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lundi, 09 septembre 2013

Scènes de la vie de province

Après une journée grise et paisible, occupée à de menus travaux domestiques, nous dînons paisiblement. Nous en sommes à l'époisses ou au chaource ; je tranche le gros pain bis cuit au four du hameau voisin, la semaine passée ; le bordeaux, ouvert à midi, implore qu'on le boive.
Une fois n'est pas coutume : je m'installerai tout à l'heure devant le téléviseur pour regarder Séraphine. Aimable programme, qui se terminera avec le coucher et la lecture sommeilleuse de quelques pages des Fleurs du Mal russe (Albin Michel, 1997)... Hélas ! "The best-laid schemes o' mice an' men gang aft agley". On sonne à la porte : mon ami le notaire, tourmenté par une petite soif vespérale, a décidé, en quittant son étude, de me rendre une visite impromptue.
Oublié le fromage, nous voici installés au salon, causant à bâtons rompus. La bouteille de Talisker, quoiqu'elle ne l'implorât pas, sera vite rendue à l'étiage. La conversation s'enlise, nous en sommes bientôt à refaire le monde... Le tabellion repart bien gris vers de prévisibles fulminations conjugales.
Nous nous passerons de dessert et il est un peu tard pour le film, mais nous avons partagé un bon moment de bêtise et d'amitié.

lundi, 02 septembre 2013

Le vain travail...

"Le voyage, écrit Colette, n'est nécessaire qu'aux imaginations courtes."
Comme l'adultère.

Petite anthologie portative 74

MATTINA

M'illumino
d'immenso

(Giuseppe Ungaretti, Santa Maria la Longa, 26 gennaio 1917)

mercredi, 21 août 2013

Que faisiez-vous au temps chaud ?

Rares activités géorgiques. Cette semaine, pose de clôtures à moutons en des pacages pentus, cernés de bois sombres où le silence règne. Le soleil darde. À l'horizon, le patchwork des éteules et des prairies se résout en une houle de croupes et de mamelons, se fond en un camaïeu de "nuances bleues, depuis celle du béret basque et de la prunelle embuée, jusqu’à celle des rêves de jeunes filles, en passant par le bleu de Sèvres et le bleu des vases de mois de Marie". Dans l'ombre fraîche d'une haie, parmi les ronces et l'herbe grasse, nous découvrons une famille de vesses-de-loup géantes, dont nous accommoderons quelques belles tranches pour le dîner, poêlées au beurre, avec ail et persil. Régal méconnu qu'accompagnera à merveille un aimable rosé de Loire.

Le soir ou à l'heure de la sieste, lectures diverses. De gros volumes, à parcourir à sauts et à gambades, comme les "pages choisies" du Journal littéraire de Paul Léautaud, récemment rééditées en collection de poche, ou les Souvenirs curieux d'une espèce de Hongrois, de Georges Walter, un de ces livres achetés au hasard des bacs d'une solderie et qui réservent d'heureuses surprises au lecteur. Heureuse surprise, également que ces Pays, de Marie-Hélène Lafon, mince roman emprunté sans conviction et parcouru avec un réel bonheur. On pense, bien sûr, à Annie Ernaux — pour l'extraction modeste de la narratrice —, mais une Annie Ernaux rurale, et qui aurait du style, des licences et des élégances façon Michon. Les dernières lignes, dans lesquelles on évoque la visite au Louvre du père, vieux paysan du Cantal, me touchent profondément : "Il ruminait et brassait cette fatrasie de dates et de périodes, parka ouverte écharpe dénouée tête nue, abasourdi d'idiomes entrelacés, ballotté de salle en salle, assis debout, mains croisées dans le dos, vaillant ; le corps penché, planté, il répétait, ils sont beaux les sols ils sont beaux." Mais peut-être faut-il avoir eu une enfance rustique et souffert de la condescendance des enfants de bonne famille pour saisir toute la tendresse de ce desinit.

Et encore, quelques essais sur les peintres et la peinture. Un assez décevant Balthus, plat exercice d'admiration, dont l'auteur évoque le poêle de faïence "que Pascal aimait tant" (confusion avec Descartes ?) et attribue au Psalmiste la "poursuite du vent". Deux ou trois "polars" : un excellent Harvey — Le Deuil et l'oubli —, un très décevant Steinfest — Le Grand Nez de Lilli Steinbeck — dont m'avaient enchanté les Requins d'eau douce, qui m'ont conduit à reprendre le Tractatus de Wittgenstein. De celui-ci, comme tout le monde, je ne retiendrai probablement que la dernière — et très sage — proposition :
"Sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence."

dimanche, 18 août 2013

Quos ego

À la radio, dans les conversations, les propos des diseurs de rien, à tout propos et hors de propos :
"Donc..." "Donc, euh..."
L'aposiopèse du pauvre.

mardi, 13 août 2013

"La poésie doit être faite par tous"

Message bien reçu. Hélas !

mardi, 06 août 2013

Plagiat par anticipation

"L'enfant au sucre d'orge vert
Le suce avec un air de sainte :
Son rouge sourire est ouvert
Sur ce luisant bâton d'absinthe."

(Robert de Montesquiou, "Puérilités et enfantillages"
in Les Hortensias bleus, XXVII, 1906)

jeudi, 01 août 2013

Les conseils de tante Simonne

Celui-ci pour l'allitération initiale — et à toutes fins utiles :
"Un beau saumon se sert sur une serviette, sur le flanc gauche, la tête à gauche et le dos du côté de la personne qui sert." (Tante Simonne, Ma cuisine, Paris, La Technique du Livre, s.d — circa 1940)

lundi, 29 juillet 2013

Colors 7

Les travaux d'embellissement font rage.
Chez ma voisine, jardinières, boîte aux lettres et meubles de jardin vert coiffeur — ou cabinet de dentiste. Un peu plus loin dans la rue, persiennes d'un violet atroce. Un peu partout, façades rosâtres ou ochracées.
Le goût des autres est une source d'émerveillement permanent. Mais il est vrai que les passants doivent jeter quelques regards réprobateurs sur mon portail rouillé, mes volets dont la peinture s'écaille et s'irriter de la végétation folle qui déborde sur le trottoir...

dimanche, 21 juillet 2013

Petites perambulations hexagonales 2

Regagnant nos pénates après un bref séjour lorrain, nous évitons les autoroutes et les grands axes, empruntant de ces raccourcis pittoresques qui font paraître plus long le chemin.
Moments de flânerie dans les rares villes traversées.
Lunéville : dans la cour du château, une installation de Didier Pozza — assemblages de tiges de bambous ligaturés, agencés en palissades curvilignes — cerne la statue de Lasalle. Cela évoque des rames à pois. J'apprendrai un peu plus tard, béotien que je suis, que l'œuvre du plasticien "interroge sur l’un et l’autre, l’ombre et la lumière, le vide et le plein, le lieu et l’espace". Dans l'église Saint-Jacques, l'organiste déverse des cascades de notes, déluge sonore assez puissant pour courber le plus rétif Sicambre. Le cicerone, qui s'ennuie près de son étal de brochures et de cartes postales, nous montre, dans les veines du faux marbre des colonnes peintes de l'entrée, le portrait caché de quelque dignitaire de l'Église, dont je n'ai pas saisi le nom, et trois insectes minuscules, signature d'un compagnon. Sans doute l'homme croit-il nous être agréable — à moins qu'il n'espère simplement quelque gratification. Il me rase, nous partons.
Pique-nique entre Charmes et Mirecourt. Vittel, Contrexéville, villes d'eaux du Bassigny...
Langres : nous nous garons sous les remparts. Une vieille dame, fort aimable, gentiment bavarde, nous indique comment gagner à pied le quartier ancien, nous signale les principales curiosités, les croix gammées du pavement de l'église Saint-Martin — que nous ne verrons pas, celle-ci étant fermée. Dans la cathédrale Saint-Mammès, austère, grise et froide, l'organiste, comme à Lunéville, improvise. Une famille de touristes déambule bêtement, le père en short, chapeau de paille sur la tête, appareil photo en bandoulière. Fabrique-t-on encore des couteaux à Langres ? Nous n'y avons vu qu'une bien petite boutique de coutellerie, proposant un maigre choix d'articles de provenance incertaine, qu'on trouve à peu près n'importe où.
À Vaux-sous-Aubigny, nous achetons au caveau du Muid Montsaugeonnais quelques bouteilles d'auxerrois, de chablis et de pinot noir. Vins de pays de la Haute-Marne, découverts par hasard il y a quelques années, plaisants et sans prétention — beaucoup plus abordables surtout que les appellations prestigieuses jalonnant la Route des Grands Crus, que nous suivrons à partir de Marsannay et jusqu'à Nolay, où les vignes cèdent progressivement la place aux bois et aux pâtures.
Après une dernière pause aux environs d'Autun — trop tard pour revoir la cathédrale Saint-Lazare ou le temple "de Janus" —, nous retrouvons paysages familiers et routes coutumières du Bourbonnais, puis des Combrailles.
Il a plu en notre absence, les hortensias se portent bien.