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samedi, 09 décembre 2006

How would you like to live in Looking-glass House, Kitty ?

medium_Looking_glass.2.jpgSignalisation carrollienne : "Priorité véhicules dans miroir."
L'avertissement est étrange et vaguement comminatoire : on hésite à s'engager sur ces départementales désertes qui s'enfoncent dans la forêt...
Quand nous aurons passé le pont, les fantômes viendront-ils à notre rencontre ? Nous ne croiserons, dans la tempête, que la voiture jaune du facteur.

samedi, 02 décembre 2006

Poètes et joueurs de quilles

Dans son numéro anniversaire de décembre, le Magazine littéraire reprend un entretien avec Yves Bonnefoy, initialement publié dans le numéro de juin 2003. Très beau texte, dans lequel les mots de la tribu donnent à entendre l'une des plus hautes exigences poétiques de notre temps : "Je ne fais guère de place à l'événement, au fait historique, dans mes poèmes, mais ce refus de l'évocation directe ne signifie pas du tout que je ne sois pas concerné autant qu'un autre par l'état présent du monde : en fait celui-ci m'inquiète, m'alarme même, et me scandalise. Et comme aussi je suis convaincu que ce désastre est en rapport direct avec la situation de la poésie, je ne suis pas sans éprouver le sentiment d'une responsabilité particulière, aussi limitée soit-elle, à l'égard, sinon des événements, du moins de l'interprétation que l'on peut en faire et de l'éventuelle remise en ordre..."
Il faudrait tout citer. On peut aussi relire les poèmes graves et laconiques de Douve ou de Pierre écrite :
 
        Tu as pris une lampe et tu ouvres la porte,
        Que faire d'une lampe, il pleut, le jour se lève.

La bonne peinture 3

À propos des photographies de Desiree Dolron, Luc Desbenoît note, dans Télérama, que celle-ci "met au jour une évidence : contrairement à la peinture, un cliché donne toujours l’impression d’être en contact direct avec le réel. Donc avec le vrai." Voilà une assertion totalement gratuite, pour ne pas dire inepte. La pâte épaisse de tel Fautrier, la matière composite de certains Rebeyrolle ou Dubuffet sont d’une indiscutable concrétude. La part de tarte oubliée par Bonnard sur la table du goûter nous fait encore saliver. Sa peinture, comme celle du Lafleur de Marcel Aymé, est "si riche, si sensible, si fraîche, si solide, qu’elle [constitue] une véritable nourriture et non pas seulement pour l’esprit, mais bien aussi pour le corps." ("La bonne peinture" in Le Vin de Paris, Folio 1515, p.173)

"La noble antiquité qui se jouait si joliment..."

Version inédite du jeu de l'oie, selon les anciennes éditions du dictionnaire de l'Académie :
"On dit tirer l'oie pour exprimer une sorte d'exercice que font les bateliers en attachant à une corde sur la rivière une oie en vie, qu'ils sont obligés d'arracher par morceaux avec les dents."
Variante, selon Littré : "Tirer l'oie se dit d'un jeu barbare qui consiste à attacher une oie par le cou et à y lancer des bâtons jusqu'à ce que le cou ait été rompu."
On savait s'amuser, autrefois.

On refait le monde au dessert

Dîner chez des amis. Carré de veau et médoc des plus honorables. On cause... Il est question d’élections. Je n’écoute guère : j’aimerais que l’on parle d’autre chose — du médoc ou des girolles, de la température étonnamment douce pour la saison, de jubilatoires banalités.
Je doute que la politique donne de l'esprit aux sots ; en revanche, j'ai le sentiment qu'elle rend souvent bien sots les gens d'esprit — ou ceux qui pensent en avoir.

Petit nocturne urbain

Lille, mercredi soir. Cacardements frénétiques : au-dessus de la rue des Postes, un vol d'oies dans le ciel bleu-noir. Rue Kuhlmann, une jeune femme dispose au pied d'un mur quelques bolées de croquettes à l'intention des chats errants. Façades visages ravagés — D'une fenêtre entrouverte dégoulinent du rap et un peu de lumière jaune.

lundi, 27 novembre 2006

Comme un lundi

Il pleut — ou il a plu, ou il va pleuvoir... "Comme toujours", aurait ajouté Vialatte. Morosité après les agapes du samedi et la paresse casanière du dimanche. On se remet au travail petitement, sans conviction ; on parcourt Jodelle et Sponde à la recherche d'une citation perdue ; on écoute Poulenc. Mélancolie, précisément. Je ne l'ai pas fait exprès.

vendredi, 24 novembre 2006

Par le vouloir de Psammetic

"Plusieurs membres de la commission d’enquête parlementaire française sur les sectes ont découvert avant-hier, au cours d’une visite inopinée dans une communauté biblique, dix-huit enfants coupés du monde, qui ne vont pas à l’école, ne jouent pas, ne sortent pas et ne connaissent même pas Zidane, ont-ils dit au cours d’une conférence de presse." (Les journaux)
J'ai entendu à la radio qu'ils ne connaissaient pas non plus Johnny Halliday. L'ignorance des enfants prétendument reclus, toute scandaleuse qu'elle est, me consterne moins que les critères invoqués par le président de la commission, dont les références culturelles forcent l'admiration.

lundi, 20 novembre 2006

Petite anthologie portative 32

"Dans les ports du Nord

Le rose est une couleur énorme, comme un tutu qui déborde. Si j'étais une truie, je serais majorette, peut-être de Dunkerque ? Mais il n'y aurait que des mouettes à avoir droit de se moquer."

(Jean-Pierre Cannet, "Bilboquet et Cie", Griffon, n° 183-184, déc. 2002)

Vomi de betteraves

Enfin terminé L'Évangile du bourreau. On est soulagé de refermer ce pavé de plus de sept cents pages qui collent aux doigts. Neige pourrie, crasse, sang, sanie... Toute cette évocation hallucinée d'un système paranoïaque, cynique et brutal, qui, pareil au stupide catoblépas, finit par se dévorer les pattes, donne la nausée. Tout est sordide et désespérant, jusqu'aux automobiles, comme — page 718 — cette "Jigouli miteuse couleur vomi de betteraves".
J'ai envie, à présent, de lire quelque chose d'un peu plus frais. Ou, disons, d'un peu plus fantasque ; peut-être les Mémoires posthumes de Brás Cubas, de J. M. Machado de Assis, dont Alberto Manguel dit le plus grand bien...