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vendredi, 07 octobre 2016

Lépismes

Ma fascination pour les lépismes, ces autres "hôtes muets de nos bibliothèques", remonte sans doute à l'enfance, aux chambres closes, froides et pénombreuses, aux antiques livres de distribution de prix oubliés au fond d'un buffet à la Rimbaud, dans de vagues relents de cire et de chanci. Ils sont déjà là dans un texte retrouvé, qui doit bien avoir deux ou trois décennies, chronique d'automne grammaticale et mélancolique...

"L'époque est sombre, la saison incline à la mélancolie. L'automne s'achemine à pas lents vers les froidures prochaines, lavant aux flaques des chemins creux ses pieds souillés du sang violet des grappes.
Comme nous le confirme le dictionnaire, automne est aujourd'hui du masculin. C'est un chemineau arthritique au poil gris, qui sent le gros velours mouillé, le champignon, la rafle moisie ; il éternue dans un antique mouchoir à carreaux jaunes et ses poches trouées laissent échapper des châtaignes. Triste avatar d'une saison naguère androgyne et fatale au poète, toute de lasciveté languide, tour à tour éphèbe à l’œil humide et courtisane offerte en ses voiles brumeux, la chevelure épandue en vagues rousses, le front ruisselant de sequins...
Les temps sont durs pour les allégories ; leurs fantômes diaphanes se mussent entre les pages piquées de rousseurs des anthologies symbolistes. Nécropoles de papier fané où se déchiffrent des noms oubliés : Pierre Quillard, Francis Vielé-Griffin, Emmanuel Signoret... Quelquefois, quand on ouvre un vieux volume relégué au fond d'un placard, un lépisme en tombe, qui file s'abriter dans quelque rainure du parquet. Un lépisme, c'est ce qu'on appelle un petit poisson d'argent, un minuscule orthoptère farineux et timide... Peut-être l'âme frileuse d'un poète défunt, condamnée à hanter les chambres glaciales où dorment les vieux livres...
Octobre, novembre, mois lugubres et métaphysiques : le vent des nuits gifle les mélèzes sombres dans les parcs des manoirs à l'abandon. Le passant attardé, longeant les hauts murs couronnés de tessons, renoue son écharpe de laine et se hâte en frissonnant à travers les bourrasques. On devine, derrière des grilles rouillées, des jardins encombrés d'urnes brisées où flotte l'odeur mauve des chrysanthèmes... 
Saison crépusculaire, au charme vénéneux, fascination morbide pour les choses qui finissent, vertige de l'éphémère... Nous allons ressasser encore tous les lieux communs sur la précarité de la vie. L'automne incline à la philosophie, et nous aimons philosopher, c'est-à-dire parler pour ne rien dire, pourvu que ce soit en cassant des noix fraîches, autour d'un pot de vin nouveau."

lundi, 26 septembre 2016

Crépuscule

S'il arrive, comme l'écrit Tournier, que "l'approche de l'absolu se signale par le rire", elle se manifeste aussi, parfois, par ce serrement de cœur, ce vertige presque douloureux qui vous saisit en des moments et des lieux où la beauté du décor vous étreint, vous conduit au bord des larmes. Où l'on touche à l'ineffable. Ce sentiment, cette sensation, cet indicible, il est là, tout proche et néanmoins insaisissable, dans les quelques vers, sublimes et si simples, de "L'infinito" de Léopardi ou la parole nue, le laconisme ébloui d'Ungaretti :

M'illumino
d'immenso

Certains crépuscules d'automne sont ainsi noyés d'une mélancolie telle que l'on "se sent sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer" devant ces ciels barbouillés d'encre et de cendre où s'attardent, avant la nuit, de vagues lueurs roses, des luisances d'or terni.
Décors de théâtre pour clowns métaphysiques, rideau qui retombe sur nos bouffonneries tragiques. Fin de partie : "Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais."

samedi, 10 septembre 2016

Météo 39

"La journée s'annonce calme et bien ensoleillée, excepté sur le relief où des nuages bourgeonnent pour donner des averses localement orageuses."
(Météo France, 10 septembre 2016 — Bulletin actualisé à 5 heures)

À plus long terme :
"Le futur est bien obscur. Aussi ne puis-je l'envisager avec beaucoup d'optimisme."
(Eric J. Hobsbawn, Les Enjeux du XXIe siècle, Éditions Complexe, 2000)

dimanche, 04 septembre 2016

Le grand style 27

"La résignation des pauvres gens s'étend sous le ciel comme une bête blessée et regarde doucement les choses dont elle ne peut point jouir."
(Charles-Louis Philippe, La Mère et l'enfant, Éditions de la Nouvelle Revue Française, 1911, p. 72)

vendredi, 02 septembre 2016

"Je m'en suis venu visiter mon païs de vache et sçavoir si en vie estoyt parent mien aulcun..."

000000000000a.jpgLes fantômes de ceux qui les ont habitées finissent par quitter, un jour, les maisons vides, livrées à l'oubli et aux patients saccages du temps. Les maisons meurent aussi, se délabrent lentement, les ronces et les orties envahissent les jardins, les fruits, que personne ne cueille plus, pourrissent dans l'herbe.
Retrouver la maison d'enfance, désormais sans âme, est un crève-cœur. Le ciel est impitoyablement bleu, le soleil brûlant, le silence de la campagne fige toutes choses dans une éphémère éternité...
Nous désherbons, débroussaillons, fauchons les herbes folles. À midi, nous déjeunons frugalement à l'ombre du grand laurier. Bientôt, il faudra reprendre la route, revenir à la morosité du "bel aujourd'hui".
Nous rentrerons par ces petites routes du Bourbonnais qui nous sont chères, musardant du côté de Tronçais, saluant au passage d'autres fantômes — ceux de Charles-Louis Philippe et de Giraudoux... Les panneaux indicateurs évoquent les amours romanesques du Grand Meaulne ; les tours ruinées d'Hérisson nous parlent, comme les romans baroques, d'épopées guerrières cruelles et de tribulations sentimentales. On croit entendre le cliquetis des armes et des armures...
Ce n’est que le bruit des massettes et des burins des bénévoles qui s'activent parmi les décombres. Comme si l'on pouvait ressusciter le passé.

lundi, 29 août 2016

Lentilles vert émeraude 4

Ce matin, sur France Culture, quelques "phrases entendues dans le milieu de la mode et sur les défilés", lues par Catherine Deneuve — avant-goût d'un programme prochainement diffusé sur Arte, florilège, nous dit-on, de "tweets désopilants de Loïc Prigent".
J'entends : "C’est tellement moche, on dirait une fraise de l’an prochain."
Cette comparaison surréaliste — ou totalement idiote — me tracasse un moment et je l'oublie.
Je découvre ce soir, dans la rubrique télé du Figaro, qu'il fallait entendre fringue.
C'est, d'une certaine manière, rassurant. Mais je préférais tout de même la fraise...

samedi, 20 août 2016

Remembrances du vieillard idiot 18

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J'allais, ce matin, récrire à l'identique — à un mot près — la première de mes "remembrances", publiée il y a dix ans :

"J'avais
Lorsque j'étais petit
Un éléphant en caoutchouc
Couleur cachou"

Ce que c'est que la mémoire !

jeudi, 18 août 2016

"Sempre caro mi fu..."

Brève promenade en Bourbonnais.
Petits villages aux places désertes, somnolents dans la torpeur de l'après-midi ; rares automobiles sur les routes étroites, qui serpentent entre les haies vives, les pâtures grillées par les journées de canicule, les éteules... Après Hyds et Colombier, voici Beaune-d'Allier, sa petite église au clocher octogonal coiffé d'un dôme et d'un lanternon en tulipes renversées, couverts de bardeaux de châtaignier. Quelques kilomètres plus loin, à  Saint-Bonnet de Four, cet autre clocher singulier, dont la flèche en vrille se tord sur le ciel où passent de gros cumulus battus en neige. La dernière fois que je suis entré, ici, dans la modeste église romane, un passereau affolé voletait sous les voûtes en pépiant, cherchant désespérément une issue. Aujourd'hui, un placard invite le visiteur à "tenir la porte fermée à cause des oiseaux". Dans le cimetière, tout proche, on voit, sur une tombe, une plaque funéraire représentant des châtrons charolais, et une autre évoquant les passe-temps halieutiques — suppose-t-on — du défunt.
Oiseaux, bœufs, poissons : toute une symbolique religieuse — ici, sans doute, purement accidentelle. Je prendrai le temps, au retour de me plonger dans l'énorme Bestiaire du Christ, de Louis Charbonneau-Lassay, pour réviser tout cela. Je me souviens, écrivant ces lignes, d'un graffiti figurant, dans un coin de la basilique Saint-François d'Arezzo, saint Antoine de Padoue prêchant aux poissons et d'un autre saint Antoine — l'ermite —, accompagné, sur un tableau d'une église de Ravenne, d'un cochon gros comme une souris...

lundi, 15 août 2016

Météo 38

Réouverture paresseuse du blog, après une année de mise en sommeil, en ce jour de la Dormition de la Vierge.
Lundi au soleil, à la campagne ; chaleur écrasante l'après-midi, longue sieste.
À l'approche du soir, le ciel se couvre, le vent fraîchit, tout baigne dans une lumière jaune, un vol de corneilles craille et tourbillonne follement au-dessus des arbres. L'orage se déchaîne, les écluses des cieux s'ouvrent. Il pleut...

vendredi, 13 novembre 2015

"À vos risques et périls..."

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