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jeudi, 26 octobre 2006

Cornettes et sonneries

L'inventeur de la dynamo, épistolier vétilleux, s'irritait, dit-on, de ce que sa sœur Anna mît du désordre dans ses lettres.

lundi, 23 octobre 2006

Diem perdidi 3

Bilan de la journée : je devrais dresser la liste de toutes les choses que je n'ai pas faites — et que j'aurais dû faire. Ce serait trop déprimant. Comme cette musique de chambre de Lutoslawski que je ne peux écouter plus de trois minutes sans m'en désintéresser, comme d'un bruit de fond à peine importun. Anamorphose sonore qui s'infuse dans la rumeur lasse du quotidien, s'y perd comme un filet d'eau dans le sable...

Météo 17

Journée fraîche, venteuse et grise — nuble, nubleuse ou nubileuse selon nos vieux dictionnaires, qui ignorent cette "grisaille" tant prisée des messieurs-dames de la météo. Pour Littré, la grisaille est une technique de peinture, un "mélange de cheveux bruns et de cheveux blancs dont on fait des perruques", une "espèce de papillon de nuit" ou encore un "peuplier blanc". La "grisaille" des météorologues, comme le "ciel de traîne", relève de la mode lexicale bien plus que du caprice des saisons.

dimanche, 22 octobre 2006

Petite anthologie portative 30

Les pensées les plus mûres
Pourrissent les premières

(Paul Valet, "Revenir de loin", Lacunes, Mercure de France, 1960)

samedi, 21 octobre 2006

Quelque part en France

medium_Porte_etroite.jpgLa plaque indique : CHEMIN DU PARADIS. Le portail à côté est retenu par une chaîne cadenassée :
"Multi, dico vobis, quærunt intrare et non poterunt." (Luc, 13:24)

Plus de couillons que d'hommes

"Et si nous parlions des crétins ?", se demandait Lo Duca, il y a déjà quelques lustres (R. Laffont, 1973). Question aujourd’hui superfétatoire, puisque, la plupart du temps, il n’est question que d’eux dans les média.

De rafraîchissantes exceptions : une sympathique évocation, hier, sur France Culture, de Roger-Henri Guerrand, chercheur atypique, "scatologue — disait-il — des beaux quartiers", qui vient de disparaître à l’âge de 83 ans — comme Sternberg ; et, dans le supplément télé du Nouvel Observateur de cette semaine, le billet de Jean-Claude Guillebaud consacré à Jacques Bertin, chanteur rare : "Bertin chante toujours, mais il le fait sur des chemins de traverse, dans des contrées perdues. Ses admirateurs sont toujours rassemblés mais ils ont un peu froid."
Bertin est sans doute l'un des très rares chanteurs que l'on puisse honorer du titre de poète, si souvent octroyé à de piètres rimailleurs. Ses livres, pas plus que ses disques, n'occupent les "têtes de gondoles" dans les supermarchés de la culture. Faut-il le déplorer ?

And there was the cat again…

medium_Chat.jpgLille, boulevard Victor-Hugo, mercredi matin : retour d’une escapade nocturne qu’on devine pleine de hasards, un matou regagne ses pénates l’oreille basse et l’œil soupçonneux. "C’est Filou", me dit la vieille dame qui lui ouvre sa porte. Comme si cela résumait et pardonnait tout…

Le lendemain, en Bourgogne, je découvre, parmi les entrelacs et les rinceaux d’un chapiteau de l’église de Saint-Cydroine, la tête ronde d’un chat de pierre. Hasard objectif ? Animal ambivalent, voire franchement maléfique, le chat, absent du Bestiaire du Christ de Louis Charbonneau-Lassay, est très rarement représenté dans la sculpture religieuse médiévale. La Vierge au chat de la cathédrale de Saint-Omer constitue sans doute la plus remarquable entorse à cette éviction systématique.

lundi, 16 octobre 2006

Petite musique

Dans le Figaro littéraire, compte rendu élogieux — signé Jean-Claude Perrier — de La Course du chevau-léger, de Jacques A. Bertrand. Ce n’est que justice de saluer cet auteur délicat, dont la petite musique ne manque pas de charme : une légèreté qui, selon la formule bien connue de Blanchot, n’exclut pas la gravité, une ironie qui n’est peut-être qu’une forme de pudeur... On est bien loin des pizzicati étriqués ou des flatulences tonitruantes de nos très oubliables cacographes à la mode.

Morosité du lundi

Les lundis d'automne ajoutent à la mélancolie des choses qui finissent l'ennui de celles qui recommencent.
Lundi : queue froide et molle du dimanche.

"Every other day, every other day,
Every other day of the week is fine, yeah !
But whenever monday comes, but whenever monday comes,
You can find me cryin' all of the time."

(John Philips)

dimanche, 15 octobre 2006

La sortie est au fond de l'espace

medium_Sternberg.2.jpgJacques sternberg est mort mercredi dernier, à 83 ans.
Je croyais qu’il nous avait quittés depuis longtemps : on ne parlait plus beaucoup de lui.
Je me rappelle avoir aimé Toi, ma nuit, que j’ai lu il y a bien longtemps et dont je n’ai gardé aucun souvenir.

En cette période pré-électorale, on pourra relire, en manière d’hommage, "Les politiciens" :

"On aurait voulu donner aux élections présidentielles un éclat tout particulier, mais l’imagination n’avait jamais été au pouvoir et elle n’était pas le point fort des politiciens.
La campagne électorale se déroula, comme toujours, dans un climat de fausse fébrilité entretenu à grands frais par la publicité. Qui se donnait beaucoup de mal pour innover, mais retombait malgré tout dans des clichés usés depuis presque un siècle. D’autant qu’à quelques détails près, la gauche avait les mêmes options que la droite.
Voilà pourquoi un des candidats avait choisi comme slogan: IL FAUT UN PRÉSIDENT À LA FRANCE. L’autre souriait à son public sous le slogan: C’EST LE PRÉSIDENT QU’IL NOUS FAUT.
Alors on se décida à élire les deux candidats. Un pour la France et l’autre pour les Français."

(188 contes à régler, Denoël, 1988)