée à l'écriture entre pleins et déliés, à des idées suitées de chapitres en chapitres, ou à des épopées dont on affine les tomes [...]" ("Les livres tiennent salon aux étals d'une grande foire aux mots", La Montagne du 6 octobre 2013)

"Foire aux mots" ? "Foire est aussi, dit Furetière, l’excrément liquide qui sort dans les cours de ventre."

Cornettes et sonneries 10

Titre dans le Républicain lorrain :

MEURTRES DE MONTIGNY
Heaulme : des matières fécales pourraient parler

— Merde, alors !

mercredi, 02 octobre 2013

"C'est un coquin, qui sans nulle vergogne..."

Ce pimpant moutardier, qui prétend conduire une "liste d'opposition" aux prochaines élections municipales, se présente sur sa page Facebook comme "politicien".
Pourquoi pas gangster ou maquereau ?