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mardi, 12 août 2014

Petit Larousse 1949

Pages roses : "Suave mari magno (Il est doux, sur la vaste mer) : Commencement d'un vers de Lucrèce (De natura rerum, II, 1). Le sens complet est : 'Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, de regarder, de la terre ferme, les terribles périls d'autrui.' Ces mots s'emploient pour marquer la joie que l'on éprouve à être soi-même exempt des périls auxquels les autres sont exposés."
C'est ce que je me dis, confortablement installé sur la cuvette du buen retiro, en feuilletant How Shit in the Woods de Kathleen Meyer (Édition française : Comment chier dans les bois, trad. Jean-Marc Porte, Servoz, Édimontagne, 2001).
La citation de Lucrèce a disparu des éditions les plus récentes du Petit Larousse — comme, pour des raisons différentes, les youdi, youtre et youpin, qui avaient pourtant survécu à la Solution Finale. Cinoc est passé par là.

jeudi, 07 août 2014

Lire aux cabinets 3

Ouvrant au hasard l'exemplaire de la traduction œcuménique de la Bible que je conserve aux cabinets, je tombe sur Ésaïe, 5:22 :
"Malheur ! Ce sont des héros de beuveries, des champions de cocktails."
Ces "champions de cocktails" sont, dans le contexte, pour le moins inattendus — traduction qui, à l'évidence, traduit surtout le souci quelque peu démagogique de "moderniser" le texte.
La Vulgate dit simplement : "Væ qui potentes estis ad bibendum vinum, et viri fortes ad miscendum ebrietatem." Ce que la version Fillion rend assez fidèlement par : "Malheur à vous qui êtes puissants à boire le vin, et vaillants pour faire des mélanges enivrants." Une note précise en outre que le texte hébreu donne littéralement "mêler le sékar", c'est-à-dire allonger d'eau une boisson fermentée.
Chouraki rend cela par "malaxer l'hydromel". À défaut d'être très heureuse, cette translation présente du moins l'intérêt de rester assez proche du sens original.

jeudi, 31 juillet 2014

Sémantique et pâté d'alouettes

Il arrive que, dans certains contextes, on hésite entre les différentes acceptions d'un même mot.
Ainsi, à l'heure du déjeuner, cette exécution sur France-Musique des "Quatre derniers Lieder de Strauss" : s'agissait-il d’une "interprétation par la voix, par un instrument, par un orchestre, d'une partition musicale" (définition du T.L.F.) ou de la "destruction complète et brutale de quelque chose" (id.) ? Les deux, assurément. Cacophonie et glapissements. De quoi effaroucher les alouettes d'Eichendorff, grisollant dans le crépuscule :

"... zwei Lerchen nur noch steigen
nachträumend in den Duft.

Tritt her, und laß sie schwirren,
bald ist es Schlafenszeit."

Choses vues 8

Au beau milieu du cimetière, parmi l'alignement des tombes grises, largement ouvert, un parasol jaune poussin.

dimanche, 27 juillet 2014

Amour des listes et orgue 12

Chinoiseries.

"Pourvu qu'on ait au monde un seul être qui vous comprenne, on peut être content. Et cela ne vaut pas que pour les humains.
Les chrysanthèmes se sentaient compris par Tao Yuanming,
les pruniers par Lin Bu,
les bambous par Wang Ziyou,
les lotus par Zhou Dunyi,
les fleurs de pêcher par les survivants de la dynastie Qin,
celles d'abricotier par Dong Ju,
les pierres par Mi Fei,
les litchis par Yang Guifei,
le thé par Lu Tong et Lu Yu,
les plantes aromatiques par Qu Yuan,
la cuisine de son pays par Zhang Han,
les bananiers par Huai Su,
les pastèques par Shao Ping,
les coqs par Song Chuzong,
les oies par Wang Xizhi,
les tambours par Mi Heng,
la guitare pipa par Zhao Jun.
Une rencontre décide d'une éternelle fidélité. Mais donner un fief à des pins comme le premier empereur Qin ou offrir un char à une grue comme le duc Yi de Wei, c'est trop extravagant pour en espérer une union destinée à durer."
(Zhang Chao, L'Ombre d'un rêve, trad. Martine Vallette-Hémery, Picquier poche, 2011)

 Et pour l'orgue : Kyrie de Charles d'Ambleville — Messe des Jésuites de Pékin, Auvidis/Astrée, 1998.

mardi, 22 juillet 2014

Jours qui ne sont rien d'autre que des jours 2

Blog un peu délaissé ces derniers jours — beaucoup de temps perdu sur Facebook, où l'on ne trouve pas grand-chose qui vaille qu'on s'y arrête. Intéressant, cependant — au même titre que les "brèves de comptoir" —, d'un point de vue sociologique. La sottise ordinaire, le goût des autres et le kitsch à tous les étages. Dégoulinade de bons sentiments et misère intellectuelle, sans parler de tous ces "amis" qui vous invitent à jouer avec eux. Cuculisation générale. Mais enfin, c'est comme — naguère — pour les films porno : on y va pour voir — juste pour voir — et l'on en redemande.
À part ça, météo toujours boudeuse.
Chez les enfants, menues activités géorgiques interrompues par la pluie : pose de clôtures et construction d'un poulailler. Visite aux chèvres et aux canards.
Récolte de groseilles et de poires, confitures, siestes prolongées, lectures diverses — Mo Yan, Ryū Murakami —, musique. Aujourd'hui, trios de Beethoven, toute la journée. On ne s'en lasse pas...

mercredi, 09 juillet 2014

Lentilles vert émeraude 3

Sur Facebook : "Untel vous invite à son enterrement".
Il fallait, bien sûr, lire événement. Ou, peut-être, évènement. Cette dernière orthographe est déjà celle que donne Féraud. Richelet ne met d'accent qu'à l'initiale. Furetière n'en met aucun.
Devant tant d'hésitations, comment interpréter le sage conseil de Montaigne à son imprimeur : "Suivés lorthografe antiene" ?

dimanche, 06 juillet 2014

Petite anthologie portative 80

"Que les morts dorment enfin pour que nous puissions dormir nous aussi."
(Yannis Ritsos, "Sur une corde" in Le Mur dans le miroir, Poésie/Gallimard, 2013)

samedi, 05 juillet 2014

"Ode arty à l'été"

"Mousselines, dentelles, imprimés bucoliques... En juillet, nous dit Le Figaro Madame, on veut une robe légère et fleurie, pour batifoler gaiement à travers champs."
La marquise, aujourd'hui, ne résisterait pas au "boxer en soie et dentelle Vannina Vesperini".

Langue verte

Un chanteur oublié ironisait, il y a quelques décennies de cela, sur l'Académie française, affirmant qu'on y avait "l'habit vert, mais pas la langue — verte".
Voire ! Si les Immortels n'usent pas habituellement de la langue verte à proprement parler, certains, pourtant, savent à l'occasion faire preuve d'une réjouissante verdeur de langage :
"La vérité est que le propre de l'homme est de manger et de boire, de chier et de pisser, de dormir et de baiser. Voilà les conditions, sinon suffisantes, du moins nécessaires de la vie. D'autres choses sont agréables, celles-là sont indispensables. Chieur et pisseur, côté ontogenèse et côté synchronique ; baiseur, côté phylogenèse et côté diachronique (voir le Larousse). Allez toujours essayer d'exister à moindre frais. À supprimer une seule de ces activités essentielles, coucou, plus personne pour jouer. On vit fort bien sans art, sans morale, sans Dieu. On peut vivre sans rire. La plupart des gens se passent à merveille de penser. Mais je ne connais personne qui puisse vivre sans pisser."
Ce télescopage du registre trivial et du vocabulaire savant — disons technique — n'est pas sans évoquer la manière de Rabelais, qui dérange moins le vulgaire ou le profane par sa crudité (sa "grossièreté" — prétexte fréquemment invoqué par ceux qui ne l'ont guère pratiqué) que par les hapax ou les vocables savants sur lesquels le lecteur achoppe. Il y a une part de jeu dans ce goût pour le mot rare : allez voir dans le dictionnaire si j'y suis ! On renvoie ici au Larousse ; le Quart Livre s'accompagne, comme on sait, d'une Briefve declaration d'aulcunes dictions plus obscures contenües on quatriesme livre des faicts et dicts heroïcques de Pantagruel. Analogie que d'aucuns jugeront sans doute discutable, lorsqu'ils apprendront que l'auteur du passage cité n'est autre que Jean d'Ormesson (Au revoir et merci, Gallimard, 1989, p. 159).