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jeudi, 11 septembre 2014

Petites perambulations hexagonales 5

Brève escapade, ce début de semaine, en pays aveyronnais.
Musée Soulages : files d'attente à la billetterie, groupes d'écoliers pique-niquant sur les pelouses du Foirail, cars de retraités béquillards... Le battage médiatique a porté ses fruits. On vient, on voit, on prend un verre au "Café Bras", on s'en va, un peu perplexe.
Pour ce qui me concerne, cette peinture pour aveugles, sans âme, ne me touche guère. "L'outrenoir", anagrammatisé, c'est "le trou noir" : toute pensée, tout sentiment s'y abîme — et toute signification. Les quelques gloses accompagnant les différentes séries d'œuvres, vouées à la redondance et à la verbigération prétentieuse, semblent n'avoir d'autre finalité que de renvoyer le spectateur lambda à son béotisme.
Nous retrouverons Soulages à Conques, avec ces vitraux dont l'opalescence douteuse évoque la vitrine mal débarbouillée d'un badigeon de blanc d'Espagne et tamise tristement la lumière du dehors.

Entre Rodez et Conques, courtes haltes dans des bourgs pleins de charme : Bozouls, Espalion, Estaing et Villecomtal, où nous hébergerons "Chez Picou", café-hôtel-restaurant à l'ancienne, trop authentique pour être pittoresque. Nous dînons en compagnie de quelques hôtes de passage ou pensionnaires. La table est copieuse — cuisine maison et spécialités locales, tripoux, aligot, que nous accompagnons d'une bouteille de vin d'Estaing —, la chambre d'une simplicité monacale. La fenêtre donne sur une rue étroite où stationnent quelques voitures. Deux chats se sont pelotonnés, pour dormir, sur la capote d'une vieille deux-chevaux.

Au retour, étape à Salers, dont le nom évoque la gentiane, le fromage et les bœufs rouges, célébrés par Michelet dans son Tableau de la France. Belles demeures de pierre grise, austères, naguère cossues, et, à tous les rez-de-chaussée, boutiques de produits du terroir, échoppes d'artisanat, poterie, tissage, cuir et bijoux — bref, ce que l'on trouve de Bretagne en Provence, partout où l'on trouve le touriste.

mercredi, 03 septembre 2014

Incipit 9

"À onze ans, j'ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes." (Éric-Emmanuel Schmitt, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Albin Michel, 2001)

samedi, 30 août 2014

Au jardin 2

Un merle.
Un chat.
Une poignée de plumes noires dans l'herbe, éparpillées...

mardi, 26 août 2014

Remembrances du vieillard idiot 16

Au lycée, seuls étaient autorisés les "livres de bibliothèque", couverts de papier bleu ou de kraft beigeasse, aussi impersonnels que nos tristes blouses grises.
Nous lisions en cachette, à l'étude du soir, La Jument verte ou L'Amant de lady Chatterley — le comble, à nos yeux, de la licence gauloise et de la pornographie. Durant mon année de troisième, on me confisqua durant un cours de musique l'Aphrodite de Pierre Louÿs, dont la lecture, sans doute, me portait plus à la rêverie érotique que le physique ingrat du professeur, bréhaigne agélaste, cruellement dépourvue de charme.
Cet épisode ne contribua pas à améliorer ma réputation d'incorrigible fumiste et la fable m'en poursuivit jusqu'en classe terminale.

mardi, 12 août 2014

Petit Larousse 1949

Pages roses : "Suave mari magno (Il est doux, sur la vaste mer) : Commencement d'un vers de Lucrèce (De natura rerum, II, 1). Le sens complet est : 'Il est doux, quand sur la vaste mer les vents soulèvent les flots, de regarder, de la terre ferme, les terribles périls d'autrui.' Ces mots s'emploient pour marquer la joie que l'on éprouve à être soi-même exempt des périls auxquels les autres sont exposés."
C'est ce que je me dis, confortablement installé sur la cuvette du buen retiro, en feuilletant How Shit in the Woods de Kathleen Meyer (Édition française : Comment chier dans les bois, trad. Jean-Marc Porte, Servoz, Édimontagne, 2001).
La citation de Lucrèce a disparu des éditions les plus récentes du Petit Larousse — comme, pour des raisons différentes, les youdi, youtre et youpin, qui avaient pourtant survécu à la Solution Finale. Cinoc est passé par là.

jeudi, 07 août 2014

Lire aux cabinets 3

Ouvrant au hasard l'exemplaire de la traduction œcuménique de la Bible que je conserve aux cabinets, je tombe sur Ésaïe, 5:22 :
"Malheur ! Ce sont des héros de beuveries, des champions de cocktails."
Ces "champions de cocktails" sont, dans le contexte, pour le moins inattendus — traduction qui, à l'évidence, traduit surtout le souci quelque peu démagogique de "moderniser" le texte.
La Vulgate dit simplement : "Væ qui potentes estis ad bibendum vinum, et viri fortes ad miscendum ebrietatem." Ce que la version Fillion rend assez fidèlement par : "Malheur à vous qui êtes puissants à boire le vin, et vaillants pour faire des mélanges enivrants." Une note précise en outre que le texte hébreu donne littéralement "mêler le sékar", c'est-à-dire allonger d'eau une boisson fermentée.
Chouraki rend cela par "malaxer l'hydromel". À défaut d'être très heureuse, cette translation présente du moins l'intérêt de rester assez proche du sens original.

jeudi, 31 juillet 2014

Sémantique et pâté d'alouettes

Il arrive que, dans certains contextes, on hésite entre les différentes acceptions d'un même mot.
Ainsi, à l'heure du déjeuner, cette exécution sur France-Musique des "Quatre derniers Lieder de Strauss" : s'agissait-il d’une "interprétation par la voix, par un instrument, par un orchestre, d'une partition musicale" (définition du T.L.F.) ou de la "destruction complète et brutale de quelque chose" (id.) ? Les deux, assurément. Cacophonie et glapissements. De quoi effaroucher les alouettes d'Eichendorff, grisollant dans le crépuscule :

"... zwei Lerchen nur noch steigen
nachträumend in den Duft.

Tritt her, und laß sie schwirren,
bald ist es Schlafenszeit."

Choses vues 8

Au beau milieu du cimetière, parmi l'alignement des tombes grises, largement ouvert, un parasol jaune poussin.

dimanche, 27 juillet 2014

Amour des listes et orgue 12

Chinoiseries.

"Pourvu qu'on ait au monde un seul être qui vous comprenne, on peut être content. Et cela ne vaut pas que pour les humains.
Les chrysanthèmes se sentaient compris par Tao Yuanming,
les pruniers par Lin Bu,
les bambous par Wang Ziyou,
les lotus par Zhou Dunyi,
les fleurs de pêcher par les survivants de la dynastie Qin,
celles d'abricotier par Dong Ju,
les pierres par Mi Fei,
les litchis par Yang Guifei,
le thé par Lu Tong et Lu Yu,
les plantes aromatiques par Qu Yuan,
la cuisine de son pays par Zhang Han,
les bananiers par Huai Su,
les pastèques par Shao Ping,
les coqs par Song Chuzong,
les oies par Wang Xizhi,
les tambours par Mi Heng,
la guitare pipa par Zhao Jun.
Une rencontre décide d'une éternelle fidélité. Mais donner un fief à des pins comme le premier empereur Qin ou offrir un char à une grue comme le duc Yi de Wei, c'est trop extravagant pour en espérer une union destinée à durer."
(Zhang Chao, L'Ombre d'un rêve, trad. Martine Vallette-Hémery, Picquier poche, 2011)

 Et pour l'orgue : Kyrie de Charles d'Ambleville — Messe des Jésuites de Pékin, Auvidis/Astrée, 1998.

mardi, 22 juillet 2014

Jours qui ne sont rien d'autre que des jours 2

Blog un peu délaissé ces derniers jours — beaucoup de temps perdu sur Facebook, où l'on ne trouve pas grand-chose qui vaille qu'on s'y arrête. Intéressant, cependant — au même titre que les "brèves de comptoir" —, d'un point de vue sociologique. La sottise ordinaire, le goût des autres et le kitsch à tous les étages. Dégoulinade de bons sentiments et misère intellectuelle, sans parler de tous ces "amis" qui vous invitent à jouer avec eux. Cuculisation générale. Mais enfin, c'est comme — naguère — pour les films porno : on y va pour voir — juste pour voir — et l'on en redemande.
À part ça, météo toujours boudeuse.
Chez les enfants, menues activités géorgiques interrompues par la pluie : pose de clôtures et construction d'un poulailler. Visite aux chèvres et aux canards.
Récolte de groseilles et de poires, confitures, siestes prolongées, lectures diverses — Mo Yan, Ryū Murakami —, musique. Aujourd'hui, trios de Beethoven, toute la journée. On ne s'en lasse pas...