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samedi, 06 janvier 2007

Petite anthologie portative 35

LA GUENILLE

 

Sans pouvoir
imiter l'oiseau
la guenille pend sur la branche
rouge près de la pomme douce
l'oiseau envolé et la pomme tombée
elle reste
manifestant le froid des âges
et la couleur dans le silence ;
des hommes raisonnent
dans une époque sombre
non loin de ce lambeau marquant seul l'espace.

(Jean Follain, Des heures, Gallimard, 1960)

République des Lettres

"Republique qui va très-mal : Ægrota respublica."
(Nicot, Thresor de la langue françoyse)

mardi, 02 janvier 2007

Abréger sa vie

"Abréger sa vie même de plusieurs années ou nuire à sa santé en adoptant une certaine manière de vivre ou en acceptant certains travaux est permis pour un motif proportionné. C'est pourquoi il est permis de travailler dans les hauts-fourneaux, dans les mines, dans les verreries, dans certaines usines de produits chimiques, etc." (Héribert Jone, Précis de théologie morale catholique, Salvator/Casterman, Mulhouse/Tournai, 1958 — cinquième section, "Le cinquième commandement" ; chapitre premier, "Devoirs envers sa propre vie")
Comme quoi la religion peut tout de même se montrer compréhensive... 

dimanche, 31 décembre 2006

"Comme dans une profondeur muette et obscure"

L'Église a refusé à Piergiorgio Welby des funérailles religieuses.
Pinochet, avant de mourir, a reçu les derniers sacrements.

"À demain les affaires"

Petit matin très doux. Des vagues de corneilles passent interminablement dans le ciel blanc.
À la boulangerie, on m'offre un cabas. C'est toujours mieux qu'un crayon à bille ou un calendrier de poche.
Ce matin, je ne ferai rien. Je bois du thé en écoutant Chostakovitch. Tout à l'heure, j'irai acheter des fleurs coupées, je choisirai les vins que nous boirons ce soir.

La cognizione del dolore 8

Même si vous n'aimez guère parler de vos petites misères, les gens finissent toujours par apprendre que vous avez été malade — et c'est d'autant plus intéressant que la maladie est supposée grave. Lorsqu'on vous revoit, on s'étonne : "Tiens, tu as l'air en pleine forme ?" Oui, on ne va pas trop mal, merci... On se sent presque honteux de les décevoir, ces bons samaritains.

vendredi, 29 décembre 2006

Petite anthologie portative 34

LA SOIRÉE DE DÉCEMBRE

Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir
Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté ?
Oh ! je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre
Ce minutieux mouvement d’herbe de mes mains
Cherchant vos mains parmi l’opaque sous l’eau plate
D’une journée, le long des rives du destin !
Qu’ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez
Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés
Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus
Que quelques gouttes d’une pluie très pure comme les larmes ?
Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi
De vous perdre sans cesse dans la foule
Ô crieurs de journaux intimes seuls prophètes

Seuls amis en ce monde et ailleurs !

(René-Guy Cadou, Les Biens de ce monde, 1949-1950)

 

Solderie 2

En fouillant dans les bacs d’une solderie, je tombe sur un numéro du Lecteur — revue dont je découvre l’existence alors qu’elle a cessé de paraître — consacré aux écrivains de "Pétersbourg et alentours" (numéro 2, nouvelle série, janvier 2004). Nombreux textes remarquables et peu connus — extraits du Journal sous la Terreur, de Zinaïda Hippius, des Notes d’un psychopathe, de Venedikt Erofeiev. Le dipsomane pessimiste de Moscou-Petouchki pourrait être un héritier cynique et désinvolte de Lichtenberg : "Je contemple mon peuple avec optimisme : chez les femmes, le nombre d’yeux au beurre noir est supérieur à celui des dénonciations."

jeudi, 28 décembre 2006

Attrape-mouches

Certains blogs à prétentions culturelles ne sont pas sans évoquer ces attrape-mouches gluants qui pendaient naguère au plafond des cuisines campagnardes : vaguement répugnants, mais attirant toujours de nouveaux bataillons de diptères au zonzonnement insupportable.

Vitupérer l'époque 3

En cette période de "fêtes de fin d’année", l’homme ne vit pas seulement de pain brioché et de foie gras — que la dépravation du goût de nos contemporains, soit dit en passant, conduit à accommoder aujourd’hui selon des recettes dignes de barbares rotant dans leur mangeoire. Il y a les livres qu’on reprend avec bonheur et mélancolie, comme le journal de Jules Renard, emprunté à la bibliothèque de mon fils, le temps de notre bref séjour lorrain. je suis chaque fois touché par ce côté "humain, trop humain", que les bons mots et le sens de la formule auxquels s’arrête le lecteur superficiel ne sauraient faire oublier. Et tout cela, anecdotes et portraits, reste, hélas ! d’une consternante actualité, qu’il soit question de la muflerie méprisante des parvenus, de la sottise roublarde ou de la décourageante mesquinerie du populaire, de la cruauté et de la veulerie générales… voire de l’arrogance des chauffards : "Automobiles. Jamais le luxe n'a été aussi insolent. C'est le capital qui écrase, hors de portée : que de vols meurtriers il lui faudra pour de pareilles débauches ! Il y en a comme des voitures de guerre. On va revenir aux chariots armés de faux." (oct. 1904)