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samedi, 20 août 2016

Remembrances du vieillard idiot 18

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J'allais, ce matin, récrire à l'identique — à un mot près — la première de mes "remembrances", publiée il y a dix ans :

"J'avais
Lorsque j'étais petit
Un éléphant en caoutchouc
Couleur cachou"

Ce que c'est que la mémoire !

jeudi, 18 août 2016

"Sempre caro mi fu..."

Brève promenade en Bourbonnais.
Petits villages aux places désertes, somnolents dans la torpeur de l'après-midi ; rares automobiles sur les routes étroites, qui serpentent entre les haies vives, les pâtures grillées par les journées de canicule, les éteules... Après Hyds et Colombier, voici Beaune-d'Allier, sa petite église au clocher octogonal coiffé d'un dôme et d'un lanternon en tulipes renversées, couverts de bardeaux de châtaignier. Quelques kilomètres plus loin, à  Saint-Bonnet de Four, cet autre clocher singulier, dont la flèche en vrille se tord sur le ciel où passent de gros cumulus battus en neige. La dernière fois que je suis entré, ici, dans la modeste église romane, un passereau affolé voletait sous les voûtes en pépiant, cherchant désespérément une issue. Aujourd'hui, un placard invite le visiteur à "tenir la porte fermée à cause des oiseaux". Dans le cimetière, tout proche, on voit, sur une tombe, une plaque funéraire représentant des châtrons charolais, et une autre évoquant les passe-temps halieutiques — suppose-t-on — du défunt.
Oiseaux, bœufs, poissons : toute une symbolique religieuse — ici, sans doute, purement accidentelle. Je prendrai le temps, au retour de me plonger dans l'énorme Bestiaire du Christ, de Louis Charbonneau-Lassay, pour réviser tout cela. Je me souviens, écrivant ces lignes, d'un graffiti figurant, dans un coin de la basilique Saint-François d'Arezzo, saint Antoine de Padoue prêchant aux poissons et d'un autre saint Antoine — l'ermite —, accompagné, sur un tableau d'une église de Ravenne, d'un cochon gros comme une souris...

lundi, 15 août 2016

Météo 38

Réouverture paresseuse du blog, après une année de mise en sommeil, en ce jour de la Dormition de la Vierge.
Lundi au soleil, à la campagne ; chaleur écrasante l'après-midi, longue sieste.
À l'approche du soir, le ciel se couvre, le vent fraîchit, tout baigne dans une lumière jaune, un vol de corneilles craille et tourbillonne follement au-dessus des arbres. L'orage se déchaîne, les écluses des cieux s'ouvrent. Il pleut...

samedi, 15 août 2015

"Sistimus hic tandem nobis ubi defuit orbis..."

Comme annoncé dans une précédente note, j'interromps aujourd'hui ce blog ouvert il y a dix ans, jour pour jour. J'ai brièvement indiqué les raisons de cette clôture : fatigue — ou simple paresse —, sentiment de tourner un peu en rond et manque d'intérêt de plus en plus marqué pour le monde qui m'entoure ; mes lectures, mes modestes "perambulations hexagonales", mes détestations recuites et mes ressassements finissent probablement par lasser les rares visiiteurs...
Et puis, bien sûr, il y a Facebook (où l'on n'a pas de visiteurs, mais des "amis"), la tentation de la facilité, la séduction de la facilité, de l'éphémère et du frivole. C'est autre chose et — paradoxalement — ce n'est pas plus sincère, pas plus authentique, plus intime, même si l'on y avance en général à visage découvert — précisément parce que l'on n'est plus protégé par le masque de l'hétéronymie. Facebook impose d'autres codes, d'autres techniques ou tactiques de brouillage afin de déconcerter les indoctes, les indésirables, les "cafards" tant redoutés de Rabelais, moyennant quoi, on peut y dialoguer entre gens de bonne compagnie : " Qui habet aures audiendi, audiat."
On pourra donc, si l'on veut, me retrouver ici, orthonyme, en attendant — peut-être — qu'un nouvel avatar prenne un de ces jours le relais de Constantin :
https://www.facebook.com/michel.j.renaud

Après avoir parcouru les "archives" des dix années écoulées, je m'aperçois que les mois d'août — outre qu'ils sont certainement plus meurtriers que les mois d'avril — sont peu propices à la tenue de "papiers journaux", fussent-ils dématérialisés. Cinq notes seulement en date de la mi-août. On ne sait pas ce qu'il est advenu de la panthère du cap Gris-Nez. "Je croy qu'elle n'y soit plus maintenant."

Lundi, 15 août 2005
Journée orange

Journée orange dans le sens des retours.
"Suave mari magno..." Indifférent aux tribulations de la tourbe motorisée, on relira, avachi dans sa chaise de jardin, "Les convois des ponts fériés" de Fruttero et Lucentini (La Prédominance du crétin, Le Livre de Poche, 1990).

L'esprit du blog : la brièveté.

Préférer la notule éphéméridique à la tartine.
Le blog à prétention littéraire devient l'exutoire des chieurs d'encre frustrés, des impubliés, des impubliables, à qui le volumen conviendrait mieux que la page-écran.
"Pourquoi développer ?
Développées, les entrailles de l'homme mesurent neuf mètres. Enveloppées aussi." (Louis Scutenaire, Mes inscriptions)

Écrire sur l'eau, écrire sur la pierre...

"Socrate. Mais l'homme qui possède la science du juste, celle du beau, celle du bien, devrons-nous affirmer qu'il a moins d'intelligence que le cultivateur, par rapport aux semences qui sont proprement les siennes ?
Phèdre. Pas le moins du monde, c'est certain !
Socrate. Ainsi, tu vois, ce n'est pas pour de bon qu'il ira écrire sur l'eau ces choses-là au moyen d'encre, usant d'un roseau pour ensemencer avec des discours, qui ne sont pas seulement impuissants à se porter assistance à eux-mêmes par la parole, mais impuissants aussi à enseigner convenablement la vérité !" (Platon, Phèdre, 276 b, trad. Léon Robin)

"Ce fut en 1779, le 5 novembre, à l'époque de mon premier mal de poitrine que je commençai d'écrire sur la pierre, à l'Île-Saint-Louis : cette première inscripcion est à la dixième pierre, à gauche du Pont-rouge, en y entrant par l'île. Je la fis dans cette idée : verrai-je cette marque l'année prochaine ?"
(Rétif de La Bretonne, Mes inscripcions)
Le blog : écrire sur du vent.

Mardi, 15 août 2006
Toujours des chats ?

Entendu ce soir aux informations : la panthère noire qui hante depuis quelque temps les abords du cap Gris-Nez ne serait, en fait, qu'un chat sauvage — ou un très gros chat noir...
Dans le doute, les battues continuent. Pour le plus grand bonheur, suppose-t-on, des gros cons, casquette en bataille et fusil en bandoulière.

Mercredi, 15 août 2007
Théologie et aérostatique

"Après avoir adressé, le 1er mai 1946, à tous les évêques du monde une lettre officielle demandant si l’assomption corporelle de Marie dans le ciel pouvait être définie comme dogme et s’ils désiraient cette définition avec leur clergé et leur peuple, devant la réponse affirmative de presque tous les évêques, le pape Pie XII proclama le 1er novembre 1950, par la constitution apostolique Munificentissimus Deus, comme dogme révélé par Dieu, que l’Immaculée Mère de Dieu a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste." (Louis Ott, Précis de théologie dogmatique, Mulhouse, Salvator, 1955, p. 298)
Avant cette mise au point, les théologiens faisaient preuve de la plus grande circonspection : "L’assomption corporelle de la Vierge, lit-on dans le dictionnaire de théologie de l’abbé Bergier, n’est point un article de foi, puisque l’Église ne l’a pas décidé, et que plusieurs anciens et modernes en ont douté." (Édition de 1852, Paris, Louis Vivès, p. 160)
On trouve, dans le dictionnaire critique de l’abbé Féraud, cette intéressante précision : "On dit l’Ascension de Notre Seigneur parce qu’il monta et s’éleva lui-même, et l’Assomption de la sainte Vierge parce qu’elle fut enlevée dans le Ciel."

mercredi, 24 juin 2015

Remembrances du vieillard idiot 17

Lichtenberg parle d'un homme qui avait donné des noms à ses deux pantoufles.
Le vieux trimardeur avait-il lu Lichtenberg ? Il avait baptisé ses sabots troués Vole-terre et Boit-l'eau. Sans doute, lui-même n'en buvait-il guère, mais il avait du moins quelques lettres.

jeudi, 18 juin 2015

Les plaisirs du dimanche. Marches, marchés, poupées sans yeux et rosé-pamplemousse

Paresse, procrastination et sollicitations diverses... Je néglige décidément ce blog, que je m'étais promis de tenir jusqu'en août : dix ans, ça suffit. Et puis, il y a la solution de facilité Facebook. La prévalence de l'éphémère et du bâclé, la vaine garrulité, le bruit de fond du village planétaire.
Parler de quoi ? De livres, encore ? De mes derniers achats : un Dictionnaire des littératures de langue française orphelin de ses deux premiers tomes, un beau volume consacré à Carel Willink, un copieux catalogue d'exposition sur Salah Stétié et ses peintres, un plus mince sur les dessins de Félicien Rops ? Intéressant, finalement, ce dictionnaire qui fait commencer la littérature à la lettre M : il nous reste Montaigne et Rabelais, on est débarrassé de Victor Hugo et de Lamartine, mais Rousseau et Voltaire ne sauraient nous consoler de la disparition de Diderot... Je ne connaissais Willink que par quelques tableaux illustrant un article à lui consacré, il y a bien longtemps, dans la revue "Planète". Willink, c'est celui qui met du lama dans les ruines antiques, comme Michaux introduit du chameau à Honfleur. Ses toiles, ses ciels d'orage, ses paysages morts sont d'une oppressante étrangeté. C'est le peintre du silence et du cauchemar.
Parler de quoi d'autre que de livres, de peinture, de pêche à la ligne, des beautés modestes de la campagne bourbonnaise ? Du goût des autres ? Vitupérer, comme toujours l'époque ? Les loisirs de nos contemporains, à l'approche de l'été, multiplient les occasions de s'irriter de tant de sottise et de muflerie. Il serait plus sage de s'en amuser, d'accepter cette insoutenable frivolité dont nous ne sommes pas exempts...

Paresse donc — assumée sans trop de remords. Pour étoffer un peu cette note, je la complète par le copier-coller d’un article donné à notre hebdomadaire départemental :

"Avec les beaux jours, les activités sportives de plein air et les rassemblements festifs populaires attirent chaque week-end — pourvu que le beau temps soit de la partie — une foule d’amateurs ou de curieux. Qu’arrive la fin de la semaine et voici que, pour le plaisir ou la bonne cause, les sédentaires, les oisifs, les indolents, les adeptes du farniente, les intoxiqués des "étranges lucarnes" enfilent le short, chaussent les pataugas, s’arment des indispensables bâtons de marche, de la non moins indispensable bouteille d’eau minérale, et s’en vont marcher en groupe, en troupe, en cohorte. La marche est devenue une pratique grégaire, comme la plupart des loisirs aujourd’hui. Randonnée, "running" ou marathon, l’objectif réside dans le chiffre ; le succès se mesure au nombre de participants comme à la distance parcourue. C’est le retour du "pédestrianisme" à l’anglaise ; les "rêveries du promeneur solitaire" façon Rousseau ne sont plus de saison, pas plus que les flâneries dictées par le hasard ou le caprice. À cela s’ajoute parfois le concept, bien de notre temps, du "défi", de "l’extrême", dévoiement gratuit — et souvent stupide — de la volonté de dépassement ou du sens de la compétition. On voit ainsi, de plus en plus nombreux, des femmes et des hommes qui, certainement, refuseraient d’accomplir dans le cadre de leur vie professionnelle des tâches dangereuses ou répugnantes, payer le droit d’affronter des parcours jalonnés d’embûches, ramper sous des barbelés ou parmi les orties, barboter dans le purin pour le seul bénéfice de finir exténués et meurtris, sous les rires et les quolibets des spectateurs. Étrange masochisme de nos contemporains, pour qui les joies anciennes de la promenade dominicale en famille relèvent de la pure et simple ringardise.
Il nous reste pourtant, si nous ne goûtons guère ces rallyes hygiéniques ou ces frénésies sportives, les petits bonheurs des kermesses, marchés de pays, brocantes et vide-greniers qui ne manquent pas non plus en cette saison. Il y a un pittoresque, une poésie du vide-grenier, un charme dérisoire et attendrissant du kitsch, du bric-à-brac, de l’inutile et du déglingué. Semaine après semaine, dans nos petits bourgs, on retrouve sur des éventaires de fortune, à même le sol, parfois, de semblables épaves, tout un capharnaüm d’objets insignifiants, vestiges d’autres vies, d’enfances perdues comme nous le rappellent ces pauvres jouets, peluches mitées, tambour crevé ou, tombée d’un poème de Queneau, "la poupée sans bras, sans nez, sans yeux". On en éprouve un peu de mélancolie. On s’en console en prenant à la buvette un petit rafraîchissement : un soda pour les enfants et, pour les grands, un rosé-pamplemousse. Dans un gobelet en plastique."

mercredi, 03 juin 2015

Vocabulaire 10

Au café, un pêcheur : "L'eau était... écarlate."
Il voulait dire : "L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours."

jeudi, 07 mai 2015

Ch-ch-chat

Au bord du chemin,
Clapi sous les chélidoines,
Un chat roux sommeille.

mardi, 05 mai 2015

Le grand style 26

"Les heures marchent sur nous avec des pieds d'éléphant de bronze."
(Léon Bloy, Quatre ans de captivité à Cochons-sur-Marne, Mercure de France, 1905)

mercredi, 29 avril 2015

Note halieutique paresseuse

Telle que publiée à l'instant sur Facebook.

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Le chef-d’œuvre absolu de la littérature halieutique :
La Pêche à la truite en Amérique, de Richard Brautigan.
Mon exemplaire a 37 ans. Il y a un trèfle à quatre feuilles séché entre les pages 68 et 69. Malgré le temps, le charme agit toujours : j'ai pris une belle truite ce matin.
J'espère qu'elle sera, comme la truite bossue de la page 69, "aussi délicieuse que les baisers d'Esmeralda".