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mardi, 25 février 2014

Die Verwandlung

Clapi parmi les livres, je m'endors, aux petites heures, sur les pages. Je me réveillerai un beau jour métamorphosé en lépisme. Je filerai me réfugier dans la gouttière de quelque in-quarto poussiéreux, d'où nul plumeau ne viendra me déloger.

samedi, 15 février 2014

Résurrection des corps

Tous à poil !

lundi, 10 février 2014

Pluviôse

Pluviôse, le bien nommé — si avril est "le plus cruel des mois", février est assurément l'un des plus tristes, avec ses journées grises, ses boues, ses brouillards, ses "ragas" qui détrempent labours et pâtures. On s'abandonnerait facilement à la "marinade", n'étaient les livres, les "bons hôtes muets" de nos bibliothèques. Ma table — je n'ose dire de travail — est encombrée des volumes parcourus ces derniers jours, pour y rechercher quelque référence, ou feuilletés pour une lecture à la billebaude.
Quelques découvertes : Cristina Campo, Catherine Pozzi — l'œuvre la plus mince qu'on puisse imaginer, mais deux ou trois poèmes somptueux, comme ce "Vale", d'une élégance quasi maniériste : "Quand dans un corps ma délice oubliée / Où fut ton nom, prendra forme de cœur / Je revivrai notre grande journée, / Et cette amour que je t'avais donnée / Pour la douleur." (Très haut amour. Poèmes et autres textes, Poésie/Gallimard, 2010) — ou encore Emily Dickinson, que — dois-je l'avouer à ma grande honte ? — je n'avais jamais lue. On apprend dans la préface de Car l'adieu, c'est la nuit (Trad. et présentation Claire Malroux, Poésie/Gallimard, 2011) que les premiers critiques américains jugeaient ses textes soporifiques et lui reprochaient de "crocheter des appuie-tête". Ce qui relève, sinon de la sottise, du moins de l'erreur de jugement. Là aussi des formules admirables : "... shorter than the Day / I first surmised the Horses' Heads / Were toward Eternity". La plupart de ces poèmes, elliptiques et allusifs, ne recourent à d'autres marques de ponctuation que le tiret : on retrouve ce tic, ou ce procédé, chez Marina Tsvétaïéva, sutures typographiques qui révèlent les coupes claires opérés dans le buissonnement des mots.
Pêle-mêle, encore : Sapphô, Kiki Dimoula, Gaspara Stampa ; des choses déjà lues — Entre chien et loup (André Blanchard, carnets avril-septembre 1987, Le Dilettante, 2007), La Voix et l'ombre (Richard Millet, Gallimard, "L'Un et l'Autre, 2012), dans lequel on apprend que "lorsqu'elle chantait, Marceline Desbordes-Valmore était [...] si émue par sa propre voix qu'elle était interrompue par ses sanglots" ; des choses pas encore lues — de Millet, toujours, Le Cavalier siomois (La Table Ronde, 2004) ou Le Diable, tout le temps de Donald Ray Pollock (Le Livre de Poche, 2013). Un bref avertissement liminaire de l'éditeur français nous apprend que ce cousin de Tristan Egolf, Larry Brown, Chris Offutt et quelques autres a commencé à écrire à 50 ans, après avoir travaillé pendant trente-deux ans dans une usine de pâte à papier. Il y a là quelque logique. En France, aujourd'hui, il semblerait que la plupart de nos auteurs — en général beaucoup plus précoces — n'ont guère connu d'autre usine que la "fabrique du crétin"...

Petite anthologie portative 78

ÉCRIT AU HASARD

Il y a quinze ans sous la lune épanouie,
Nous avons composé des poèmes célébrant les fleurs.
Aujourd'hui, la lune et les fleurs sont les mêmes,
Mais comment retrouver les émois de jadis ?

Li Quingzhao, Les Fleurs du cannelier, trad. Zheng Su. Interprété
et présenté par Ferdinand Stoces, Orphée/La Différence, 1990.

lundi, 03 février 2014

Fauves

"Quel est ce peuple," pensaient-ils, "qui s'amuse à crucifier des lions ?"
Aujourd'hui, on martyrise les chats. On a les fauves qu'on peut...

lundi, 13 janvier 2014

Le sens de l'épigraphe 2

Alice ne voyait pas l'intérêt d'un livre dépourvu de dialogues et d'illustrations — "a book without pictures or conversations".
Pour ce qui me concerne, j'ai le sentiment qu'il manque toujours un petit quelque chose à un livre sans épigraphe, le granum salis qui instaure d'emblée une connivence avec le lecteur, pique sa curiosité ou l'invite, discrètement, à l'approche ironique d'un texte "marqué d'une essentielle précarité" (cf. Michel Charles, Rhétorique de la lecture). Il y aurait une étude à faire sur le rôle — les "enjeux", diraient nos universitaires — de l'épigraphe dans le roman "policier".
L'Irlandais Sam Millar procède, dans Poussière tu seras (The Darkness of Bones, Brandon, 2006 — trad. Patrick Raynal, Points/Policier, 2013), à une farcissure systématique du récit, affectant à chacune des deux parties — de dimensions très inégales — et à chacun des quarante-quatre chapitres du livre — certains très brefs — une citation empruntée à la Bible ou à un catalogue d'auteurs des plus éclectiques : W.-H. Auden, Samuel Beckett, William Blake, Samuel Butler, Lewis Carroll, Coleridge, Dickens, Dostoïevski, T.-S. Eliot, Khalil Gibran, Mary Howitt, Samuel Johnson, La Fontaine, Longfellow, Lovecraft, Thomas Mann, Marianne Moore, Milton, Nietzsche, Pope, Edmund Spenser, Swinburne, Albert von Szent-Gyorgyi, Bayard Taylor, Tennyson, James Thomson, Updike, Voltaire, John Webster, Oscar Wilde. Façon jubilatoire de nous rappeler que, de même "qu'un tableau — avant d'être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote — est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées" (Maurice Denis), une œuvre littéraire n'est faite que de mots, de thèmes et de schèmes constamment repris, réarrangés, dont la combinatoire infinie se confond avec la littérature même.
Sam Millar épuise le procédé en le poussant jusqu'à l'absurde. D'autres auteurs se contentent d'une référence révérencieuse — jusqu'à quel point ? —, tenant à la fois de l'hommage et de l'invocation propitiatoire. Gerard Donovan (Julius Winsome, trad. Georges-Michel Sarotte,
Points/Policier, 2010) se place ainsi sous le parrainage de Marc-Aurèle, tandis que Gianrico Carofiglio (Témoin involontaire, trad. Claude Sophie Mazéas, Rivages/Noir, 2012) cite Lao Tseu : "Ce que la chenille appelle la fin du monde, le reste du monde l'appelle un papillon." L'apophtegme resurgit dans le cours du récit, sous la forme d'une inscription qu'on peut lire sur le tee-shirt d'une des protagonistes. En revanche, on n'en retrouve pas la trace dans le Livre de la Voie et de la Vertu, du moins dans aucune des versions que j'ai pu consulter. Citation vraisemblablement apocryphe, dont le principe s'apparente néanmoins à celui de l'argumentum ad verecundiam : Lao Tseu, comme l'éléphant de Vialatte, est irréfutable.

dimanche, 05 janvier 2014

Sombre dimanche

Veillée mélancolique.
Une musique, un livre, un verre.

Requiem de Thierry Lancino — chant désespéré de la Sibylle :
"Et moi je ressemblais à une cigale et ne pouvais mourir
[...]
"Les destins ne laissent aux corps qui vieillissent que le souffle sur les lèvres
Et aux morts que le silence qui les engloutit"

Poésie verticale de Roberto Juarroz :
"Tandis que tu fais une chose ou l'autre,
quelqu'un est en train de mourir
[...]
si l'on t'interroge sur le monde,
réponds simplement : quelqu'un est en train de mourir."

Laphroaig — whisky funèbre :
"Le whisky [...] une boisson de mort, le goût de la tourbe nous ramenant à notre poussière." (Richard Millet, La Voix d'alto)

Pas bien gai, tout ça...

mercredi, 01 janvier 2014

Papiers journaux 2

Stendhal — "Mon jour de l'an s'est fort bien passé, il fait un froid sec magnifique, mais un peu dur." (Journal, 1er janvier 1811)

Edmond de Goncourt — "J'entre maintenant, avec terreur, dans l'année qui vient. J'ai peur de tout ce qu'elle a de mauvais, en réserve, pour ma tranquillité, ma fortune, ma santé." (Journal des Goncourt, 1er janvier 1876)

Jules Renard — "Je veux faire une année exceptionnelle, et je commence par me lever tard, par trop bien déjeuner et par dormir dans un fauteuil jusqu'à trois heures." (Journal, 1er janvier 1896)

Raymond Queneau — "Belle et bonne journée, paisible et familiale." (Journal de guerre, 1er janvier 1940)

dimanche, 29 décembre 2013

Livres 4

Richard Millet est indiscutablement l'un de nos bons auteurs (laissons les superlatifs de quatrième de couverture aux gloires marcescibles des prix littéraires) et un prosateur remarquable — je l'ai déjà dit. Je retrouve avec bonheur, dans La Voix d'alto, ces longues phrases, l'usage systématique de l'hypoparataxe, de ce "style qui n'a pas de fin par lui-même" (Aristote, Rhétorique, III, 9), les voix alternées des instances narratives, cet arrière-texte où fermentent d'âpres nostalgies. Et les multiples références, musicales, littéraires, avec juste ce qu'il faut d'ironie discrète pour s'assurer de la connivence du lecteur — qui pourrait s'irriter de ne pas connaître les airs de cour de Chabanceau de La Barre ou les Leçons de Ténèbres de Lambert...
Pas encore lus, mais à portée de main : Jean Clair, Courte histoire de l'art moderne, L'Échoppe, 2004 ; Maurice Constantin-Weyer, L'Âme du vin, La Table Ronde, "La Petite Vermillon", 2008 ; Arun Kolatkar, Kala Ghoda. Poèmes de Bombay, Poésie/Gallimard, 2013.
Cousin par alliance de Valery Larbaud, Constantin-Weyer, qui finira ses jours en Bourbonnais, évoque avec quelque malice les petits vins du cru : "Le vin de Creuzier avait une réputation. Entre nous, il fait surtout merveille dans la salade. Vous pouvez m'en croire. Nous avons une vigne à Creuzier." Il reconnaît toutefois que l'on peut, en rouge ou en blanc, boire d'excellentes bouteilles de ce saint-pourçain trop souvent et trop longtemps méprisé.
Il est question de vin aussi chez Arun Kolatkar, de raisins qui,

"lors que les filles des vignes les foulent de leurs pieds,
aspirent à plus grande gloire
après pénitence prolongée,
temps de silence et de réclusion
dans un obscur cellier".

Sur ma table encore, qui sera vite lu, Le Vin et le divin, de Jean-Robert Pitte (Librairie Arthème Fayard, 2004). On y cite la Bible, le Coran, la règle de saint Benoît, les Propos de table de Luther, Wang Han et Omar Khayyam.

Comme je remarquais, il y a quelque temps, que je ne disposais d'aucune bonne édition de Rimbaud — que d'ailleurs je fréquente peu — je me suis vu offrir à Noël le volume de ses Œuvres complètes en Pléiade. Nouvelle édition (2009) qui force le respect, ne serait-ce que par l'abondance de notes et documents accompagnant les textes (au total, quelque 1100 pages). La tranche supérieure du livre est d'un beau vert, qui fait naturellement songer aux "Poètes de sept ans" :

"Il craignait les blafards dimanches de décembre,
Où, pommadé, sur un guéridon d'acajou,
Il lisait une Bible à la tranche vert-chou."

Petite anthologie portative 77

MIROIR DE DÉCEMBRE

Maintenant
Vous êtes un étranger dans la tempête
Ici le froid subsiste longtemps
Après la poudre du vent

La nuit n’est pas le silence
Pas plus que la neige sur la langue
Le vrai — celui de nos ombres
Léchant un ciel glacé

Une image
Un miroir
Un souvenir dans une boule d’hiver

Christiane Loubier (Les Carnets de C.L. Poésie & Cie, 11/12/2013)