vendredi, 25 décembre 2009
"Le jugement de la critique est toujours idiot, celui du public pire"
Mes enfants ont du goût — ou, en tout cas, ils connaissent les miens : on m'offre le Journal de Larbaud — justement ! et les Lettres de Céline en "Pléiade". À propos de la publication de ce volume, l'auteur d'un commentaire déposé sur le site de Libération se flattait, il y a quelques jours, de ne plus lire "cette ordure depuis plus de cinquante ans". Cette précieuse indication chronologique permet donc d'affirmer que nous avons affaire là à un authentique vieux con. Il en existe évidemment d'autres spécimens, qui vomissent Claudel — affreux bigot et frère indigne — ou Aragon — stalinien de la pire espèce. Je ne suis pas loin de penser que ce sont les mêmes qui considèrent que le talent est pour quelque chose dans l'attribution des prix littéraires...
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mercredi, 23 décembre 2009
"Tel est devenu fat à force de lecture Qui n'eût été que sot en suivant la nature"
Ils ont tout lu. Ils sautent d'Amélie Nothomb à Guido Ceronetti, d'António Lobo Antunes à Charles Dantzig. Ils écrivent sans sourciller : "Valéry Larbaud"...
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dimanche, 20 décembre 2009
Lectures, relectures
Avec le temps, j'ai acquis cette faculté de supporter les conversations ineptes sans les entendre — me contentant d'opiner de temps à autre d'un grognement peu compromettant — et d'oublier, sitôt lus, les livres médiocres. Qu'est-ce qu'un livre médiocre ? Un livre oubliable, justement, et dont on sait, avant même de l'avoir refermé, qu'on ne le relira jamais.
Il y a, en revanche, des livres "que l'on oublie difficilement" (je ne parle pas des "classiques", ces livres qu'on ne cesse de relire, qu'on relit moins d'ailleurs par goût, par élection, que par nécessité : parce qu'ils nous sont aussi indispensables que l'air et le pain — ou parce qu'ils sont autant de schibboleth qui nous préservent de l'éviction de la tribu). Parmi ceux-là, je mettrai, à côté du Bonheur des tristes, de Luc Dietrich, les romans et les nouvelles de Kenzaburô Ôé, ces textes qui vous laissent dans l'âme quelque chose d'amer et de poisseux. Je relis Dites-nous comment survivre à notre folie et je retrouve, intacte, cette sensation de malaise indéfinissable, déjà éprouvée lors de précédentes lectures. La notion de plaisir du texte, ici, n'a plus aucun sens.
Chez Quignard, dont je feuillette parallèlement La Nuit sexuelle, le plaisir du texte est bien présent — jusque dans les tics, les redites, les afféteries stylistiques ou l'opacité du propos — et le charme opère, comme toujours. Le charme ou "l'alchimie" : Ad obscurum per obscurius. Quignard n'est pas sorti de sa nuit, où le lecteur se perd à son tour, fasciné par cette scrutation obstinée du "jadis", des ténèbres premières, miroir obscur du néant auquel nous sommes promis. C'est le regard de Persée affrontant le reflet de la Gorgone dans le bouclier. Le livre est superbe. L'édition de poche, privée de nombreuses reproductions, n'en restitue, hélas ! que bien pauvrement les beautés.
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vendredi, 18 décembre 2009
Neige 2
"La neige bouche le petit chemin.
Vieil ami, je ne puis vous retrouver..."
(Wang Wei)
Il n'était pas rare que Vialatte commençât ses chroniques par quelques considérations météorologiques. C'est qu'il avait compris toute l'importance, pour l'homme, du temps qu'il fait et, corollairement, entrevu les désordres qui résulteraient de la disparition de celui-ci. Il note avec inquiétude, dans une de ses chroniques de La Montagne — en date du 9 mars 1969 : "Il ne fait pas de temps." Constat qui nous plonge dans l'angoisse, car, si l'absence de temps qui passe c'est — tous les théologiens vous le diront — l'éternité, l'absence de temps qu'il fait c'est le marasme, le chaos...
Donc, il neige. En décembre. Voilà qui est rassurant : il y a encore des saisons. Nous ne connaîtrons pas le chaos ; seulement une joyeuse pagaille dans les rues et sur nos routes.
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jeudi, 17 décembre 2009
Légèrement agacé
Les zélateurs du politiquement correct, les ardélions de la bien-pensance, toujours prêts à déposer un peu partout leurs commentaires et leurs cacographies, m'inspirent autant de sympathie qu'un essaim de mouches à merde.
11:49 Publié dans Mes inscriptions | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
lundi, 14 décembre 2009
Incipit de circonstance
"Pendant que le monde célèbre dans le bruit, tout autour de moi, des fêtes de rien, j'attends je ne sais quoi, je ne sais qui, le rhume au nez et le froid aux trousses." (Sylvain Trudel, "La mer de la Tranquillité". Nouvelle éponyme du recueil publié aux éditions Les Allusifs — Québec, 2006)
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mercredi, 09 décembre 2009
Remembrances du vieillard idiot 6
C'était à la fin des années 60. Mon meilleur ami, qui travaillait en usine, possédait une impressionnante collection de disques. Nous écoutions Otis Redding, Wilson Pickett, Sonny Terry et Brownie McGhee, Lou Rawls, Coltrane ou Dizzy Gillespie. Il conduisait — trop vite —une Panhard PL 17 couleur tango. Nous aimions les buvettes des petits bals de campagne et "Jazz dans la nuit"... Je n'entends jamais "Take five" sans nostalgie.
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Cotinus coggygria
Une feuille séchée s'échappe d'entre les pages d'un livre. C'est une feuille d'arbre à perruques, d'un beau rouge éteint, finement nervurée de brun. Posée sur la couverture glacée, très blanche, d'un recueil de Sinisgalli, elle se confond avec le dessin qui l'orne et semble de la couleur même des caractères du titre.
"Si rovescia al colore
La foglia..."
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jeudi, 03 décembre 2009
Le goût des autres 3
Comme chaque année, à la même époque, mes voisins abandonnent pour un temps la construction des cabanes de jardin (il est vrai que la place commence à manquer) pour se consacrer entièrement à la préparation des "fêtes de fin d'année". On a enguirlandé les antennes paraboliques de la façade et les lions de plâtre juchés sur les piliers du portail, deux pères Noël grandeur nature grimpent à l'assaut du balcon, un traîneau attelé d'un renne en carton stationne dans la cour gravillonnée...
Certains jours, on se dit qu'il serait bon de vivre à l'ombre d'un minaret.
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mardi, 01 décembre 2009
Livres en feu
Le copieux essai de Lucien X. Polastron, Livres en feu — sous-titré Histoire de la destruction sans fin des bibliothèques (Denoël, 2004 ; "Folio/Essais", 2009) — se lit avec effroi et jubilation. L'érudition impressionnante est servie par l'élégance du style, un humour souvent amer (ce qui est presque un pléonasme) et une ironie volontiers féroce. Polastron tient du savant polymathe de la Renaissance et du moraliste désabusé (autre formule redondante). On aime qu'il ne dissimule pas son mépris pour l'orgueilleuse nullité des politiques, la courte vue des technocrates ou la forfanterie des imposteurs à la mode, versant des larmes de crocodile sur les cendres de livres qu'ils n'auraient, de toute façon, pas lus...
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