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samedi, 03 mars 2018

Encore des chats 5

P.Z. cite, sur sa page Facebook, un passage de Polochon — œuvrette oubliée de Gaston de Pawlowski — dans lequel il est question de chats qui "suivent attentivement du regard des choses inexistantes qui passent en l'air au-dessus de leurs têtes".
Ces choses, que nous disons inexistantes parce que, simplement nous ne les voyons pas — ou préférons ne pas les voir —, ces choses "qui passent en l'air" et font parfois sursauter les chats tirés de leur somnolence sont, j'en suis de plus en plus persuadé, les fantômes de ceux qui nous ont précédés dans nos vieilles demeures. Un bruit, le craquement léger d'une lame de parquet, un frôlement dans la pénombre d'un couloir, l'écho étouffé d'autres voix dans d'autres pièces signale leur présence discrète. Ce sont nos ombres errantes, les spectres familiers qui habitent nos rêves, les "âmes qui — disait Héraclite — flairent dans l'Hadès"...
Les chats sentent ces choses-là et ne s'en effraient point.

mercredi, 22 novembre 2017

"Non bibam amodo de hoc genimine vitis..."

Rouge ou blanc ? Question liturgique...

"On demande lequel des deux vins, du blanc ou du rouge, est matière du Sacrifice. Il est certain que l'Église a toujours préféré le vin rouge au blanc pour deux raisons. La première, c'est que le vin rouge représente mieux, par sa couleur, le mystère de sa transsubstantiation au sang de Jésus-Christ ; la seconde, parce qu'on risque moins de se tromper en confondant l'eau avec le vin. En effet, il y a des vins blancs, tellement limpides, qu'il est assez difficile de les distinguer de l'eau. C'est principalement pour cette raison que plusieurs Conciles ont défendu d'en user à la messe. Ces prohibitions sont tombées depuis longtemps en désuétude, et il est permis d'user indifféremment de l'un ou de l'autre ; mais l'usage du vin blanc n'est que la tolérance, tandis que celui du rouge est la règle [...]
Le quatrième Concile de Milan, sous saint Charles, veut qu'on se serve de vin blanc, quand on le peut. Cela ne prouve rien contre ce qui a été dit. Cette prescription est purement locale à cause de la qualité des vins rouges du Milanais qui sont fortement colorés et épais, tandis que le vin blanc y est très délicat, et d'ailleurs d'une couleur jaune assez foncée pour qu'on ne le confonde pas aisément avec l'eau."
(Origines et raisons de la liturgie catholique en forme de dictionnaire — Encyclopédie théologique publiée par l'abbé Migne, tome huitième, Petit-Montrouge, 1844. Article "Vin", p. 1255-1256)

Aujourd'hui, l'usage du vin blanc est de règle, afin de ne point souiller les nappes d'autel ou les linges liturgiques, et les maisons spécialisées dans les articles religieux, la plupart du temps, n'en proposent pas d'autre. Ainsi trouve-t-on sur Internet du "vin de messe blanc liquoreux 15°5" à 5,90 euros la bouteille (Maison Saint-Christophe) ou encore du "vin blanc sec — muscat des Pyrénées-Orientales 12°5" et du "côtes de provence blanc 13°5" — respectivement 5 et 8 euros la bouteille, ainsi qu'un "agréable vin de messe doux — muscat 15°" à 36 euros le cubi de 5 litres (Paroisse.com). Il faut aller sur la page d'Holyart — site d'une maison italienne, pour trouver enfin, outre du blanc doux ou sec, deux qualités de marsala liquoreux rouge titrant 16°... Breuvage certainement plus agréable que le vinaigre de vin agréé par Durand de Mende, mais rigoureusement proscrit par le concile d'Exeter.

mercredi, 12 juillet 2017

Remembrances du vieillard idiot 19

Lorsque nous étions bien enfants, les grands-parents — de crainte que nous n'allassions rôder autour des puits ou des mares — nous mettaient en garde contre la "mère-en-gueule", embusquée au fond de l'eau.

vendredi, 19 mai 2017

Lost in translation 3

Dans une conversation du "vice-préfet" Rocco Schiavone avec ses fantômes familiers, cette citation — guillemetée dans le texte — en forme d'énigme ou de clin d’œil :
"Et peut-être que les arbres qui attirent les tempêtes sont ceux que le vent penche sur les naufrages, perdus, perdus, sans arbres, sans arbres, ni îles fertiles. Mais, mon cœur, écoute le chant des marins !
[...] C'est beau. C'est de qui ?
— C'est un vieux livre à toi. Tu devrais le savoir."

(Antonio Manzini, Froid comme la mortLa Costola di Adamo, trad. Anaïs Bouteille-Bokobza, Folio policier, 2017)

Était-il bien heureux de retraduire erronément, à partir d'une translation italienne ambiguë, les derniers vers de "Brise marine" ? Cela autorise, certes, une surinterprétation : citation approximative, réminiscence d'un texte oublié — comme le nom de son auteur —, mais cette lecture ne procède évidemment pas de l'intentio auctoris. On pouvait, après tout, s'en tenir à l'original :
"Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots...
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !"

(Mallarmé, Poésies, Bruxelles, Edmond Deman, 1899)

vendredi, 12 mai 2017

Comme des lépismes entre les pages, les fantômes...

"Long before memory, in a past without form they began to appear in the darkness of the night. Then as memory began to screen them out, they slipped into language hiding between letters and jumping out between words."
"Bien avant la mémoire, dans un passé sans forme, ils se mirent à apparaître dans les ténèbres de la nuit.
Puis, quand la mémoire commença à les oblitérer, ils s'insinuèrent dans la langue, se cachant entre les lettres et surgissant d'entre les mots."
(Ken McMullen, Ghost Dance, 1983)

lundi, 17 avril 2017

Amour des listes et orgue 13

Usuels — table de travail.

Le Petit Robert 1972
Le Petit Robert 2013
Le Petit Larousse illustré 2004
Dictionnaire du français, Hachette, 1987
A. Bailly, Abrégé du dictionnaire grec-français, Hachette, s.d.
P. Poupart (dir.), Dictionnaire des religions, P.U.F., "Quadrige", 2007 (2 vol.)
J. Chevalier - A. Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont, "Bouquins", 1982
Ph. Carles - A. Clergeat - J.-L. Comolli, Dictionnaire du jazz, Robert Laffont, "Bouquins", 1994
Larousse du XXe siècle, 1928
R. Grandsaignes d'Hauterive, Dictionnaire des racines des langues indo-européennes, Larousse, 1948
H. Bénac, Dictionnaire des synonymes, Hachette, 1956
F. Dübner, Lexique français-grec, Hachette, 1893
M. Grevisse, Le Bon Usage, Duculot/Hatier, 1964
Le Robert & Collins italien 2008
M. Arrivé - F. Gadet - M. Galmiche, La Grammaire d'aujourd'hui, Flammarion, 1986
The Concise Oxford Dictionary 1976
Le Dictionnaire des noms de famille, Garnier, "Le Littré", 2008
Aux origines du français, id.
Le Vocabulaire de la francophonie, id.
Le Dictionnaire du français oublié, id.
Le Dictionnaire du français des provinces, id.
A. Bailly, Dictionnaire grec-français, Hachette, 1950
S. Gumpper - F. Rausky (dir.), Dictionnaire de psychologie et de psychopathologie des religions, Bayard, 2013
J.-P. Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, Gründ, 2001
D. Compère, Dictionnaire du roman populaire francophone, Nouveau Monde éd., 2007
L. Gervereau, Dictionnaire mondial des images, id., 2010
... et bien sûr :
B. Dupriez, Gradus, 10/18,1980.

Pour l'orgue : English organ music, vol. 2 (Elgar, Parry, Howells, Whitlock, Vaughan Williams, Sumsion) — Donald Hunt, Naxos, 1993.

dimanche, 09 avril 2017

Petit livre rouge 2

Pas si petit que ça, d'ailleurs, puisque ce Journal de Klee compte quelque 360 pages, dont la lecture se révèle assez vite fastidieuse. Il s'agit moins, apparemment de véritables "papiers journaux", livrés tels quels, dans leur spontanéité, de notes rédigées à chaud, que d'une réécriture appliquée dont l'intérêt est souvent problématique. La plus grande partie du volume — correspondant à ce qu'on peut considérer comme des "années d'apprentissage" — pâtit assez visiblement de l'immaturité de l'auteur, avec un côté "stendhalien", anecdotique, superficiel. Les considérations esthétiques sont floues et l'on cherche en vain cette "magnification du quotidien" qu'évoque une quatrième de couverture un peu bien flatteuse.
Peut-être ai-je lu cela dans de mauvaises dispositions ; peut-être ai-je été agacé par les jugements péremptoires et dépréciatifs portés sur des peintres que j'aime tout particulièrement — Bonnard, Vuillard, Vallotton — ou des musiciens comme Bruckner ou Mahler ? Est-ce la traduction de Pierre Klossowski ? Quoi qu'il en soit, je n'aurai pas le scrupule d'entreprendre une relecture qui pondérerait mon impression première, sommaire et injuste sans doute.
Seule, en fait, me touche l'épitaphe du peintre, citée en appendice :

ICI REPOSE LE PEINTRE
PAUL KLEE,
NÉ LE 18 DÉCEMBRE 1879,
MORT LE 29 JUIN 1940.

ICI-BAS JE NE SUIS GUÈRE SAISISSABLE
CAR J'HABITE AUSSI BIEN CHEZ LES MORTS
QUE CHEZ CEUX QUI NE SONT PAS NÉS ENCORE.
UN PEU PLUS PROCHE
DE LA CRÉATION QUE DE COUTUME,
BIEN LOIN D'EN ÊTRE JAMAIS ASSEZ PROCHE.

(Paul Klee, Journal — Traduit de l'allemand par Pierre Klossowski, Grasset, "Les Cahiers rouges", 2004)

La traduction de l'inscription funéraire — qui reprend les propres mots de Klee — est un peu différente dans le numéro hors série de Télérama, "Paul Klee magicien des signes" (avril 2016) : "En ce monde nul ne peut me saisir. Car je réside aussi bien chez les morts que chez ceux qui ne sont pas nés. Un peu plus près du cœur de la création qu'il n'est d'usage, et pourtant encore bien trop éloigné."

jeudi, 05 janvier 2017

Le grand style 28

Laconique oraison funèbre de Moréas dans le Journal de Jules Renard :
"C'était un poète qui trahit sa patrie, fit quelques beaux vers, et me traita d'imbécile." (31 mars 1910)
Jules Renard mourra le 22 mai de la même année.

lundi, 21 novembre 2016

Petites perambulations hexagonales 7

Ncl.jpgEscapade de trois jours dans les "Hauts-de-France".
Nous faisons route avec la pluie sous des ciels couleur de wassingue sale, où s'effilochent des théories de nuages plombés. Vols de corbeaux, de vanneaux qui tourbillonnent dans le vent mauvais.
Première halte à Villeneuve-au-Chemin. La chapelle Saint-Joseph, sommée de son énorme vierge verdâtre, veille sinistrement sur le village désert. Nous sommes tout près de Crésantignes, qui s'enorgueillit de son musée du Passé Simple — que nous ne visitâmes point.
L'après-midi, nous musardons sur les départementales étroites de la Thiérache. Églises fortifiées. Plomion, Jeantes — remarquables peintures murales de Charles Eyck —, Dagny-Lambercy, Morgny-en-Thiérache, Dohis, Parfondeval, Archon, Rozoy-sur-Serre, où nous passerons la nuit. Campagnes solitaires et sombres, maisons de brique rouge, colombages, pans de bois et torchis. Chiens à l'attache dans les fermes. À un détour de la route, deux biches déboulent d'un boqueteau et filent à travers une pâture...
Le lendemain, nous sommes à Laon et Lille, d'où nous repartirons au matin du troisième jour. Autoroute jusqu'à Troyes, puis chemin des écoliers. Arrêt à Tonnerre, où nous achetons des fromages de Chaource et de Soumaintrain, du pain d'épices à l'ancienne, une bouteille de vin blanc de Saint-Bris — le seul sauvignon qu'on trouve en Bourgogne. Retour par le Morvan — Saint-Père, Bazoches, Corbigny — et le Bourbonnais. France profonde...

mercredi, 19 octobre 2016

Unheimliche

Petites proses d'André Hardellet.
Le charme désuet, l'inquiétante familiarité des vignettes naïves d'un vieux tarot Grimaud.
"Les fenêtres laissent voir un ciel couvert. Son sac posé près de lui, un homme en blouse mange une gibelotte ; au comptoir, le tenancier discute à voix basse avec deux braconniers, deux brutes armées de triques. La servante les observe, immobile. Il y a quelque chose d'inerte, de figé dans cette auberge aux murs lie-de-vin et une indéfinissable complicité réunit ces personnages du hasard."("Campagnes" in Sommeils, Seghers, 1960)
Ce passage me rappelle la "taverne rouge" des premières pages de La Grande Beune :
"On descendait par trois marches à la salle commune ; elle était enduite de ce" badigeon sang de bœuf qu'on appelait naguère rouge antique ; ça sentait le salpêtre ; quelques buveurs assis parlaient haut entre des silences, de coups de fusil et de pêche à la ligne ; ils bougeaient dans un peu de lumière qui leur faisait des ombres sur les murs..." (Pierre Michon, La Grande Beune, Verdier, 1996)
Scènes banales et crépusculaires, qui suscitent chez le lecteur de trompeuses anamnèses...