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mardi, 30 octobre 2012

Le grand style 22

"J'ai ressenti une violente envie de chier."

(Annie Ernaux, L'Événement — in Écrire la vie, Gallimard/Quarto, p. 308)

C'est un peu court, Madame, comparé aux quelque soixante-dix pages du premier chapitre de Lauve le pur. Chez Millet, la débâcle intestinale prend des dimensions picaresques et métaphysiques. Le souffle et le style peuvent susciter, on le comprend, une certaine jalousie de la part des écrivaillons constituant le gros du houraillis qui clabaude à vos côtés et réclame sa curée.

jeudi, 25 octobre 2012

"Vocem mihi fata relinquent"

Dans le hall de la maison de retraite, la petite vieille, "maigre jusqu'à l'invisibilité", sautille, cramponnée à son déambulateur. Émaciée comme la sibylle, comme Écho, elle répète inlassablement les derniers mots entendus :
"Bonjour, Madame.
— Madame... Madame... Madame..."
À mesure qu'on s'éloigne, la litanie décroît et meurt en un bourdonnement infime.

dimanche, 21 octobre 2012

Amour des listes et orgue 9

Carnet mondain du Figaro. Naissances du 20 octobre :

Mathilde de BELLISSEN-DURBAN
Ulysse BOIZEL
Apolline, Timothée, Zélie, Alexandre CHÈVRE
Eloi DUMOUCHEL
Ninon CHAPPUY
Aurélien FOILLARD
Oscar GOTHLAND
Virgile Alfred André HARTNAGEL
Kirill KISSELEVSKY
Olympia LAMM
Maxence BARSI.

Une liste que ne désavouerait pas Modiano.
Pour l'orgue, on choisira une pièce de Gherardus Scronx. Pour le nom...

jeudi, 18 octobre 2012

Commerce avec les ombres

"The older you get the less afraid of ghosts you are — wether you believe in them or not. By the time you pass the fifty mark you've known so many people who are now dead that ghosts, if there are any such, aren't all strangers. Some of your best friends are ghosts; why should you be afraid of them ? And it's not too many years before you'll all be on the other side of the fence yourself."

(Fredric Brown, Night of the Jabberwock, New-York, Dutton & Co, 1950)

mercredi, 17 octobre 2012

"Tu veux faire ici l'arboriste..." 2

Estimer que la poésie doive être l'affaire de tous et non de quelques-uns relève évidemment de la provocation surréaliste — on me passera l'emploi de ce terme, ici parachronique —, de la puérilité ou, dans le pire des cas, de la plus pure jobardise. Mais que penser de la liberté donnée à tous, sur les sites de "produits culturels", de s'improviser critiques littéraires ? Le "commentaire client" permet au premier crétin venu d'afficher impunément sur la toile de péremptoires stupidités. Machiavel est "pénible à lire", Rabelais — "ennuyeux" — représente bien "la littérature médiévale", Fénéon ne présente aucun intérêt, Joyce est "psychotique"...
"Ne sutor ultra crepidam !" Arrêtez, eût dit Verville, de nous pisser aux oreilles. Lisez les pauvretés que "l'espace culture" de votre supermarché vous propose en "tête de gondole", achetez les titres figurant dans la liste des "meilleures ventes" sur Amazon... Mais, de grâce, ne les érigez pas en critériums du goût littéraire.

vendredi, 12 octobre 2012

Nouvelle en trois lignes 2

Huit tonnes de cocaïne, cachées dans un conteneur de bananes provenant d'Équateur, saisies dans le port d'Anvers. Après saisie, les bananes ont été offertes au zoo de Rotterdam.

(AFP)

samedi, 06 octobre 2012

Épigraphe dérobée

"Jusqu'ici, sur la terre, tout désordre a résulté du fait que quelques-uns ont voulu mettre de l'ordre et toute ordure du fait que quelques-uns ont voulu balayer [...]
Le mal n'est pas que le monde soit gouverné avec si peu de sagesse. Le mal est que, si peu que ce soit, il soit gouverné." (Deszö Kosztolányi, Le Traducteur cleptomane)

samedi, 29 septembre 2012

La philosophie dans le vidoir

À la déchetterie. Deux ou trois cartons de livres ont été jetés dans la benne réservée aux emballages et vieux papiers. Je récupère, au prix d'une périlleuse gymnastique, les tomes un et trois du Je-ne-sais-quoi de Jankélévich, les Philosophies de l'Histoire, d'Hélène Védrine, et quelques autres volumes qu'il me paraît sacrilège d'abandonner à une fin aussi sordide. L'entreprise de sauvetage est vite interrompue par la virago qui règne sur les lieux, laquelle me somme de déguerpir en termes peu amènes. Toute tentative de négociation est vaine : "Hier ist kein warum."
Toujours l'agressive stupidité du lampiste, prompt à jouer les kapos. Comme chaque fois que je me trouve dans ce genre de situation — pour moi humiliante —, je pense à Jules Renard : "Oui, le peuple ! Mais il ne faudrait jamais voir sa gueule."

vendredi, 14 septembre 2012

Petite anthologie portative 71

En creusant

Le silence est notre chambre depuis toujours
les solitudes ne peuvent s'atteindre
qu'à travers de multiples déchirures
et c'est sans doute le sens ultime
de la lente pénétration de la terre dans nos corps

(Pierre-Albert Jourdan, "Poèmes 1956-1968"
in Le Bonjour et l'Adieu, Mercure de France, 1991)

A small, good thing 8

Mozart : Ergo interest, K 143 — Annemarie Kremer, soprano ; Teatro Armonico de Stuttgart, dirigé par Nicol Matt. La brève transition des cordes, entre le récitatif et l'aria, illustre à merveille le propos de Karl Barth, comme quoi la musique de Wolfgang Amadeus serait celle qui ravit les anges — tandis que Dieu écoute à la porte.