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vendredi, 03 novembre 2006

Blogflies

La blogosphère, pour peu qu’on s’écarte des parages familiers, se révèle vite aussi irrespirable que le monde empirique. Tous ces blogs, tous ces "posts", tous ces commentaires, surtout… Fientes de l’esprit qui vole bas, accumulées… "Montjoye d’ordures", heurtes virtuelles — heurte : "amas pyramidal de matières dans une fosse d'aisances pleine", selon Littré. Autrement dit, tas de merde. Et tout autour, cela bombine, toupille, vibrionne — bourdon importun "de cent sales mouches" promptes à déposer au petit bonheur leurs grappes d’œufs répugnants, à signer leur passage d’une salve de chiures...

Voir, par exemple, sur le blog de Pierre Assouline, les 137 commentaires suscités par la note consacrée aux histoires de bonnes femmes du fémina. Consternant.

jeudi, 02 novembre 2006

"Grand vétillard et fort ignorant..."

J'allais sottement commettre une note pour déplorer les cacographies qui abondent sur certains blogs, lorsque, fort à propos, il me revient à l'esprit un passage du Journal de Jules Renard :

"Le professeur à l'école d'agriculture de Corbigny dit :
— Il y a une faute de français dans la préface du livre de Ponge.
 Je ne me rappelle pas.
— Mais, moi, dit-il, je m'en rappelle." (16 juillet 1903)

L'inimitable ironie de Renard vaut toutes les leçons d'humilité. Les amateurs de subtilités grammaticales et orthographiques sont le plus souvent de pitoyables cuistres. Même l'excellent Vialatte tourne au pion radoteur lorsqu'il se mêle d'étymologie ou de concordance des temps. Il y perd son humour. Si l'on néglige l'orthographe, dit-il en substance dans une de ses chroniques de La Montagne (18 août 1965), on ne pourra plus lire Descartes, Pascal ou Montaigne...
Montaigne, qui déjà, il est vrai, recommandait à son imprimeur : "Suivés lorthografe antiene."

mercredi, 01 novembre 2006

Petite anthologie portative 31

Le jour des Trespassez que l'usage ordinaire
Commande de prier sur les tombes des mors,
J'admirois le cercueil de tant et tant de cors,
Estenduz pesle et mesle au doz d'un Cymitière.

L'un Marchand, l'autre Noble, et l'autre populaire,
Filles, femmes, enfans, jeunes, vieux, foibles, fors,
Un torrent de mes yeux je fis sortir dehors,
Pleurant d'yeux, et de cœur, des hommes la misère.

Tous ces corps qui sont là, ce disois-je en courroux,
Aimoient, alloient, parloient, discouroient comme nous,
Et maintenant en rien leur forme est consommée.

Aimons donc nostre vie, et ne la trompons pas,
Car aussi bien, amis, après nostre trespas,
Nous ne serons qu'un ombre, un songe, une fumée.

 

    (Christofle de Beaujeu, "Sonnet que l'autheur fit le jour de la Toussainct, à Paris, estant avec feu Monsieur Ronsard, lequel luy avoit promis de le mettre dedans ses œuvres", in Les Amours de C. de B., 1589)

mardi, 31 octobre 2006

Imbéciles et gredins

D'une manière générale, je ne m'intéresse guère à l'actualité — qui me le rend bien. C'est donc tout à fait par hasard que j'entends, hier soir à la radio, un quelconque travailleur social — ou animateur de quartier, médiateur... j'ignore quel est le terme consacré — s'insurger contre les affreux réactionnaires façon Jonquet ou Jourde qui s'inquiètent de la violence des jeunes. Ceux qui ont incendié un bus à Marseille ? Voyons, ce n'étaient que des enfants qui voulaient s'amuser... Des propos aussi vertigineusement imbéciles découragent toute velléité de réponse.

Cynégétique 9

Un chasseur tué par un éléphant en Guinée équatoriale (AFP, 27 octobre). L’homme et ses compagnons, surpris par un groupe de pachydermes, avaient allumé des cigarettes afin de dissuader ceux-ci d’approcher. Initiative apparemment malheureuse.

Un chasseur tué par une vache dans la sarthe (AFP, 22 octobre). On ne dit pas si la bête était misocapne.

lundi, 30 octobre 2006

Lapin Gringoire

medium_Zetting.jpgCette semaine, visite aux Lorrains. Nous profitons, samedi après-midi, d’un temps particulièrement doux pour improviser une brève excursion jusqu’à Zetting. La petite église, entourée d’un minuscule cimetière, est, comme il fallait s’y attendre, fermée : nous ne verrons pas les vitraux du xve siècle, ni la mise au tombeau. Tout autour, au pied des murs, des pierres tombales érodées, certaines de grès rougeâtre, montrent des silhouettes frustes, un œil dans un triangle, un crâne et des tibias croisés. Ici, un ange passe : c’est celui du jugement, soufflant dans sa trompette, comme jadis le lapin Gringoire.

Encore des chats 2

G.B., qui connaît la moindre église romane de notre royaume, m'indique qu'on peut également voir une sculpture figurant un chat à Couture, en Charente. Frank Horvat et Michel Pastoureau en ont également déniché un, tapi contre une voussure du portail de l'église de Bains, dans le département de la Haute-Loire (Figures romanes, Seuil, 2001).

jeudi, 26 octobre 2006

Cornettes et sonneries

L'inventeur de la dynamo, épistolier vétilleux, s'irritait, dit-on, de ce que sa sœur Anna mît du désordre dans ses lettres.

lundi, 23 octobre 2006

Diem perdidi 3

Bilan de la journée : je devrais dresser la liste de toutes les choses que je n'ai pas faites — et que j'aurais dû faire. Ce serait trop déprimant. Comme cette musique de chambre de Lutoslawski que je ne peux écouter plus de trois minutes sans m'en désintéresser, comme d'un bruit de fond à peine importun. Anamorphose sonore qui s'infuse dans la rumeur lasse du quotidien, s'y perd comme un filet d'eau dans le sable...

Météo 17

Journée fraîche, venteuse et grise — nuble, nubleuse ou nubileuse selon nos vieux dictionnaires, qui ignorent cette "grisaille" tant prisée des messieurs-dames de la météo. Pour Littré, la grisaille est une technique de peinture, un "mélange de cheveux bruns et de cheveux blancs dont on fait des perruques", une "espèce de papillon de nuit" ou encore un "peuplier blanc". La "grisaille" des météorologues, comme le "ciel de traîne", relève de la mode lexicale bien plus que du caprice des saisons.