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jeudi, 29 mai 2014

"Et au jour de l'ascension, monter ès cieulx sanz respiter"

"Et Dominus quidem postquam locutus est eis adsumptus est in cælum et sedit a dextris Dei."
(Marc, 16:18-20)

"C'est le Christ qui monte au ciel mieux que les aviateurs
Il détient le record du monde pour la hauteur"
(Apollinaire, "Zone", Alcools, 1913)

samedi, 24 mai 2014

Cyclothymia

"What bothers you all the time ?
Nothing other than an oblong black hole, one that waits for all of us."
(James Lee Burke, op. cit. supra, p. 408)

"There are occasions in this world when you're allowed to step inside a sonnet, when clocks stop, and you don't worry about time's winged chariot and hands that beckon to you from the shadows."
(Ibid., p. 410)

vendredi, 23 mai 2014

Petites perambulations hexagonales 3

Mardi — Sologne et Beauce sous la pluie. Traversée d'Orléans éprouvante. Théories de poids lourds sur les départementales d'Eure-et-Loir, gerbes d'eau, ciel bas... On roule. Quoi d'autre ?
Le Tréport. Le vent et la grisaille, comme à Ault ou Mers-les-Bains, ajoutent au charme nostalgique du lieu. Je songe à des cartes postales anciennes, une photo glacée, en noir et blanc, souvenirs très chers d'êtres aimés qui furent ici, un jour, peu après une guerre ou juste avant une autre...
Hôtel de Calais. Vue sur le port, "oiseaux clabaudeurs" ; rares touristes se hâtant sur le quai à l'heure du crépuscule. Restaurant "Le Homard Bleu". Carrelet rôti au four et quincy, pain perdu aux pommes caramélisées, petit calvados offert par la maison. Quelques dîneurs discrets, conversant à petit bruit.

Mercredi — Lille. Plaisir de feuilleter, au "Furet du Nord", les nouveautés, de céder comme toujours à la tentation, de découvrir un auteur qu'on se sent impardonnable d'avoir pu jusqu'alors ignorer. Ce sera, cette fois, Marcel Cohen, dont me séduisent d'emblée les proses minuscules. Art de l'ellipse, du presque rien, du laconisme ironique :
"Un poète va de librairie en librairie et, tirant son dernier livre des rayons, en même temps qu'il ouvre son stylo, profite de la distraction des vendeurs pour remanier un vers qu'il juge défectueux. Retrouvant le flot des passants, il est saisi d'un imperceptible vertige : — Si le monde n'est pas dans les mots, comment peut-il être plus léger débarrassé d'une scorie ?" (Le Grand paon-de-nuit, suivi de Murs, suivi de Métro, Gallimard, 2014)
Wazemmes. Deux clochards éventrent, en plein après-midi, les sacs poubelles entassés sur les trottoirs du boulevard, en quête de quelque butin dérisoire. Un couple de jeunes chats se livre — semble-t-il — à des jeux amoureux au débouché d'une courée. Tard dans la nuit, "ça gueule encore dans la rue noire".

Jeudi — Retour vers nos pénates par le Cambrésis, la Brie champenoise, la Bourgogne. Visite de la cathédrale de Sens. Mausolée des frères Davy du Perron. Jacques, cardinal et archevêque de Sens après avoir été huguenot, théologien redoutable, érudit et poète raffiné, familier d'Henri IV, ne craignait point — si l'on en croit ses biographes — de péter bruyamment en jouant aux échecs avec le roi. (voir Burigny, Vie du cardinal Du Perron, archevêque de Sens et Grand Aumônier de France, 1768). On peut évidemment préférer la musique de ses vers maniéristes :

Dame dont les beautés me possèdent si fort,
Qu’étant absent de vous je n’aime que la mort,
Les eaux en votre absence, et les bois me consolent.

Je vois dedans les eaux, j’entends dedans les bois,
L’image de mon teint, et celle de ma voix,
Toutes peintes de morts qui nagent, et qui volent.

Dernière halte en Puisaye. Saint-Fargeau, Saint-Amand, Saint-Vérain. Pays de Colette et terre de potiers. Nous achetons deux ou trois bols et tasses au "Petit Montparnasse", à Saint-Amand. Le maître des lieux aime à causer. Il nous entretient des caprices de la météo, de la malfaisance des renards ou de la singularité des mœurs morvandelles. Placide et rougeaud, il modèle, tout en parlant, de petits sujets, une bouteille de sauvignon à portée de main.
L'argile d'ici doit être "salée comme tous les diables"...

mercredi, 14 mai 2014

Lost in translation 2

"That's how this kind operate. They call up Fart, Barf, and Itch or somebody in the attorney general's office or another bunch of bureaucratic asswipes just like them. They never hit you head-on." (James Lee Burke, Swan Peak, Phoenix, 2008, p. 78)
Ce qui donne en français : "C'est comme ça qu'agissent les gens comme lui. Ils appellent Péteur, Dégueuleur et Gratteur, ou quelqu'un d'autre au bureau du procureur général ou dans une autre équipe de trous-du-cul de bureaucrates du même tonneau. Ils ne vous affrontent jamais en face." (Trad. Christophe Mercier, Rivages/Noir, 2014, p. 100)
Que devient le F.B.I. dans l'affaire ? Il n'aurait peut-être pas été inutile que le traducteur recourût ici à ce qu'Umberto Eco considère comme "l'ultima ratio : la note en bas de page", quitte à "ratifier son échec". (Dire presque la même chose, Le Livre de Poche, 2010, p. 118) Autre solution, le "remaniement radical", "exemple flagrant de licence interprétative", également commenté par Eco (ibid., p. 378 sqq.) : opter pour une solution permettant de conserver, dans la langue cible, la double lecture : monosyllabes triviaux démarquant sans équivoque l'épellation du sigle abominé. Une gageure !
On s'est donc contenté de s'en remettre — une fois encore ! — à la jugeote du lecteur, supposant qu'un amateur de polars doit connaître suffisamment d'anglais pour que l'allusion ne lui échappe pas, ce qui est quelque peu désinvolte. Il ne l'est pas moins, lorsque l'on se résout à l'ultima ratio, de ne pas aller jusqu'au bout de l'élucidation. Expliciter en note une allusion en la rapportant à une citation littéraire dont on ne mentionne pas l'auteur — "Hell hath no fury like a woman scorned" —, ce n'est pas très sérieux. Le lecteur se débrouillera avec Internet — ou il supposera que c'est de Shakespeare. Ce qui, finalement, n'enlèvera rien à son plaisir, car les romans de James Lee Burke sont toujours excellents.

mardi, 13 mai 2014

Briefve déclaration

"SCYBALE, estront endurcy.
SPYRATHE, crotte de chèvre ou de brebis."

— Autrement dit : fèces de bouc ?

Solderies, bouquins, hasards objectifs 3

"Quand le matin qui vient ne nous dit rien, voilà une journée dont nous sommes d'avance l'orphelin."
Réflexion en accord avec la maussaderie du ciel et l'humeur du jour, sur laquelle je tombe en feuilletant un volume des Carnets d'André Blanchard, acheté hier avec une brouettée d'autres bouquins "déstockés" — le mot, parlant de livres comme on parlerait de boîtes de conserves, de beaujolais tournant au vinaigre ou de cochonneries surgelées, a quelque chose de dépréciatif. Est-ce pour cela que la faune dominante des solderies — mâles hirsutes en survêtement et dondons à poussette — considère ces pauvres volumes avec un si ostensible dédain, les rejette dans leurs bacs comme des objets malpropres ou parfaitement inutiles ? À chaque nouvel arrivage, il faut se hâter de sauver ce qui peut — ce qui doit — l'être, avant que tout ne soit corné, souillé, dépenaillé... Les "beaux livres" d'abord, qui supportent mal d'être ainsi bousculés : photographies d'Elliott Erwitt (Silvana Editoriale) ; photos de presse réunies par Marie-Monique Robin et David Charrasse (La Martinière) ; textes, peintures — et photos encore — de Jean-Pierre Pincemin, Gérard Titus-Carmel, Vincent Bioulès et Jean Le Gac (Seuil/Éditions Pérégrines). Les proses brochées ensuite : en vrac, tout un lot du Serpent à Plumes — nombreux inconnus, parmi lesquels m'arrête un certain Christophe Till Geissler qui, sous le titre de Lamelles, a rassemblé quelques aimables fantaisies mycologiques. Voici, au hasard, une "pézize veinée" ou "oreille de singe" (Disciotis venosa), traitée à la manière de Ponge : "Assez grande, charnue, d'un joli brun clair, elle joue à se déguiser en une large oreille dont le pavillon grand ouvert sans crainte vers le ciel, révèle un fond parcouru de veines en relief, que l'on s'attendrait presque à voir battre doucement." Dans le même registre naturiste, Marcher. Éloge des chemins et de la lenteur, de David Le Breton (Métailié), promenades littéraires où l'on croise au gré des pages, bon nombre d'écrivains gyrovagues et d'"étonnants voyageurs", Xia Xiaque, Rousseau, Stevenson, Robert Walser, Werner Herzog, Lacarrière, bien sûr — et tant d'autres. Pour les essais, je m'en tiens au pavé d'Anthony Burgess, Au sujet de James Joyce. Une introduction pour le lecteur ordinaire (Le Serpent à Plumes). Aussi épais qu'Ulysse. Le lirai-je in extenso ? J'ai quelques doutes, mais à ce prix...
Bouclons la boucle avec Blanchard, que, décidément j'aime beaucoup et que je ne pouvais abandonner ainsi, entre bermudas et escarpins made in China : "Avoir la littérature dans la peau a son synonyme : la vie vaut plus le coup d'être lue que vécue." (À la demande générale. Carnets 2009-2011, Le Dilettante, 2013)

mardi, 06 mai 2014

Baignoire de Joséphine, Alcanter de Brahm, etc.

J'ai dû parcourir à plusieurs reprises, "à sauts et à gambades", les trois petits volumes de Raphaël Confiant publiés aux éditions Mille et une nuits, avant d'y retrouver ce passage, dont la lucidité n'a fait que se confirmer avec le temps : "Je me servis une double vodka en songeant, accablé, au fait que sur les autoroutes de l'information, les camions roulaient pour l'instant à vide et qu'Internet n'avait réussi qu'un seul et unique exploit : faciliter la circulation mondiale de la connerie humaine." (La Baignoire de Joséphine, 1997) Le "pour l'instant" témoigne d'une raisonnable circonspection quant à l'avenir. Après bientôt deux décennies, on peut mesurer l'étendue du désastre — Facebook gangrené par le kitsch sentimental, la pensée bisounours et l'imbécillité ordinaire ; Wikipédia poussant dans toutes les directions les rhizomes de la culture pour candidats à "Questions pour un champion" ou amateurs de "Trivial Pursuit", la compilation de l'anecdotique et de l'à-peu-près. La philosophie à deux sous et le savoir à portée de tous. Bovarysme revisité Bidochon. Autodidactes : sauvages cul nu coiffés de chapeaux melons.
Ainsi, chacun peut, aujourd'hui, se flatter de savoir qu'Alcanter de Brahm (Marcel Bernhardt pour l'état civil et poète d'une confondante médiocrité) serait l'inventeur du "point d'ironie", sans s'interroger un seul instant sur l'intérêt de cette innovation typographique mort-née, relevant du pur non-sens dès lors qu'on s'interroge sur la notion même d'ironie. L'eirônéia socratique sollicite l'auditeur — ou le lecteur :  "Elle sait qu’on n’a pas besoin de tout dire et elle a renoncé à être exhaustive : elle [lui] fait confiance [...] pour soulever le sens avec le levier du signe." (Vladimir Jankélévitch, L’Ironie, Paris, Flammarion, “Champs”, 1999) Le point d'ironie et, de la même façon, les "smileys" ou les rires enregistrés imposent un sens unique au destinataire du message, au téléspectateur, rassurent l'imbécile : c'est bien là qu'il faut rire. Signaler l'ironie, c'est présumer qu'il n'y a plus de "suffisant lecteur", capable d'une démarche herméneutique élémentaire. De là à en inférer qu'on puisse — sous couvert de "culture" ou de divertissement — faire tout avaler au public, il n'y a qu'un pas, vite franchi. L'esprit critique, voilà l'ennemi. Ingurgitez, nous ferons le reste. Internet, c'est l'écuelle du bonhomme Guyon...

jeudi, 01 mai 2014

À Bagnolet

Chanson de circonstance :

"C'est à Bagnolet que j'ai connu Ciboulette
Elle vendait le muguet dans un petit troquet..."

Qui se souvient de Gilbert Grenier, aujourd'hui, probablement, "mort et roidi" ? Tout sympathique qu'était le personnage — fort discret au demeurant —, il faut bien admettre que ses vers au mètre incertain n'avaient rien d'inoubliable. Aussi les a-t-on oubliés bien vite, comme les couplets de Jean Arnulf, d'Anne Vanderlove ou de Guy Bontempelli, "les refrains de deux sous, les vers de mirliton"...
J'ai rencontré, il y a quelques années déjà, Anne Vanderlove dans une sorte de café-théâtre de la banlieue de Clermont-Ferrand. La jeune fille aux airs de vierge préraphaélite était devenue une grosse dame qui, après son tour de chant, se repaissait prosaïquement de spaghetti dans un coin de la salle.
Si l'homme, c'est bien connu, ne vit pas seulement de pain, les poétesses, la bise et l'âge venus, ne vivent pas seulement de vent.

dimanche, 27 avril 2014

Jour vide

"Aujourd’hui je n'ose pas même me faire des reproches. Lancé en ce jour vide, ce reproche aurait eu un écho écœurant." (Franz Kafka, Journal intime, 22 décembre 1910)

samedi, 19 avril 2014

Parc des Volcans

Animal-sitting durant tout le week-end pascal.
La nuit est tombée. Tout dort dans les volières, les enclos, les clapiers. Les chiens, prompts à clabauder tout le jour, se sont enfin tus, ayant regagné leur niche. Les plus paresseux des chats s'approprient coussins et canapés, le plus jeune est parti pour ses chasses nocturnes.
Le feu flambe dans la cheminée.
Silence...